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L’ALLÉE DE PEUPLIERS

SALLE XII.--ÉCOLE HOLLANDAISE

[Illustration]

L’Allée de peupliers

Le paysage n’a guère été cultivé par les Italiens, trop occupés de l’homme pour faire grande attention à ce qu’on appelle aujourd’hui la nature. On peut dire que Michel-Ange n’y jeta pas un seul coup d’œil, et chez les autres maître de la péninsule, le paysage n’intervient que pour servir de fond aux figures et les faire valoir. Sans y attacher d’importance, Titien en fit d’admirables, mais le paysage n’était pas un art séparé, ayant sa valeur propre; c’est vers les pâles climats du Nord, sous les tristesses d’un ciel souvent brumeux, que le sentiment de la nature se développa dans une rêveuse contemplation. Ruysdaël fit de magnifiques paysages entièrement débarrassés d’histoire et de mythologie, où l’homme n’intervenait qu’accessoirement et dans sa proportion réelle. Il peignit des forêts sans nymphes où, sous l’obscurité des branches, cheminait quelque paysan ou quelque vieille portant un fagot; de grands arbres frissonnant au vent d’automne sur un ciel grisâtre encombré de nuages gros de pluie, des buissons échevelés au sommet de quelque tertre sablonneux, des torrents écumant contre des pierres, des digues et des estacades de poteaux battues par l’eau jaunâtre de la mer du Nord, avec une voile au loin s’inclinant sous la rafale.

Qui fut le père de ces admirables paysagistes? Berghem peut-être, ou plutôt Everdingen, sinon par leçons directes, du moins par influence; en tout cas la nature. Presque tous ces peintres, dont la vie reste obscure malgré les recherches, ne quittèrent jamais les environs de leurs villes natales; mais il n’y a pas besoin de voyager pour être un grand artiste, il suffit d’ajouter son âme à la nature qui vous entoure.

Ruysdaël est, certes, le plus grand paysagiste de Hollande, mais c’est aussi un grand artiste que Minderhout Hobbema. Après sa mort, dont on ignore la date précise, la renommée de ce peintre, qui dut être apprécié de son vivant, subit, on ne sait pourquoi, une longue éclipse. Il disparut dans l’oubli avec toute son œuvre, et ne reparut aux ventes que vers 1739. Mais on ne faisait aucun cas de ses tableaux, qu’on paye aujourd’hui des sommes folles. Ils se vendaient à bas prix et souvent, pour leur donner de la valeur, on en effaçait la signature et l’on y substituait celle de peintres plus en vogue, de Ruysdaël, dont il se rapproche, ou de Dekker. Son œuvre ainsi débaptisée se fondit peu à peu dans celle d’autres artistes et les tableaux authentiques d’Hobbema sont devenus d’une excessive rareté. A la célèbre vente Patureau, les Moulins montèrent à cent mille francs.

Hobbema n’a pas la poésie de Ruysdaël, mais il possède un profond sentiment de la nature, et il exprime d’une manière admirable la puissante vie végétale de la forêt. Ses vieux chênes au tronc rugueux, aux fortes branches, aux feuilles épaisses, sont pleins de sève, et ses sous-bois, où cheminent des bûcherons ou des paysannes, ont bien la fraîcheur humide de la Hollande.

La caractéristique du talent d’Hobbema est la vigueur, vigueur de dessin, et vigueur de coloris. Examinons sa magnifique Allée de Peupliers, reproduite ici. La manière habituelle d’Hobbema s’y révèle toute. Ces grands arbres au fût grêle, couronnés d’un minuscule bouquet de feuilles, acquièrent une force exceptionnelle à se profiler ainsi en plein ciel.

