VI
Paver de politique jusqu'aux pages d'une nouvelle, c'est dépasser les bornes des respect? qu'on vous doit, n'est-ce pas, mesdames? Oh! les feuilletonistes ont d'abominables lubies, j'en conviens. Tout aussi bien que les publicistes, il faudrait les accrocher à la lanterne! mais, que voulez-vous? chacun a ses petits défauts, nous comme vous chères lectrices. Gracieux chez votre sexe, ces défauts sont grossiers chez le nôtre! Qui est coupable? pas vous assurément; imaginez-vous que nous le soyons davantage! Cependant il existe un criminel! Si nous le cherchions, ce méchant, cet esprit du mal qui agace nos muscles, irrite nos nerfs, aigrit notre voix, exaspère nos doigts, met du feu sous nos pieds, de la lave dans notre corps, des épingles sur le coussin de notre fauteuil, des tisons ardents dans notre cerveau; Ah! oui, si nous le cherchions! Voyons:--où est-il? qu'on nous le montre? où se cache-t-il! qu'on nous l'apporte cet assassin, ce meurtrier, cet iconoclaste, ce déchireur de gazettes, ce rongeur de livres, ce...--Mesdames, placez-vous la main sur le coeur et vous le sentirez palpiter. Messieurs, tâtez-vous le pouls et vous compterez ses pulsations! il est dans notre sang, il est dans notre économie, il s'appelle la nature organisée.
A moi, cette découverte prouve que nul ne peut échapper à son caractère; à vous, elle ne prouve rien sinon, peut-être que je vous ennuie, mais elle prouve, en même temps, qu'Alphonse Maigret étant libéral, je suis bien obligé de le peindre avec ses qualités et ses imperfections.