‹ La fille du pirateChapitre 50 sur 115 · XIV

XIV

La porte de la chambre venait de s'ouvrir, et la mère Morlaix s'avançait à pas de loups.

--Quiens! quiens! vous jasez, enfants, marmotta-t-elle en approchant du lit; eh ben! comment qu'y va c'te cher amour du bon Dieu?

D'un regard, Alphonse avait interrogé sa bienfaitrice.

--Soyez tranquille, lui dit-elle; c'est ma mère.

--Oui, sa mère... sa mère d'adoption, dit la bonne vieille avec un mélange d'orgueil et de plaisir, car c'est moi qui l'a nourrie, élevée, induquée not'e Angèle. Mais v'là que je bavasse comme une pie.....

--Permettez-moi de vous baiser la main, dit Alphonse.

--Quoè, quoè! me baiser la main, seigneur, Jésus! y pensez-vous, mon fils? est-ce qu'on est une jeunesse, nous aut'es? embrassez-moi, ça vaudra mieux! là, sur les deux joues, Pardi! j'savons qui vous êtes: un brave et digne garçon, fièrement savant, mais pas vaniteux en toute! Ah! vot'mère doit êt'joliment contente d'avoir un enfant comme ç'tui-là! Dame! vous êtes ahuri! c'est qu'j'avons été aux informations sur vot'compte, et qu'on nous a conté tous les beaux sacrifices que vous avez faits pour vot'chère famille! C'est ben, ça, mon gars! l'bon Dieu, qu'est là-haut, vous bénira! Mais faut pas vous impatienter. Y sont ben, cheux vous! j'avons reçu d'leux nouvelles, pas plus tard qu'hier et y savons itou ous qu'vous êtes! Mais, motus! V'là c'te pauvre Angèle qu'est fatiguée, j'viens la r'lever! Allons p'tite, il est temps d'aller t'coucher.

A ce moment, un cri perçant retentit dans la rue des Voltigeurs.

--Qu'est-ce que cela? fit la jeune fille en se précipitant vers la fenêtre.