QUATRIÈME PARTIE - I
LA SORCIÈRE
Le lecteur n'a point oublié l'espionnage auquel s'était consciencieusement livré Jacques Bourgeot, ni les paroles menaçantes qu'il avait prononcées, en remarquant que les inquiétudes de sa jalousie prenaient de la consistance.
Un instant, il se demanda s'il ne rentrerait point chez Pierre Morlaix, afin de tâcher d'y saisir le fil de l'intrigue qu'il pressentait; mais, réflexion faite, il se résolut à user de ruse; et, après avoir attendu près d'une heure pour voir si Angèle et le charretier ressortiraient, il se dirigea vers la rue Notre-Dame.
Comme il arrivait sur la place Jacques Cartier, un jeune homme, à la mine astucieuse et repoussante, l'aborda.
--Bonjour, Jacques.
--Bonjour.
--Comment ça va-t-il, aujourd'hui?
--Bien, répondit, d'un ton bourru, le fils du commerçant retiré.
--Tu parais diantrement maussade. Est-ce qu'on t'aurait marche sur le pied?
--Marché sur le...! qu'est-ce que tu veux dire?
--Pardi! je te demande si, par hasard, tu aurais eu dispute avec quelqu'un... tu as la figure aussi nébuleuse qu'une soirée de novembre. Mais viens-tu prendre une gobe? ça chassera les brumes du matin.
--Je refuse pas, quoique tu parles toujours en tarmes, toi!
--Sapristi! c'est mon devoir, mon coq[5]; on n'est pas journaliste pour rien. Où entrons-nous?
[Note 5: Locution canadienne, comme gobe, etc.]
--Crédié, il y a de fameux brandy chez la mère Halley, si on y allait?