V
Ses idées philosophiques étaient au niveau de ses théories politiques. Par exemple, comme un de nos plus profonds penseurs, il disait, en parlant des destinées de l'humanité:
«L'homme est né pour être libre, intelligent et bon.
»Par son intelligence, l'homme marche à la vérité.
»Par sa liberté, l'homme aspire au bonheur.
»Par sa bonté, l'homme veut la justice.
»Vérité, bonheur, justice, voilà les éléments de la destinée humaine.
»La vérité et la justice sont la route; le bonheur est le but.
»Mais pourquoi faut de souffrances, d'injustices et d'erreurs dans le monde, si l'homme veut la vérité, la justice, le bonheur?
»C'est que primitivement l'ignorance était la condition de l'homme et de la société, et c'est de cette ignorance que sont sortis les fléaux qui nous accablent:
»L'égoïsme,
»La misère,
»Les fausses doctrines,
»Les lois injustes, etc., etc.
»Et ce sont ces fléaux qui ont perverti l'homme et l'ont condamné à d'horribles souffrances!...
»Mais une espérance immortelle le soutient!... La souffrance même force l'humanité à développer les ressources de sa nature. Sous l'aiguillon de la nécessité, le travail féconde la terre, crée l'industrie et les richesses; l'étude mûrit la raison de l'homme, anéantit successivement toute superstition, tout préjugé, toute erreur. Sur les ruines des sociétés subversives s'élèvent des sociétés moins injustes. L'humanité prend possession de sa puissance et déchire le voile qui lui cachait sa véritable destinée.»