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Chapitre 1

Les Imans de la Mosquée Verte, assis à l’ombre matinale, commençaient le rêve du jour. Les premières heures du soleil nouveau venaient de les réunir dans leur lieu familier, au bord de la sainte terrasse, sous des platanes centenaires. La mosquée, derrière eux, élevait sa façade de marbre. Et, à leurs pieds, devant leurs yeux contemplateurs, la ville de Brousse, toute noyée de verdure, dévalait doucement dans l’abîme lointain des plaines.

Ils rêvaient à l’ombre, les Imans de la Mosquée Verte. Les feuilles neuves des platanes étendaient un dôme très frais au-dessus de leurs turbans immobiles. Peu de bruits troublaient leurs flottantes pensées : des chants d’oiseaux, des musiques d’eaux vives, et, entendues de loin, des voix gaies de petits enfants ; la ville d’en dessous, à demi cachée dans les arbres, leur envoyait à peine le murmure de sa vie tranquille, assourdie sous tant de feuillages.

La terrasse où les Imans rêvaient était, devant la mosquée, comme un péristyle déjà religieux ; elle formait sanctuaire au dehors. Elle s’entourait d’un mur bas tapissé de fleurettes de mai, et on y accédait par un portail ouvert à tous venants. En plus de ces platanes vénérables, sous lesquels les Imans s’abritaient, on y trouvait aussi un grand cyprès sombre et un kiosque blanc, aux arceaux légers, d’où jaillissait une fontaine…

Quand, avec mon compagnon de voyage, je pénétrai pour la première fois dans ce lieu de continuelle paix, nous n’étions à Brousse que depuis la veille au soir, amenés par l’ambassadeur de France.

La maison où notre ambassadeur nous avait offert l’hospitalité charmante était située à mi-hauteur de montagne, en dehors de la ville, presque dans les champs, entre Brousse et le village de Tchékirgué. — Une maison orientale toute neuve, presque inachevée, ayant encore ses plafonds et ses portes de bois blanc ; en bas, un vestibule pavé de faïence ; en haut, nos chambres regardant des lointains infinis — et un grand salon aux murs blanchis de chaux fraîche, sur lesquels on avait cloué à la hâte de longues broderies de soie et d’or en forme de portes de mosquée.

Arrivés en voiture, très tard, pendant une nuit sans lune, nous n’avions rien pu deviner hier de la vieille ville délicieuse. Et, ce matin, nos fenêtres ouvertes au clair soleil, nous nous étions d’abord émerveillés de voir tout apparaître ; l’impression nous était venue de plonger aux temps anciens de l’Islam, d’assister à un printemps d’autrefois, dans un éden de tranquillité et de verdure. Puis nous étions sortis dans la lumineuse campagne, et, pressés de connaître cette Mosquée Verte, nous avions loué une quelconque de ces petites carrioles turques, qui stationnent aux carrefours des chemins, sous les grands arbres. D’une forme bizarre de nacelle, peinturlurée de toutes sortes de dessins et de fleurs, elle était mal suspendue, basse avec une toiture courbe ornée de cuivres brillants et de broderies de perles ; le cocher portait veste rouge soutachée d’or ; le cheval blanc, bariolé de henneh, avait des colliers, des pendeloques et des clochettes : tout un Orient archaïque, naïf, un peu enfantin encore, s’ébattant dans la joie des nuances vives.

