‹ La mésaventureChapitre 6 sur 7 · VIII

VIII

Àcette déroute imprévue, qui jamais eût songé ? Ô l’étrange interversion ! où savoir ? Et comment croire maintenant ? Le dire ? Pouvoir le dire au risque de toutes humiliations, pouvoir dans un corsage frère épandre les larmes désolées, et se plaindre, et condamner sans excuses.

Ce fut l’impossible, l’irréalisable vœu de sa vie pour toujours close en désespoir.

Au contraire marquer d’un visage indifférent chaque heure, sourire aux spirituelles reparties, battre nonchalamment de l’éventail, et saturer d’odeurs fines les pièces sillées de sa présence ; elle ne s’en put départir.

Les jours neigèrent, neigèrent, en blancs linceuls ; Maman parlait, comme la pluie sur les toits. L’immonde époux, retourné au Sénégal, expédiait des lettres officiellement affables, qu’elle lisait aux parents avec des apparences de satisfaction.

Mais pas un nègre ami sous le ciel équatorial qui aidât la Mort libératrice, capable de rompre le lien de honte. L’idée que cet homme l’avait eue dans ses mains, dans sa couche, palpitante et vierge, faisait jaillir de ses yeux des gerbes de larmes. Elle courait à la chambre nuptiale ; et au Christ du chevet, sans fin, elle contait l’histoire.

Les pleurs lui rongèrent les paupières et les joues ; le dépit la mordait aux entrailles.

Les plans et les stratagèmes si habilement ourdis durant les longues insomnies des fiançailles se dénouaient sans résistance au heurt imprévu. Par son extrême et insoupçonnable perversité, le mâle échappait à ses lacs construits suivant les avis maternels et l’expérience de féminins atavismes.

Le papillon suprême cimier de son casque en tomba, un soir de douleur où elle cachait sa face de vaincue dans la grotte reposante de ses bras. Il tomba, s’émietta en mille parcelles brillantes qui reflétèrent la lune, verte et bleue, soudain montée sur les futaies du parc.

Alors la rétiaire vaincue immola définitivement ses espoirs. Dans une souffrance inlassable, elle attendit superbement la mort, d’une attitude préférée, les bras en croix, les yeux vers le ciel de laque rivé au plafond du boudoir, les chevilles pudiquement croisées ; en toilette de satin candide.

Parfois au miroir elle se donnait la bonne sensation du vertige devant les étangs profonds de ses yeux, les purs étangs drainés de toute ignorance et de toute concupiscence.

Les jours neigèrent, neigèrent en linceuls blancs. Maman conversait comme la pluie sur les toits.

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