‹ La fille du pirateChapitre 67 sur 115 · V

V

--Oui, ma mère! la présence de Jacques ici... à cette heure, en compagnie d'une sauvagesse, m'effraie. Tenez, ils partent ensemble!

--Seigneur, Dieu! tu t'effarouches comme une tourte devant un milan, et pour rien encore!

--Fermons le châssis, je vous en prie, et allez réveiller Pierre, car je prévois de terribles maux. Cet homme, ce Bourgeot... Oh! à présent, je comprends sa conduite avec moi depuis huit jours!

--Qu'est-ce que tu me chantes-là?

--Oui; lui ordinairement si doux, si obéissant; il est devenu tout à coup sombre, aigre! Il m'a questionnée, m'a menacée... Oui, oui, je comprends tout... tout maintenant! Mais dépêchez-vous, ma bonne mère; dites à Pierre que je veux lui parler.

--Qu'y a-t-il donc? demanda le blessé, en s'accoudant sur son lit. Qu'avez-vous, mademoiselle? votre visage est décomposé...

--Rien, je n'ai rien. Ne vous inquiétez pas, balbutia la jeune fille, d'un ton qui démentait le sens de ses paroles.

--Cependant... essaya encore Alphonse, appréhendant quelque sinistre.

L'arrivée de Pierre Morlaix, qui accourait à demi vêtu, coupa court à ce dialogue.

--Ah! mon ami, dit la jeune fille, entraînant le charretier dans un coin de l'appartement, je crois qu'un grand malheur nous menace.

Page 1