‹ La maîtresseChapitre 18 sur 31 · 4.2

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MAURICE : Viens donc !

BLANCHE : Je suis là, près de toi, contre ta poitrine.

MAURICE : Je te dis de venir.

BLANCHE : Mais je te serre de toutes mes forces.

MAURICE : Ah ! c’est comme si je chantais.

BLANCHE : Pourquoi t’arraches-tu ? pourquoi te lèves-tu sur tes genoux, menaçant, les traits tirés, l’oeil mauvais ? Tu me fais l’effet d’un fauve. Tu me remplis d’angoisse et je n’ose plus te tendre les bras.

MAURICE : Veux-tu venir, oui ou non ?

BLANCHE : Voilà ! voilà !

MAURICE : Tu me réponds : « Voilà ! voilà ! » comme une servante effrayée par sa maîtresse en colère, mais tu ne viens pas.

BLANCHE : Je ne comprends plus, Maurice. Pourtant, je t’aime.

MAURICE : Tu m’aimes et tu restes là-bas, loin de moi, à des lieues, à des journées de marche de moi et je fais de vains efforts pour te rejoindre.

BLANCHE : Qu’est-ce que cela signifie ? Je me presse sur ton coeur à passer de l’autre côté.

MAURICE : Tu t’éloignes au diable ! Ta forme, quand je crois la tenir dans mes mains, se disperse aux quatre vents. Jamais je ne pourrai pleinement te saisir.

BLANCHE : C’est une maladie. Si tu as des attaques maintenant, me voici bien.

MAURICE : Il me faut y renoncer. Deux paralytiques qu’on lierait étroitement avec des cordes resteraient, moins que nous, étrangers l’un à l’autre.

BLANCHE : Tu trouves folichon ce que tu dis là, mon Maurice ; si tu m’invites chez toi, pour me glacer le sang dans les veines, demain je garderai la chambre.

MAURICE : Ne fais pas attention, maman. J’ai besoin de débiter ainsi, au moment suprême, des sornettes. C’est ma façon à moi de mourir. Après, au réveil, je demeure longtemps confus.

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