‹ La Légende des siècles tome IChapitre 42 sur 76 · XV

XV

LE ROI EST LE ROI

Roi, vous vous croyez moins prince Et vous jurez par l'enfer Dans cette montagne où grince Ma vieille herse de fer;

D'effroi votre âme est frappée; Vous vous défiez, trompeur; Traître et poltron, mon épée Vous fait honte et vous fait peur.

Vous me faites garder, sire; Vous me faites épier Par tous vos barons de cire Dans leurs donjons de papier:

Derrière vos capitaines Vous tremblez en m'approchant; Comme l'eau sort des fontaines, Le soupçon sort du méchant;

Votre altesse scélérate N'aurait pas d'autre façon Quand je serais un pirate, Le spectre de l'horizon!

Vous consultez des sorcières Pour que je meure bientôt; Vous cherchez dans mes poussières De quoi faire un échafaud;

Vous rêvez quelque équipée; Vous dites bas au bourreau Que, lorsqu'un homme est épée, Le sépulcre est le fourreau;

Votre habileté subtile Me guette à tous les instants; Eh bien! c'est peine inutile Et vous perdez votre temps

Vos précautions sont vaines; Pourquoi? je le dis à tous: C'est que le sang de mes veines N'est pas à moi, mais à vous.

Quoique vous soyez un prince Vil, on ne peut le nier, Le premier de la province, De la vertu le dernier;

Quoique à ta vue on se sauve, Seigneur; quoique vous ayez Des allures de loup fauve Dans des chemins non frayés;

Quoiqu'on ait pour récompense La haine de vos bandits; Et malgré ce que je pense, Et malgré ce que je dis,

Roi, devant vous je me courbe, Raillé par votre bouffon; Le loyal devant le fourbe, L'acier devant le chiffon;

Devant vous, fuyard, s'efface Le Cid, l'homme sans effroi. Que voulez-vous que j'y fasse Puisque vous êtes le roi!

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