‹ La Guerre des frèresChapitre 2 sur 7 · ii

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Tel ne fut pas ton sort, ô peuple américain,
Que le ciel a sacré libre et républicain.
Il ne te fallut pas subir d’apprentissage,
Ni bégayer la vie aux bras du Moyen Âge.
Ô peuple américain, dans le péril trempé,
Enfant homme qui fus, dès l’aube, émancipé,
Tu n’eus pas, comme nous, à secouer des langes,
À tirer, jour par jour, des villes de leurs fanges.
Dans tes brûlants déserts, steppes illimités,
Le Temps, ce dur faucheur des antiques cités.

N’avait pas, à jamais, couché quelque Ninive…
Pour le peuple vivant, toute chose était vive ;
Tout s’ouvrait devant toi dans ta verte saison :
La forêt vierge, avec sa chaude floraison,
Avec ses murs de feuille et ses ponts de lianes ;
Et les blés ondoyants, et les larges savanes.
Le sol se complaisait, assidu producteur,
À semer ses trésors sous le soc du planteur ;
Car, docile à tes vœux, la clémente Nature
Te laissait dénouer les plis de sa ceinture.
L’intarissable flot de tes fleuves géants
Faisait sous tes regards couler dix Océans.
Les granits de tes monts dressaient leurs cimes noires,
Sans que, ni tes rochers, ni tes hauts promontoires,
Ni tes mers écumant sous le steamer pressé,
Eussent à s’affranchir des liens du passé ;
Sans que le poids gênant des annales anciennes,
Sans que le lourd fardeau des mœurs patriciennes
Comprimât ton essor ardent, audacieux,
Et mesurât ta course au chemin des aïeux.
Ô peuple américain, ton début fut immense,
Toi qui n’eus, à cette heure où la tâche commence,
Qu’à faire épanouir, ainsi qu’un chêne vert,
Un printemps sans automne, un été sans hiver ;
Toi dont les premiers pas, conduits par des idées,
Au stade humanitaire eurent mille coudées ;

Toi qui devins grand arbre avant d’être arbrisseau,
Toi qui fus, comme Hercule, un géant au berceau.
Tandis que dans ton sein bouillonnait tant de sève,
Que ta splendeur tenait du prodige et du rêve,
L’Europe vieillissait, voyant, à son déclin,
Les feux de l’Orient dans le ciel de Franklin.
Elle ne jugeait pas qu’il fût indigne d’elle
De demander aux fils quelquefois un modèle,
De forcer son orgueil à suivre leurs leçons ;
Mais quand l’écho lointain lui rapportait les sons
Des chants d’indépendance et des paroles libres,
Un sympathique élan tressaillait dans ses fibres.
La noble Liberté, vierge aux baisers amers,
Semblait avoir franchi les espaces des mers
Et, comme au but choisi, sur tes plages nouvelles,
Terminé son voyage et reployé ses ailes.
Le vaisseau l’Union promenait fièrement
Son drapeau constellé comme le firmament ;
Image d’un beau ciel qui, dégagé de nues,
Sème ses astres d’or en gerbes inconnues :
Chacun le saluait, tout port s’ouvrait à lui
Lorsque sur son azur le soleil avait lui.

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