‹ La lyre héroïque et dolenteChapitre 2 sur 56 · L'AUTOMNE A DÉNUDÉ...

L'AUTOMNE A DÉNUDÉ...

L'automne a dénudé les glèbes et le soir, Un soir d'exil et de mains désunies, S'approche à l'horizon des plaines infinies, Roi dévêtu de pourpre et spolié d'espoir.

O marcheur aux pieds nus et las qui viens t'asseoir Sans compagnon, parmi les landes défleuries, Près des eaux mornes, quelles mêmes agonies Alourdissent ton front vers ce triste miroir?

Je le sais, tout se meurt dans ton âme d'automne. Laisse la nuit prendre les fleurs qu'elle moissonne Et l'amour défaillant d'un coeur ensanglanté,

Pour qu'après le sommeil et les ombres fidèles Les clairons triomphaux de l'aube et de l'été Fassent surgir enfin les roses immortelles.

LES VAINES IMAGES

A HENRI DE RÉGNIER

PSYCHÉ

Petite âme, Psyché mélancolique, dors, Lys d'aurore surgi des heures ténébreuses, Tes bras souples et frais et tes lèvres heureuses Ont rajeuni mon coeur et réjoui mon corps.

Et tu m'as cru, petite âme blanche et farouche, Tel que ton désir vierge encore me voulait Pendant tes longs baisers de miel pur et de lait, Tant que l'ombre a menti comme mentait ma bouche.

Nulle parole et nulle étreinte et nul baiser N'ont trahi la douleur secrète du cilice; Mais éveillée avec l'aube révélatrice Tu frémissais, Psyché fragile, à te briser,

Si le jour désillant ta paupière sereine Au lieu du doux vainqueur que rêvait ton émoi Te décelait mes poings crispés même vers toi Et mes yeux éperdus de colère et de haine;

Car je te hais de tout ton amour, ô Psyché, Pour les jours à venir et les futures heures Et les perfides flots de larmes et de leurres Qui jailliront un jour de ton être caché.

Mais avant que la nuit divine m'abandonne, Avec le dur métal des gouffres sidéraux Je forgerai le masque amoureux d'un héros, Rieur comme l'Avril, grave comme l'automne;

Mort vivant sur les lèvres mortes d'un vivant, Le masque couvrira ma face convulsée; Et maintenant que l'aube éclate! O fiancée Chez qui la femme, hélas! va survivre à l'enfant.

Eveille-toi, rouvre ta bouche qui s'est tue, Tu n'entendras de moi que paroles d'orgueil Et je me dresse sous les morsures du deuil Lauré d'or et pareil à ma propre statue.

ÉLIANE

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