En route, nous avions croisé quantité de petits équipages pareils, qui détalaient gaîment, éclatants de peinturlures, au milieu des verts printaniers, sous les voûtes de feuilles nouvelles, le long des talus de hautes herbes piquées de coquelicots rouges. Et, dans ces carrioles, c’était une continuelle diversité de costumes : des hommes en veste brodée et rebrodée, des femmes qui se drapaient dans de longs voiles de soie lamée d’or et ne laissaient voir de leur visage que les beaux yeux peints. Sous nos pieds s’étendait l’immense plaine, où des arbres moutonnaient à l’infini comme la frisure d’un tapis de laine verte. Et Brousse était devant nous, accrochée au flanc du mont Olympe qui dominait toutes choses de sa cime encore zébrée de neiges ; ville presque enfouie dans les branchages enchevêtrés, et plutôt devinée qu’aperçue ; sorte de grand bois d’une teinte de printemps, d’où émergeaient çà et là les dômes des mosquées, les minarets blancs et les cyprès noirs. — Nous dépassions aussi des charrettes lentes, que traînaient des buffles gris, coiffés de perles bleues, ou des bœufs blancs au front rougi de henneh. Et des groupes de paysans encombraient le chemin, apportant d’extravagantes charges de branches de mûrier, pour ces vers à soie qui depuis des siècles travaillent inconsciemment à filer les célèbres étoffes de Brousse.

Dans la ville enfin, nous avions commencé à rouler bruyamment sur les pavés durs. De chaque côté des rues, les maisonnettes en bois se suivaient sans s’aligner ; les étages supérieurs, très débordants, étaient soutenus par des volutes, des consoles, et en général posés de travers sur les étages d’en dessous, suivant des fantaisies imprévues — pour orienter mieux vers le beau paysage, vers l’infini des plaines, quelque fenêtre grillée par où regardent les femmes. Il y avait des petites boutiques naïvement ornées ; des petits métiers bizarres qui s’exerçaient sans hâte par des procédés d’autrefois. On prenait de plus en plus conscience d’un recul dans ces bons temps passés, qui étaient moins durs aux artisans et aux pauvres. On sentait combien ici la vie était demeurée simple et contemplative : d’innombrables rêveurs étaient assis, à l’ombre des arbres, aux portes des cafedjis ou des barbiers, devant un narguilé, une microscopique tasse de café, ou seulement un verre d’eau claire rafraîchie d’un peu de neige de l’Olympe. Des arbres, des arbres partout, et des rues entièrement voûtées de treilles centenaires, aux pampres tout neufs. Çà et là, aux carrefours, apparaissaient des petits lointains baignés de pénombre verte, comme des lointains de dessous bois, et la bigarrure charmante des costumes éclatait mieux dans le gai feuillage, la bigarrure des vieux costumes turcs, nullement gâtés comme à Stamboul par nos modes tristes. Beaucoup de mosquées, s’abritant toutes sous des platanes géants, sous des platanes sans âge, aux troncs monstrueux, encore admirablement verts dans leur vieillesse extrême. Et tant de fontaines jaillissantes, descendant, en minces filets ou en belles gerbes pures, des neiges d’en haut ! Toute cette ville ombreuse était entièrement pénétrée par les eaux vives, qui tombaient ensuite et se réunissaient dans les plaines d’en bas. Et tant de sépultures partout ! Le long des rues et sur les places, des morts mêlés aux vivants ; des kiosques funéraires, des tombeaux, verdis à l’obscurité de leurs grands cyprès… Mais cela était sans horreur et sans effroi, au milieu de ce peuple de croyants ; il semblait que ces invisibles couchés sous terre ne faisaient là que poursuivre le tranquille rêve de leur vie, le même rêve, avec un peu plus de mystère seulement, un peu plus de silence encore et plus de nuit…

Brousse avait continué de défiler vite sous nos yeux, tandis que nous passions dans notre petite voiture peinte. Après une demi-heure de route, nous étions arrivés à un large et profond ravin, dans lequel courait un torrent sous un fouillis d’arbres ; des ponts l’enjambaient, des ponts antiques et massifs, d’énormes arceaux byzantins, — et, comme ces ponts étaient d’une inutile largeur, les Turcs avaient bâti dessus, tout le long des parapets, des maisonnettes suspendues, pour y jouir du site étrange : c’étaient des ponts habités. Contrairement aux villes arabes, où les impénétrables demeures, ensevelies de chaux blanche, n’ont jamais de fenêtres, les villes en bois peint de la Turquie regardent de tous côtés par des milliers d’ouvertures, que masquent seulement, pour l’observance musulmane, des grillages légers.