Cette allée de Middelharnis, en Hollande, est une merveille de perspective; ses ornières s’enfuient en se rétrécissant jusqu’aux premières maisons du village, dont on aperçoit la masse rouge dominée par le clocher. On pourrait dire de cette route qu’elle est tout le tableau si le peintre, avec sa minutie toute hollandaise, n’avait prodigué autour de ce motif central des détails d’une étonnante virtuosité. A droite et à gauche de l’avenue, les prés s’étendent et le vert des champs prend des colorations atténuées sous la grisaille d’un ciel où roulent des nuages. Le vide que laisse, de chaque côté, la haute stature des peupliers, est heureusement rempli, à gauche par un sombre massif d’arbustes, à droite par un corps de ferme qui se prolonge jusqu’au premier plan par une rangée d’arbres.

Ça et là, de minuscules personnages sont représentés, comparses indifférents qui disparaissent dans la majestueuse grandeur du paysage. D’ailleurs Hobbema, comme Claude Lorrain, ignorait l’art de dessiner les figures; il en laissait le soin à des collaborateurs spéciaux, qui étaient eux-mêmes des maîtres. Ruysdaël qui était son ami, lui rendait volontiers le service de placer au bon endroit les petits bonshommes dont s’animent ses paysages; Adrien Van de Velde y travailla aussi souvent.

Malgré cela, Hobbema fut peu prisé de son vivant et il vendait si mal ses tableaux qu’il dut accepter pour vivre un modeste et absorbant emploi dans les douanes, qui lui laissait peu de loisirs pour peindre, ce qui explique la rareté de ses œuvres.

L’Allée de Peupliers, qui est le chef-d’œuvre d’Hobbema, date vraisemblablement de la fin de sa vie. Elle est entrée à la “National Gallery” en 1871, avec la collection Peel, en même temps que cinq autres toiles du même peintre et figure avec elles dans la salle XII, réservée aux toiles de cette collection.

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Hauteur: 1.02.--Largeur: 1.40.

HANS HOLBEIN

LES AMBASSADEURS

SALLE XV.--ÉCOLE ALLEMANDE

[Illustration]

Les Ambassadeurs

Dans une remarquable conférence sur le portrait, le maître Albert Besnard s’exprime ainsi:

«Il est incontestable que ce que l’homme aime le mieux dans la nature, c’est encore lui-même; voilà pourquoi le portrait est l’œuvre dont l’intérêt résiste le plus au temps et aux esthétiques dévastatrices... Le portrait est le point de repère de l’histoire, qu’il renseigne, par la physionomie, le costume et l’attitude. Les héros disparus sans laisser d’effigies ne nous intéressent que comme des abstractions. Nous admirons leurs actions comme de beaux nuages dans le ciel sans savoir d’où ils viennent. De quels frissons, au contraire, ne sommes-nous pas saisis devant les faces pâles aux petits yeux bridés d’un Charles IX ou d’un Henri III! Leur costume que nulle description ne rétablirait symbolise l’époque et aide puissamment à la classer dans le recul des temps. Le chapeau au panache blanc d’Henri IV, c’est la victoire; de Louis XIII les cheveux plats et les culottes bouffantes racontent toute une époque de luttes philosophiques, mystiques et littéraires, que vient dramatiser la cape rouge de Richelieu...»

En dépit de lui-même, s’il peint le milieu dans lequel il vit, le peintre fait œuvre d’historien, il documente les générations futures sur un temps qu’elles n’ont pas connu. En ce sens, Holbein aura été l’évocateur d’une des plus curieuses époques de l’Histoire. Par ses portraits il fait revivre tous les personnages qui jouèrent un rôle dans la première moitié du XVIe siècle. Mêlé au mouvement intellectuel qui secouait le vieux monde, le peintre connut à Bâle les principaux protagonistes des idées nouvelles, Erasme et Amerbach; c’est tout le scepticisme ironique des humanistes, précurseurs de la Réforme, qu’on lit sur le mince et intelligent visage d’Erasme. Plus tard, admis à la cour d’Angleterre, il peindra le lourd et brutal Henri VIII et, sur ses traits, il inscrira ineffaçablement la cruauté, la luxure, la violence de ce tueur de femmes. En même temps que le bourreau il a peint les victimes, Anne Boleyn, Jane Seymour, et d’autres.

