IX
Il était minuit.
Dans une petite chambre, coquette, riante, sur un lit tendu de rideaux blancs, bien propres, un jeune homme dormait.
Assise à son chevet, dans un antique fauteuil en joncs, une jeune fille reposait aussi.
Le sommeil l'avait gagnée, tandis qu'elle veillait son compagnon; sa tête alanguie s'était peu à peu affaissée sur son épaule, puis doucement, très-doucement, était allée se creuser un nid sur l'oreiller voisin. Dans ce combat entre sa volonté et la nature qui réclamait ses droits, les cheveux de la jeune fille avaient, peu à peu, rompu leur digue d'écaille, et maintenant ils inondaient le lit de leurs ondes parfumées.
A la lueur d'une veilleuse, on distinguait une scène charmante, scène comme les aime un poëte.
Placée sur une petite table, en arrière des deux personnages, la veilleuse, de sa clarté limpide, en lutte avec l'ombre, les enveloppait comme sous une gaze diaphane, à travers laquelle, les formes, les angles, se noyaient harmonieusement.
Il eût fallu le pinceau de Paul Véronèse pour peindre la mélodie de ces deux têtes, se détachant sur la blancheur immaculée du lit, au milieu d'un crépuscule, vaporeux.
Rien de heurté dans les contours, rien de brusque dans les teintes--c'était cette dégradation, ce fondu de toutes les couleurs, ce moelleux de linéaments qui font l'honneur et le désespoir des artistes.
Les deux jeunes gens, nous n'avons pas besoin de le dire au lecteur, avaient nom Angèle et Alphonse.