‹ La montée aux enfersChapitre 5 sur 24 · L’APRÈS-MIDI DU FAUNE

L’APRÈS-MIDI DU FAUNE

Imprudente, tu vas sous l’épaisseur des branches, Dans le parc merveilleux par l’automne doré, Sans savoir qu’à l’odeur que laisse ta chair blanche, Moi, le monstre velu te suis dans les fourrés.

A plat ventre, enfonçant mon sexe dans les herbes, J’ai scruté bien souvent sous le tissu léger Tes deux jambes en fleurs, vigoureuses, superbes, Et ta grâce de vierge ignorant le danger.

Et ta nubilité précieuse et vivante, Cette pudeur sentant le duvet et la peau, Se confondait pour moi aux odeurs enivrantes Des vieux buis, des genévriers et des sureaux.

Or, l’automne en chaleur décompose les feuilles, Du feu sort en vapeurs de l’humus craquelé, Les marronniers brûlants en gouttes d’or s’effeuillent, Et je danse en pensant à ton corps violé.

Je pourrais tout à coup te tirer par la tresse Et te faire tomber d’un geste, sur le dos. J’étoufferais tes cris de ma forte caresse, T’immobiliserais du poids de mon fardeau.

Non, je veux te forcer comme on force une bête, Te faire revenir à l’animalité Par la peur, te montrant subitement ma tête Affreuse, et mon corps nu de désir dévasté.

A la course! Pour fuir tu lèveras ta robe, Mon souffle d’animal te chauffera les reins. Les arbousiers avec l’œil rouge de leur globe En passant de leur suc t’humecteront les seins.

Tu heurteras les troncs, glisseras sur les gommes, La ronce à chaque pas te déshabillera, Plus fortes que les fleurs, des odeurs mâles d’hommes, En effluves épais entoureront tes pas.

Tu fuiras jusqu’aux lieux où le parc est sauvage, Où la racine à vif perce le sol en rut, Où le pourrissement des bois et des feuillages Fait un lit séminal aux grands arbres membrus.

Je te culbuterai parmi les fondrières, Je te déchirerai, je te ravagerai, Je te ferai sentir tout l’amour de la terre Dans un élan que rien ne pourra modérer.

Et dans le rythme immense où tu seras plongée, Tu percevras, tes mains fouillant le terreau noir, Le baiser des fourmis, l’amour des scarabées, Des étreintes de mandibule et de suçoir.

Et tu sauras combien est beau le crépuscule, En sentant sous ton dos broyé par mon poitrail, Les insectes amants, les couples minuscules Et tout le grouillement de la terre en travail.

Et, boueuse et sanglante, au sein de la nature, Tu renieras l’orgueil de ta virginité Dans ce lit de la vie et de la pourriture Dont j’aurai fait jaillir l’éternelle beauté.

PLAISIRS DU SULTAN

Le sultan énervé, las des femmes trop grasses Du harem, des soldats dormant sous leur cuirasse, Des eunuques trop laids et des chiens assoupis, S’est fait porter avec ses bonbons, ses tapis, Son narguilé d’argent et ses flacons de rose, Dans la cour du palais que le soleil arrose. Quatre nègres géants dont le torse est bombé Font luire autour de lui leurs sabres recourbés. Il s’ennuie, il a froid, il est triste de vivre... Il fait venir la vierge aux beaux cheveux de cuivre, Pareils à du feu chaud tressé sur un front pur. Les nègres saisissant ce corps pétri d’azur Lui fendent les poignets et pendant qu’elle crie Versent le sang sur un plateau d’orfèvrerie. Le sultan trempe alors ses mains languissamment Dans le sang tiède et voit au fond des yeux charmants De la vierge, la mort venir des veines vides... Les sabres recourbés ont quatre éclairs splendides, Le soleil brûle et le sultan clignant des yeux Sur le corps étendu jette un grand velours bleu...

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