‹ La fugitiveChapitre 51 sur 77 · II - III

II - III

Amour, tu as coloré mes pensées et mes rêves avec les derniers reflets de ta gloire, tu as transfiguré ma vie par la beauté prochaine de ma mort. Comme le soleil couchant nous laisse entrevoir un peu du paradis, tu as changé ma douleur en une extase suprême.

Par ta magie, Amour, la vie et la mort sont devenues pour moi un même vaste émerveillement!

L’heure s’obscurcit et la flamme mourante de ma lampe vacille.

Je n’ai pas remarqué l’instant où le soir est entré dans la nuit, comme la fille du village qui, après avoir rempli une dernière cruche à la rivière, referme la porte de sa case.

Je te parlais, Bien-Aimée, avec un esprit conscient seulement de ma propre voix. Dis-moi, mes paroles avaient-elles un sens? Ont-elles apporté quelque message venu de plus loin que des rives de ce monde?

A présent que je me suis tu, je sens mieux la paix nocturne débordante de pensées. Mais je contemple avec terreur l’abîme muet qui de ces pensées me sépare!

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