‹ La fille du pirateChapitre 66 sur 115 · IV

IV

La nuit était si calme que, bien que ce colloque eût lieu à une assez grande distance de la maison du charretier, le son des voix avait éveillé l'attention d'Angèle.

--Ferme l'châssis, mon enfant, dit la mère Morlaix, après un instant de silence. C'est sans doute queuque faignant qui s'amuse à réveiller les voisins.

--Chut! fit la jeune fille, posant le doigt sur ses lèvres pour avertir la vieille dame de se taire. Je crois.....

--Tu crois?

--Attendez un instant; je ne suis pas sûre. Ah! voilà la lune qui donne vers cette porte.

--Quelle porte?

--Là-bas! la porte cochère de M. Perrin.

--P'tite folle! queu veux-tu que j'voie!

--C'est qu'il me semble.....

--Eh ben! C'est une coureuse d'Inguienne, dit la vieille, distinguant le couple qui se serrait dans l'embrasure de la porte cochère.

--Oui, reprit Angèle d'un ton agité, c'est une indienne; mais il y a un homme avec elle; et cet homme, si je ne me trompe.....

--Eh ben?

--C'est Jacques Bourgeot.

--Pas possible! lui, Jacques Bourgeot, ton cavalier?

--J'ai peur, balbutia la jeune fille, en frissonnant de tous ses membres.

--Peur!

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