La ville enfin traversée, notre attelage s’était arrêté près de la Mosquée Verte, sous des platanes, et, à pied, déjà charmés, même un peu recueillis, nous avions franchi le petit portail pour pénétrer dans le saint préau. Les Imans alors nous étaient apparus, assis tout au rebord de leur terrasse et découpés en silhouette sur les lointains profonds qu’ils contemplaient. Leurs turbans, blancs ou verts, s’étaient à peine tournés vers nous, et puis ils avaient repris leur rêve, nous laissant contempler aussi.

La mosquée nous surplombait, toute blanche et tranquille. Ses parois de marbre, un peu déjetées par les siècles, par les tremblements de terre, donnaient, dès l’abord, malgré leur blancheur immaculée, l’impression des temps lointains. L’herbe y poussait çà et là, formant bordure verte entre les assises, et des colombes affairées, qui faisaient leur nid dans les trous du mur, allaient et venaient alentour. La haute porte, d’un dessin mystérieux, avait pour couronnement quelque chose comme une multiple retombée de stalactites de grotte, et les fenêtres s’encadraient de fines dentelles d’Alhambra. Mais, malgré cette extrême complication de détails, l’ensemble, les grandes lignes, tout demeurait reposant et simple. Il était vraiment un grand maître du rêve, celui qui l’a conçue, il y a cinq siècles, la Mosquée Verte et qui l’a édifiée ici, devant ces perspectives profondes, en balcon avancé sur ce pays d’arbres.

Les marches de marbre blanc, envahies d’herbes qu’on ne dérange jamais, étaient aujourd’hui toutes semées de coquelicots rouges : les Turcs sentent le charme des ruines, des fleurs sauvages reprenant leurs droits sur les plus splendides choses humaines — et, d’ailleurs, s’ils ne réparent jamais rien, c’est pour ne pas contrarier la volonté d’Allah, qui est que tout tombe et finisse…

Les Imans, assis à l’ombre, ayant compris notre désir d’entrer dans le sanctuaire, nous avaient envoyé un jeune homme qui rêvait là, étendu à leurs côtés.

C’était un garçon pauvre, qui avait métier de louer des babouches aux visiteurs de ce lieu saint. Humblement il était venu nous chausser et ouvrir devant nous les portes de la mosquée sereine.

D’abord, nous n’avions perçu qu’une impression de fraîcheur, de pénombre délicieuse, de suprême paix ; puis, lentement, le charme spécial de ce lieu nous avait imprégnés.

Au centre, une fontaine jaillissait d’une vasque toute blanche. Sur les murailles, des faïences rares — de celles dont le procédé de coloration est depuis trois cents ans perdu — alternaient avec la blancheur des marbres. Au-dessus de la porte d’entrée, apparaissait très haut la grande loggia en faïence des sultans d’autrefois, et de chaque côté, au niveau des dalles, des loges pareilles s’ouvraient, pour les Imans ; les précieux carreaux qui les tapissaient, représentant d’inimaginables fleurs, avaient des encadrements et des bordures de tous les bleus turquoise — depuis la fraîche turquoise couleur de ciel clair jusqu’à la turquoise mourante s’éteignant dans les verts étranges.

Au fond de la mosquée, resplendissait le Mihrab (qui est, comme chacun sait, le portique très saint, orienté dans la direction de la Mecque, vers lequel se tournent les fidèles en priant) ; chef-d’œuvre d’art ancien, très haut et majestueux, il était entièrement en faïence ; ses fleurs, ses arabesques, ses inscriptions en relief, avaient des contournements infinis ; son ogive, à mille brisures, était surchargée de stalactites, rappelait les lentes cristallisations aux voûtes des cavernes ; et, au-dessus de tout, couronnant ces complications amoncelées, une série de grands trèfles polychromes se découpaient sur le marbre blanc des murs.