Il est historien encore, d’une moins dramatique histoire, dans le tableau que nous reproduisons ici. Les deux personnages accoudés à cette table sont des ambassadeurs: l’un, celui de gauche, richement habillé d’un manteau bordé de fourrures, est Jean de Dinteville, seigneur de Polésy, ambassadeur de France: à son cou est attaché le collier de l’ordre royal de Saint-Michel; l’autre est George de Selve, évêque de Lavaur, portant un costume noir ecclésiastique avec le bonnet carré. Sur la table qui les sépare sont disséminés des objets divers, instruments scientifiques, et l’on y aperçoit même une viole. Entre les deux personnages, à terre, se remarque un objet bizarre dans lequel on a voulu voir la déformation d’un crâne humain.

Ce qui est admirable dans cette peinture, c’est la beauté des têtes, leur vérité d’expression, la puissance de vie qui les anime et qui fait de ce peintre l’un des plus étonnants portraitistes connus.

Le magnifique tableau des Ambassadeurs, un des chefs-d’œuvre d’Holbein, fut peint en 1533. Entre 1790 et 1795, il passa par vente aux mains du comte de Radnor et resta dans la famille jusqu’en 1891. A cette époque, la “National Gallery” l’acheta à un prix très élevé et le plaça dans la salle XV réservée à la peinture allemande.

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Hauteur: 2.08.--Largeur: 2.08.--Figures grandeur nature.

TABLE DES MATIÈRES

Pages.

Avertissement 1 Arnolfini et sa femme, par J. Van Eyck 5 Portrait de Jeune homme, par Botticelli 11 Intérieur hollandais, par P. de Hooch 17 Vénus et Cupidon, par Velazquez 23 Saint-Georges terrassant le Dragon, par Le Tintoret 29 Les Grâces couronnant l’Hymen, par Reynolds 35 Christine de Milan, par Holbein 41 La Vierge aux Rochers, par L. de Vinci 47 Mrs. Siddons, par Gainsborough 53 Les Enfants de Charles Ier, par A. Van Dyck 59 Élisa Bonaparte, par Louis David 65 Flatford Mill, par J. Constable 72 Le Doge Lorédan, par Giovanni Bellini 77 Le Jugement de Pâris, par Rubens 83 Une Dame et son Enfant, par Romney 89 Bacchanale, par N. Poussin 95 Le Retour d’Ulysse, par Pinturicchio 101 Portrait de Dame âgée, par Rembrandt 107 Mercure instruisant Cupidon, par Le Corrège 113 Ulysse s’éloignant de Polyphème, par Turner 119 Cornélius van der Geest, par A. Van Dyck 125 Jeune Buveur, par Murillo 131 Groupe de Famille, par Franz Hals 137 La Fille aux crevettes, par W. Hogarth 143 La Leçon de musique, par G. Metsu 149 Le Marché aux chevaux, par Rosa Bonheur 155 Vieille Femme pelant une poire, par David Téniers 161 La Vierge et l’Enfant, par Raphaël 167 Lady Cockburn et ses enfants, par Reynolds 173 Bacchus et Ariane, par Le Titien 179 La Femme à l’Épinette, par Jan Vermeer 185 Port de Mer avec Personnages, par Cl. Lorrain 191 Portrait de Jeune fille, par Ghirlandajo 197 La Servante paresseuse, par N. Maës 203 Mrs. Mark Currie, par Romney 209 Nativité, par Piero Della Francesca 215 Portrait d’homme, par Terburg 221 L’Origine de la voie lactée, par Le Tintoret 227 Un Chanoine et ses saints patrons, par Gérard David 233 L’Annonciation, par Crivelli 239 Le Mariage à la mode, par Hogarth 245 Philippe IV, par Velazquez 251 Saint Antoine et saint Georges, par Pisanello 257 L’Allée des peupliers, par Hobbema 263 Les Ambassadeurs, par Holbein 269

