2.5 Le passé.
MAURICE : Je ne le connais point, mais je l’accepte les yeux fermés, s’il n’empiète pas sur le présent.
BLANCHE : Il ressemble à la moyenne des passés. J’étais libre d’avoir des affections. J’en ai eu, sans me priver.
MAURICE : Combien, à peu près ?
BLANCHE : Je ne sais trop, trois ou quatre. La dernière seule doit compter.
MAURICE : Elle compte toujours ?
BLANCHE : Non, il a mal agi. Je ne l’aime plus.
MAURICE : Depuis quand ?
BLANCHE : Depuis longtemps, quoique je vienne seulement de casser la corde usée. Il est parti. Il peut tenter de reprendre sa place, mais il l’a perdue définitivement. S’il ne se conduisait pas en galant homme, auriez-vous l’énergie de le mépriser ? Ah ! vous détournez la tête.
MAURICE : Je cherche une bouffée d’air pur.
BLANCHE : Mon ami, il est encore temps. Voulez-vous que nous nous serrions la main, en camarades, pour nous séparer ?
MAURICE : En vérité, l’étalage de votre franchise me stupéfie. Faut-il donc vous confesser ?
BLANCHE : Il le faut, afin que plus tard vous ne multipliiez pas vos questions. Les amants quittés se vengent sans le savoir. Ils ne nous tirent point par les pieds, mais nous les tirons nous-mêmes de l’oubli et les excitons à nous tourmenter. Je veux votre serment. Vous ne me parlerez jamais de ce monsieur ?
MAURICE : Jamais. Pour l’instant, qu’il se dispense de nous déranger.
BLANCHE : Vous êtes fort à l’épée ?
MAURICE : J’en ai fait, comme tout le monde, au régiment.
BLANCHE : Vous me rassurez. Et que craindrions-nous ? L’homme qui se conduit mal avec une femme est un lâche. Ne pensons plus au monsieur.
MAURICE : Je ne demande pas mieux. Est-ce tout ? puis-je commencer de vous baiser les cheveux ?
BLANCHE : Attendez.
MAURICE : Ah ! femme méticuleuse, vous gardez votre tête, quand vous prêtez votre coeur.