Et toujours, ici comme dehors, dans son prodigieux entassement de détails, la mosquée demeurait simple en elle-même, conçue avec un art supérieur, pour être, malgré tout, reposante à voir. Le calme qui s’en dégageait devait provenir peut-être de l’absence de toute forme vivante : rien de ces images douloureuses, souvent superbes, mais toujours trop humaines, qui décorent nos églises. Les fleurs même ayant je ne sais quoi de rigide qui les change ; partout la régularité géométrique, l’impersonnel, l’abstrait, l’inexistant ; l’arrangement des choses et leur dessin-pur, sentant déjà l’approche et l’apaisement d’une sorte d’au-delà inorganique, immatériel, — éternel…

Nous avions voulu visiter ensuite le tombeau du sultan Mehemed Ier, fondateur de cette mosquée. Il était dans le voisinage, sur une esplanade un peu plus haute, et nous avions dû repasser sous les vieux platanes, monter encore quelques marches de pierre.

C’est ce tombeau qui est la véritable Mosquée Verte, nom qui cependant va si bien à tout l’ensemble de ce lieu saint, à cause de l’admirable verdure des alentours, à cause de la verte pénombre que les platanes entretiennent ici au-dessus des marbres.

Un kiosque funéraire de forme octogonale, surmonté d’un dôme et orné au dehors d’un revêtement en petits carreaux couleur vert-de-gris, imitant les écailles des lézards.

Au dedans, un enchantement, dans des nuances de mer et d’émeraude. Des faïences semblables à celles de l’extérieur, mais brodées de fines arabesques d’or, et, au milieu de chacune des faces de l’octogone vert, une rosace polychrome, — une de ces rosaces à la fois si compliquées et si simples, d’un dessin de châle persan, qui s’effilent en une pointe élancée et que termine une sorte de fleur de lis. Des petits vitraux, haut perchés, tout près du dôme, et travaillés autant que des pièces de bijouterie, laissant descendre une lumière changeante, comme filtrée au travers de pierres précieuses. Par terre, l’épaisseur des tapis anciens, sur lesquels on marche sans bruit, en babouches. Et au centre du kiosque, le catafalque, le monumental catafalque incliné, en forme de cercueil, coiffé du turban de jadis et recouvert d’un voile de la Mecque, en soie groseille pâle avec inscriptions d’argent mat. Une merveille d’art oriental, cette grande triste chose rose, chamarrée d’argent, qui se dresse devant ces fonds couleur d’eau marine…

Ensuite, le loueur de babouches nous avait ramenés dans la première cour, près des Imans silencieux, nous proposant de nous asseoir aussi au rebord de la terrasse, pour jouir de la vue incomparable des lointains.

Les Imans, à notre approche, avaient porté leur main droite à leurs lèvres, puis à leur front, en geste de salutation amicale, nous invitant à prendre place près d’eux sur un tapis rouge. Et, alors, notre connaissance et notre sympathie avaient commencé.

Le lieu d’élection des Imans est une modeste et très vieille estrade en planches, qui s’appuie au tronc du grand cyprès et où l’on monte par trois marches fendillées au soleil. Le plancher en est très vermoulu ; tout au bord de la terrasse, il affleure le sommet du petit mur d’enceinte, pour permettre, même aux personnes assises, de ne rien perdre du merveilleux panorama d’en-dessous.

Quand nous sommes là, on fait venir du café, des narguilés, et le petit loueur de babouches s’assied aussi en cercle avec nous, car, si pauvre qu’il soit, les Imans l’admettent dans leur compagnie : d’abord, les gens du peuple sont ici tous plus ou moins affinés par la prière ; et puis, la Turquie est le vrai pays de l’égalité, — égalité devant la contemplation et devant le rêve. Ils ont pourtant une foi, les Turcs, un clergé puissant, une théocratie et un khalife ; mais cela n’empêche pas les riches et les pauvres, les laboureurs et les plus savants derviches, de se tendre la main, de s’asseoir côte à côte, devant les plus humbles petit cafés, pour causer ensemble. Et nous ignorons complètement la fraternité qu’ils pratiquent, nous, les promoteurs des belles théories égalitaires qui aboutissent à la marmite explosible, après nous avoir fait passer par la duperie honteuse et bête d’une aristocratie d’argent.

