‹ La fille du pirateChapitre 44 sur 115 · VIII

VIII

Devenu promptement un habile charpentier et un mécanicien distingué, Alphonse Maigret gagna assez d'argent pour procurer une honnête aisance à sa famille. Il aurait pu vivre heureux et même monter les degrés de la fortune, en sacrifiant ses opinions politiques à ses intérêts personnels. Mais il était doué d'une âme trop noble, trop enthousiaste pour ne pas viser à la réalisation de pareilles doctrines. Non content de faire une propagande virulente contre le gouvernement anglais, il se mêlait à toutes les agitations, soulevées à cette époque, dans la population franco-canadienne, par des vexations que des agents de la Grande-Bretagne prodiguaient à ses compatriotes. Ayant appris qu'un mouvement populaire se préparait à Montréal, il y courut aussitôt. Mais l'insurrection fut étouffée à son éclosion, et notre démocrate, saisi avec plusieurs des conjurés, fut plongé dans un cachot.

Dans ce cachot, il rencontra un Irlandais du nom de Michael,--plus généralement connu sous celui de Mike, détenu pour délit criminel.

Mike était un homme résolu et entreprenant, Alphonse ne l'était pas moins. Les deux prisonniers conçurent un projet d'évasion. On sait comment ils l'exécutèrent: l'un fut repris, l'autre s'échappa, vint tomber chez mademoiselle Angèle, qui le fit transporter à la maison de Pierre Morlaix, où nous allons le retrouver en tête-à-tête avec la gracieuse enfant.