‹ La Guerre des frèresChapitre 1 sur 7 · i

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Tout peuple doit passer par l’incertaine enfance
Et se traîner, pareil à l’aiglon sans défense ;
Au progrès à venir, néophyte grossier,
Par la douleur féconde il doit s’initier.
Son regard, que voilait l’obscurité première,
Ne peut qu’en s’élevant recevoir la lumière.
Pour tisser le réseau des destins éclatants,
Il faut la main de l’homme et le travail du temps,
Cent générations et vingt jours séculaires ;
Il faut bien des sueurs qui n’ont pas de salaires,

Bien des combats livrés sur un terrain glissant
Qui ne s’affermit point qu’avec l’engrais du sang.
De nomades tribus, familles isolées,
Se sont par l’alliance ou la guerre mêlées :
Qui sait leur nom ? — Le sable a, de ses plis mouvants,
Couvert l’œuvre et les pas de ces jeunes vivants.
Connaîtrons-nous jamais la Genèse des races
Mortes jusqu’au dernier sans laisser de leurs traces,
Et sur ce globe, alors peuplé par les frayeurs,
L’effort silencieux des obscurs travailleurs ?
Les cités, dont le front porte un bandeau superbe,
Comme la fleur alpestre ont végété sous l’herbe.
D’un camp, où s’abritaient quelques hâves bandits,
Surgit le Capitole, aux triomphes prédits.
Paris, fils de Lutèce, enfermé dans une île,
A pris péniblement sa couronne de ville.
Avant que les remparts aient décrit leurs contours,
Avant que dans les airs aient pu monter les tours,
Avant que les clochers, ces messagers de pierre,
Jusqu’au trône céleste aient porté la prière,
L’homme doit pas à pas conquérir son séjour
Et traverser la nuit sans espérer le jour.

La forêt druidique épaississait ses ombres ;
Les rochers écroulés étageaient leurs décombres ;
Les verdâtres marais, aux cheveux de roseaux,
Tenaient le sol captif sous leurs stagnantes eaux ;
Partout la force inerte opposait au génie
Sa résistance sourde, — implacable ironie :
Si bien que le Chaos semblait garder encor
Ce monde, impatient de prendre son essor,
De ses avares mains saisir jusqu’à l’atome,
Et dans l’ancien limon vouloir replonger l’homme.

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