2.2 Le cocher, le même.
BLANCHE : Qu’est-ce qu’on entend ? Entendez-vous ? On dirait un boeuf échappé ?
En effet, un galop lourd frappe la terre. Leur cocher surgit devant eux et droit sur ses sabots, vilain à voir, il brandit son fouet et hurle :
« Il me faut encore vingt sous. »
MAURICE : Il vous les faut absolument ? Pourquoi ?
LE COCHER : Fortifications.
MAURICE : C’est une raison. Je m’incline.
LE COCHER : Point de raisons. Dépêchons.
MAURICE : Et si je ne donne rien ?
LE COCHER : Je tape.
MAURICE : Parfait. Les voilà, mon brave. Je n’ai rien à vous refuser. Vous ne m’ennuyez pas comme vous l’espérez. Je jure qu’aujourd’hui personne ne se vantera de me démonter.
BLANCHE : Il s’éloigne en ricanant. Vrai ! quelle succession d’incidents ridicules. J’ai le coeur à l’envers. Dieu, que cet homme est bête !
MAURICE : Pas si bête. Plutôt sûr de ses droits et un peu vif. Je lui pardonne. Je pardonnerais au criminel rouge de mon sang. Une bonté intarissable ne vous gonfle-t-elle pas comme moi ?
BLANCHE : Ma foi non. Ma promenade est gâtée.
MAURICE : Ôtez-en les taches et savourez ce qui reste de délicieux. Moi je serrerais dans mes bras la nature entière.
BLANCHE : Je ne me sens plus en train. Je me promettais de l’agrément. Mais cette nuit où nous marchons à tâtons, ces bruits confus qui montent de partout et ces ombres murmurantes qui se croisent, tout m’agace.
MAURICE : Voyons, ma chère Blanche.