2.3 Échange de petits noms.
BLANCHE : Tiens, pourquoi m’appelez-vous Blanche ? Ce n’est pas mon petit nom. Je m’appelle…
MAURICE : Chut ! Je veux vous donner ce nom de Blanche, précisément parce qu’il ne vous a jamais servi et qu’il vous viendra de moi.
BLANCHE : Quelle cocasserie ! souvent il me semblera que c’est à une autre que vous parlez.
MAURICE : Je dirai le nom de si près que vous ne vous y tromperez pas.
BLANCHE : Au moins, ce nom nouveau pour moi, l’est-il pour vous ?
MAURICE : Méchante ! faut-il que j’en cherche un autre ?
BLANCHE : Inutile. Il me va. Mais pourquoi lui plutôt que Madeleine, par exemple ? Où l’avez-vous pris ?
MAURICE : C’est un nom tombé du ciel de là-haut, dans notre ciel d’ici-bas.
BLANCHE : Ah ! vous me paraissez un fier original. Enfin, je tâcherai de mettre mon vrai nom dans ma poche et mon mouchoir, avec une corne, par-dessus. Quand j’attendrai votre visite, je me répéterai, ainsi que les enfants qui craignent d’oublier une commission : Je m’appelle Blanche, je m’appelle Blanche, je m’appelle Blanche.
Mais cessons ces gamineries et parlons sérieusement.
MAURICE : Laissez-moi m’installer auparavant. Donnez votre main droite dans ma main droite et ne vous occupez point de ce que fera ma main gauche. Elle soutiendra votre taille ; elle se distraira, et quand vous me direz des mots cruels, par ses trouvailles de voyageuse elle me consolera.
BLANCHE : Écoutez-moi attentivement, Maurice.
MAURICE : Vous vous en tenez à Maurice ?
BLANCHE : Oh ! Je n’ai pas votre imagination. J’aime autant ce nom qu’un autre.
MAURICE : Il y a une foule de choses que vous aimez « autant qu’une autre ».
BLANCHE : Si vous continuez, je m’en vais.
MAURICE : Pardon ! Je tremble à mon tour. Qu’allez-vous me dire ?