‹ La maîtresseChapitre 26 sur 31 · 11.1

11.1

Je loge au rez-de-chaussée humide et noir ; elles habitent près du ciel.
Ma fenêtre donne sur la pompe et la boîte aux ordures ; elles ont quatre fenêtres par où le matin, dès qu’elles tirent les rideaux, la lumière se précipite. Et, bientôt, elles apparaissent sur le balcon.

La joue collée à ma vitre, je les attendais et elles ne remarquent pas tout de suite que je les guette.

La jeune fille chantonne, arrose les fleurs, respire de l’air pur, cherche le soleil, frotte ses yeux blessés, et la mère va et vient, et fait une fois de plus le ménage, avec les mêmes soucis. Ni l’une ni l’autre ne me devinent et je ne leur en veux pas.

Je viens de ma province, j’arrive à peine, en bons souliers neufs, et j’ai l’intention de conquérir Paris. Mais par quel bout faut-il le prendre ?

Chaque quinzaine j’écris là-bas :

« Tout va bien. »

On me réplique :

« Tant mieux, courage ! »

Et je passerais ma vie ainsi. Je lis jusqu’à l’écoeurement. Je ne sors que le soir, poussé par la faim, et je rentre dès que je l’ai calmée ou trompée. Si la fortune frappe à ma porte, elle est presque sûre de me trouver chez moi.