Sur la terrasse des Imans, la causerie, qui amène pour nous l’oubli des heures, est très lente, très clairsemée dans du silence, composée surtout de formules aimables, sourires, gestes calmes pour indiquer les grands horizons développés sous nos pieds.

D’abord, à la même altitude que nous, sur le liane du mont Olympe, s’éploie la ville de Brousse, berceau des Osmanlis. Très plongée, cette ville, presque noyée, disparue dans les ramures de tous ses arbres, dans les feuillages si frais de son beau mois de mai. Les Turcs l’appellent la Ville aux cinq cents mosquées ; et, en effet, ce qui surnage au-dessus du flot vert, ce sont surtout les saintes coupoles, les flèches blanches des minarets, — puis les grandes larmes noires des cyprès, disant qu’il y a partout des morts, que les Osmanlis d’autrefois sont là, endormis sous les pas de leurs fils pieux…

La ville ne descend point d’une plongée égale et régulière dans les plaines. Çà et là, des ressauts, des plans de terrain s’avancent comme des proues, supportant des mosquées plus émergées de la verdure, des maisons plus apparentes ; et, au bord de ces escarpements, toujours s’étendent des terrasses, des lieux de contemplation où d’autres rêveurs comme nous sont assis devant les lointains.

Les plaines d’en bas, toutes veloutées d’arbres, de peupliers, de mûriers, de chênes, s’en vont, s’en vont de plus en plus bleuâtres, jusqu’à une ceinture de montagnes très éloignées, d’une teinte claire d’iris, qui confinent avec le ciel pur. Et, derrière nous, cette mosquée aux grands murs de marbre, qui semble contempler aussi par ses fenêtres festonnées, épanche son calme mystique sur nos têtes…

Un groupe d’hommes est là, un peu à l’écart, dans le saint enclos. Assis ou étendus, accoudés au petit mur d’enceinte, silencieux tous, ils regardent au fond du gouffre vert : campagnards quelconques, brigands ou bergers. Grands et blonds, superbes, les yeux ombrés, la moustache détachée en clair sur le visage hâlé de soleil, ils portent des vestes bleues ou rouges, courtes de taille, laissant voir le large enroulement des ceintures de cachemire autour des reins souples. Leurs manches, taillées à la tartare, pendent librement de leurs épaules, un peu comme des ailes : leurs pantalons à mille plis s’arrêtent au-dessus du genou, découvrant, suivant la mode d’Anatolie, le haut du mollet nerveux au-dessus de la guêtre serrée. Types de guerriers songeurs, ils seront ou ils ont été de ces soldats croyants, admirables au feu, qui composent et rendent si fortes les armées de Turquie.

L’air est sec et suave, déjà d’une saine chaleur d’été. Le parfum des innombrables roses des jardins monte jusqu’à nous, mêlé à des senteurs balsamiques de cyprès…

– Est-ce qu’il y a dans ton pays beaucoup de points de vue aussi beaux que celui-ci ? demande en souriant l’un des turbans verts.

Et, au ton de sa question, on sent qu’il ne croit pas la chose possible. . . .

Quelle conception haute et sage ils ont de la vie, ces gens-là ! — Considérer comme transitoires les choses d’ici-bas ; espérer en Dieu et prier ; se créer très peu de besoins, très peu d’agitations, et jouir le moins brièvement possible de ce qui est d’une vraie beauté sur terre : les printemps, les matins limpides et les soirs d’or.

Quand nous quittons les Imans de la Mosquée Verte, promettant de revenir les voir, leurs saluts sont gracieux et grands.

Et déjà, entre nous, une sympathie s’est nouée ; ils ont compris sans doute que nous sommes presque des Orientaux, nous dont les côtés tourmentés leur échappent…

Brousse, que nous traversons de nouveau pour rejoindre la maison de notre ambassadeur, sommeille doucement sous la chaleur de midi. Et beaucoup de gens sont à genoux, les mains jointes, la tête levée, faisant leur prière.

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