‹ La maîtresseChapitre 5 sur 31 · 2.2 Le cocher, le même.

2.2 Le cocher, le même.

BLANCHE : Qu’est-ce qu’on entend ? Entendez-vous ? On dirait un boeuf échappé ?

En effet, un galop lourd frappe la terre. Leur cocher surgit devant eux et droit sur ses sabots, vilain à voir, il brandit son fouet et hurle :

« Il me faut encore vingt sous. »

MAURICE : Il vous les faut absolument ? Pourquoi ?

LE COCHER : Fortifications.

MAURICE : C’est une raison. Je m’incline.

LE COCHER : Point de raisons. Dépêchons.

MAURICE : Et si je ne donne rien ?

LE COCHER : Je tape.

MAURICE : Parfait. Les voilà, mon brave. Je n’ai rien à vous refuser. Vous ne m’ennuyez pas comme vous l’espérez. Je jure qu’aujourd’hui personne ne se vantera de me démonter.

BLANCHE : Il s’éloigne en ricanant. Vrai ! quelle succession d’incidents ridicules. J’ai le coeur à l’envers. Dieu, que cet homme est bête !

MAURICE : Pas si bête. Plutôt sûr de ses droits et un peu vif. Je lui pardonne. Je pardonnerais au criminel rouge de mon sang. Une bonté intarissable ne vous gonfle-t-elle pas comme moi ?

BLANCHE : Ma foi non. Ma promenade est gâtée.

MAURICE : Ôtez-en les taches et savourez ce qui reste de délicieux. Moi je serrerais dans mes bras la nature entière.

BLANCHE : Je ne me sens plus en train. Je me promettais de l’agrément. Mais cette nuit où nous marchons à tâtons, ces bruits confus qui montent de partout et ces ombres murmurantes qui se croisent, tout m’agace.

MAURICE : Voyons, ma chère Blanche.

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