4.2
MAURICE : Viens donc !
BLANCHE : Je suis là, près de toi, contre ta poitrine.
MAURICE : Je te dis de venir.
BLANCHE : Mais je te serre de toutes mes forces.
MAURICE : Ah ! c’est comme si je chantais.
BLANCHE : Pourquoi t’arraches-tu ? pourquoi te lèves-tu sur tes genoux, menaçant, les traits tirés, l’oeil mauvais ? Tu me fais l’effet d’un fauve. Tu me remplis d’angoisse et je n’ose plus te tendre les bras.
MAURICE : Veux-tu venir, oui ou non ?
BLANCHE : Voilà ! voilà !
MAURICE : Tu me réponds : « Voilà ! voilà ! » comme une servante effrayée par sa maîtresse en colère, mais tu ne viens pas.
BLANCHE : Je ne comprends plus, Maurice. Pourtant, je t’aime.
MAURICE : Tu m’aimes et tu restes là-bas, loin de moi, à des lieues, à des journées de marche de moi et je fais de vains efforts pour te rejoindre.
BLANCHE : Qu’est-ce que cela signifie ? Je me presse sur ton coeur à passer de l’autre côté.
MAURICE : Tu t’éloignes au diable ! Ta forme, quand je crois la tenir dans mes mains, se disperse aux quatre vents. Jamais je ne pourrai pleinement te saisir.
BLANCHE : C’est une maladie. Si tu as des attaques maintenant, me voici bien.
MAURICE : Il me faut y renoncer. Deux paralytiques qu’on lierait étroitement avec des cordes resteraient, moins que nous, étrangers l’un à l’autre.
BLANCHE : Tu trouves folichon ce que tu dis là, mon Maurice ; si tu m’invites chez toi, pour me glacer le sang dans les veines, demain je garderai la chambre.
MAURICE : Ne fais pas attention, maman. J’ai besoin de débiter ainsi, au moment suprême, des sornettes. C’est ma façon à moi de mourir. Après, au réveil, je demeure longtemps confus.