‹ La Fiole de CagliostroChapitre 8 sur 10 · Scène XIV.

Scène XIV.

REGINALD, CHAMPRIGAUX, SUZANNE.

(Suzanne, conduite par Champrigaux, paraît sur le seuil de la porte. Reginald, qui a reculé à son aspect, est à l’autre extrémité du théâtre.)

CHAMPRIGAUX.

Air : Suivons (bis) cette jeunesse.
(Des Malheurs d’un Amant heureux.)

Avancez, ma petite amie.

REGINALD, à part.

Je crois au diable, à la magie !

SUZANNE.

Monsieur où me conduisez-vous ?

CHAMPRIGAUX, à mi-voix.

Vous allez voir votre futur époux.

SUZANNE.

Vraiment, je ne saurais comprendre
Tout le mystère que l’on fait :
Pourquoi voulez-vous donc surprendre
L’époux qu’ici l’on me promet ?
Mais quel est donc votre projet ?

REGINALD, à part.

C’est sa figure
Et sa tournure !…

CHAMPRIGAUX, à part.

Le voilà bien émerveillé.

REGINALD, de même.

Ah ça ! morbleu ! suis-je éveillé ?

ENSEMBLE.

REGINALD.

Vraiment, je n’y puis rien comprendre !
Oui, j’en conviens, ah ! c’est parfait !…
Comment a-t-il donc pu me rendre
L’original de ce portrait ?

CHAMPRIGAUX.

Vraiment, il n’y peut rien comprendre,
Et le voilà tout stupéfait.
Étonné qu’on ait pu lui rendre
L’original de ce portrait.

SUZANNE, à part.

Vraiment, je ne saurais comprendre
Tout le mystère que l’on me fait ;
Pourquoi voulez-vous donc surprendre
L’époux qu’ici l’on me promet ?

SUZANNE, bas à Champrigaux.

C’est ce monsieur-là, qui doit être mon mari ?…

CHAMPRIGAUX.

Oui, mademoiselle… comment le trouvez vous ?

SUZANNE, bas.

Je le trouve très-gentil.

REGINALD, à lui-même.

Je crois rêver… tout les traits de ma tante !..

SUZANNE.

Comme il me regarde !.. il ne me trouve peut être pas jolie ?.. Mais aussi, pourquoi m’avoir fait reprendre mon costume des colonies ?

CHAMPRIGAUX.

Il le fallait.

SUZANNE, bas.

Voyez donc, on dirait que je lui fais peur.

CHAMPRIGAUX.

Silence, petite. (Amenant Suzanne à Reginald.) Monsieur Reginald, je vous présente mademoiselle Suzanne de Murville, votre future.

SUZANNE.

Oui, monsieur.

REGINALD.

Ah ! c’est madame… mademoiselle qui… (À part.) C’est ma tante, ou le diable m’emporte !

CHAMPRIGAUX, bas à Reginald.

Eh bien ! êtes-vous satisfait ?

REGINALD, bas à Champrigaux.

Vous êtes un homme à brûler.

CHAMPRIGAUX.

C’est possible.

REGINALD.

Vous serez damné, Champrigaux.

CHAMPRIGAUX.

Ça ne regarde que moi.

SUZANNE.

Que vous dit-il, mon bon ami ?

CHAMPRIGAUX.

Qu’il vous trouve charmante, et qu’il veut vous faire sa cour.

CHAMPRIGAUX, bas à Reginald.

Du courage, mon ami, enlevez d’assaut le cœur de votre tante… et si vous ne la trouvez pas assez jeune… ne vous gênez pas, adressez vous à moi. (Montrant un flacon.) Il en reste encore.

(Il sort.)

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