INDEX ALPHABÉTIQUE

Pages. AVERTISSEMENT 1 BELLINI (Giovanni) Le Doge Lorédan 77 BOTTICELLI Portrait de Jeune homme 11 CONSTABLE (J.) Flatford Mill 72 CRIVELLI L’Annonciation 239 DAVID (Gérard) Un Chanoine et ses saints patrons 233 DAVID (Louis) Élisa Bonaparte 65 FRANCESCA (P. della) Nativité 215 FRANZ HALS Groupe de famille 137 GAINSBOROUGH Mrs Siddons 53 GHIRLANDAJO Portrait de Jeune fille 197 HOBBEMA L’Allée des Peupliers 263 HOGARTH (W.) La Fille aux crevettes 143 ---- Le Mariage à la mode 245 HOLBEIN Christine de Milan 41 ---- Les Ambassadeurs 269 HOOCH (P. de) Intérieur hollandais 17 LE CORRÈGE Mercure instruisant Cupidon 113 LE TINTORET St-Georges terrassant le Dragon 29 ---- L’Origine de la Voie lactée 227 LE TITIEN Bacchus et Ariane 179 LORRAIN (Cl.) Port de mer avec personnages 191 MAËS (N.) La Servante paresseuse 200 METSU (G.) La Leçon de musique 149 MURILLO Jeune Buveur 131 PINTURICCHIO Le Retour d’Ulysse 101 PISANELLO Saint Antoine et saint Georges 257 POUSSIN (N.) Bacchanale 95 RAPHAËL La Vierge et l’Enfant 167 REMBRANDT Portrait de dame âgée 107 REYNOLDS Les Grâces couronnant l’Hymen 35 ---- Lady Cockburn et ses enfants 173 ROMNEY Une Dame et son Enfant 89 ---- Mrs Mark Currie 209 ROSA BONHEUR Le Marché aux chevaux 155 RUBENS Le Jugement de Pâris 83 TÉNIERS (David) Vieille femme pelant une poire 161 TERBURG Portrait d’homme 221 TURNER Ulysse s’éloignant de Polyphème 119 VAN DYCK Les Enfants de Charles Ier 59 ---- Cornélius Van der Geest 125 VAN EYCK Arnolfini et sa femme 5 VELAZQUEZ Vénus et Cupidon 23 ---- Philippe IV 251 VERMEER (Jan) La Femme à l’Épinette 185 VINCI (L. de) La Vierge aux rochers 47

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Corrections.

Page 17: «arges» remplacé par «larges» (Par les larges fenêtres). Page 42: «tistique» remplacé par «artistique» (en dehors même de leur valeur artistique). Page 90: «déclanchement» remplacé par «déclenchement» (le déclenchement subit du succès). Page 103: «fortuue» remplacé par «fortune» (par la plus invraisemblable fortune). Page 133: «Figures» remplacé par «Figure» (Figure grandeur nature.). Page 139: «boulange» remplacé par «boulanger» (pour payer son boulanger). Page 149: «blaiseautant» remplacé par «blaireautant» (en polissant et en blaireautant). Page 156: «izards» remplacé par «isards» (des mouflons, des isards, des singes). Page 156: «l'histore» remplacé par «l'histoire» (dont l'histoire mérite d'être relatée). Page 156: «triomplal» remplacé par «triomphal» (Malgré son succès triomphal). Page 223: «Netzcher» remplacé par «Netscher» (Terburg fut le maître de Gaspard Netscher). Page 251: «inergique» remplacé par «énergique» (derrière le masque énergique). Page 264: «Minder Hont» remplacé par «Minderhout» (un grand artiste que Minderhout Hobbema); mais il conviendrait de lire: «Meindert Hobbema». Page 264: «Middelhamis» remplacé par «Middelharnis» (Cette allée de Middelharnis, en Hollande). Page 270: «déformaation» remplacé par «déformation» (la déformation d’un crâne humain). Page 270: «Raduor» remplacé par «Radnor» (aux mains du comte de Radnor). Page 270: «Figure» remplacé par «Figures» (Figures grandeur nature.). Index alphabétique: «BOTICELLI» remplacé par «BOTTICELLI» (BOTTICELLI Portrait de Jeune homme).

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