‹ La négresse blonde Cinquième hypostase, avec soixante-quinze Tatouages de Lucien MétivetChapitre 8 sur 11 · V. HUGO.

V. HUGO.

Les jardins ont perdu leurs robes éburnales, Eden trois fois béni d’où nous fûmes chassés, Pourpre sainte attestant la blancheur des annales, Ces roses de la Nuit chantent les trépassés;

Les trépassés là-bas qui dorment dans leur bière Sous l’obscène pâleur du seul magnolia; Reviendras-tu sécher les pleurs de nos paupières, Toi, l’immortel Amour que la Mort oublia!

De l’immortel Amour à la Mort immortelle, Supplice qu’il rêva sous la Nuit du recueil A quitter le séjour, au jour, nous dira-t-elle, Ce beau lac d’hydrargyre où vogue le cercueil?

Car le ciel est livide au lac des libellules Et dans les noirs couvents où dorment les vieux ifs, Les Vierges à genoux dans le froid des cellules Mouillent le Crucifix de longs baisers lascifs.....

Les jardins ont perdu leurs robes éburnales, Eden trois fois béni dont nous fûmes chassés! Pourpre sainte attestant la blancheur des annales, Les Roses de la Nuit chantent les trépassés.....

[Illustration]

[Illustration] PETITS CALICOTS

(_Rondeau redoublé_)

Les jolis petits calicots Le soir, flânent dans le passage, Frais comme des coquelicots, Un air d’Enfant-Jésus bien sage!

Ils rêvent courses, vernissage Et se grisent de faux cliquots En parlant chevaux et dressage, Les jolis petits calicots!

Fluets, moulés dans leurs surcots Étroits comme dans un corsage, Pantalon collant, mes cocos, Le soir, flânent dans le passage!

Les uns poupins, d’autres sécots, Ce sont les fervents du massage, Mentons au duvet d’abricots Un air d’Enfant-Jésus bien sage.

Et, banquier, roi des monacos Ou marquis pleurant le cuissage, Tel birbe écrivant un message Grommelle entre ses vieux chicots: «Les jolis petits!»

[Illustration]

[Illustration: ÉPITRE FALOTE ET BALNÉAIRE

A JOSEPH SAVARY

_Dilettante bourguignon_]

[Illustration] ÉPITRE FALOTE ET BALNÉAIRE

Eau bienfaisante! Puissant secours Qui nous exempte De maux si lourds. A. POMMIER.

Savary, joyeux compagnon Africain, Gascon, Bourguignon Qui vis joyeux loin des Quarante Au pays de ces nobles ducs Qu’en ses bouquins un peu... caducs Célébra Môssieur de Barante.

Bourguignon, mais fils de Paris, Prince du rire et des houris Contemnant le singe et le pitre, Mon bon vieux, il me plaît, ce soir De t’envoyer, sans plus surseoir, Une ode habillée en épître!...

Donc, chaque jour plus avachi, Je me trimballe dans Vichy Où des Messieurs jaunes d’ictère Aux dames de même couleur Exposent les phases de leur Goutte (civile ou militaire!)

De Guéret, de Poulocondor, Du Brésil où vit le condor, Ducs, fabricants de margarines, Cabotins, bourgeois saugrenus, Comme une trombe, ils sont venus Faire analyser leurs urines.

Il en vient de Costa-Rica, Des bords du lac Titicaca, De Pontoise et de Pampelune Et de Bucarest et de Brest Et je veux n’être plus Fourest S’il n’en tombe aussi de la Lune!

Barons juifs, entasseurs d’écus, Epiciers chauves et cocus Et généraux de Bolivie Ostentent d’un air convaincu Leur bedaine et leur trou du cul Aux doucheurs dont l’âme est ravie.

Les uns dolents du pancréas Rimeraient à _Jean Moréas_ D’autres (Larbeau leur soit propice!) Ayant du sucre en leur pipi Semblent moins des pommes d’api Que des morceaux de pain d’épice.

Le soir, au casino, des tas De Mercadets et de rastas Ouvrent la banque où l’on trébuche Rubis aux doigts, gilet trop neuf, Ils savent l’art d’abattre _Neuf_ En donnant au ponte une bûche!

Cependant que des avocats Croassant comme des choucas Mènent au concert leurs femelles Dont le... bas-fond saigne encor du Terrible effort d’avoir pondu Quinze mômes affreux comme elles!

Or, ce que peut œuvrer parmi Tous ces Pécuchets, ton ami, Dis-moi, vieux frangin, que t’en semble? Sinon rêver aux jours (lointains Hélas!) où les doux Philistins Dans Paris nous verront ensemble?

Ah! ces beaux jours, quand luiront-ils Où, tenant des propos subtils, Aux bourgeois taillant des croupières, Nous jetterons au nez d’Homais Nos rimes d’or sans que jamais S’appesantissent nos paupières!

Car il sied ne parler qu’en vers: Comme un digne bourgeois d’Anvers Soigne une tulipe et l’arrose, Nobles jardiniers, cultivons La fleur mystique et réservons Aux maraîchers la vile prose!

Des vers! des vers! et c’est pourquoi Si tu veux qu’on te laisse coi Siroter près d’une crédence Ton vieux. Beaune, sache qu’il faut Sans rémission ni défaut Épistoler et d’abondance!...

Et puis, t’ayant serré la main, Je vais ronfler jusqu’à demain: Le ciel, en son omnipotence, Nous inspirant maint beau sonnet Toujours nous préserve d’Ohnet, De la grippe et de la potence!

[Illustration]

[Illustration: CARNAVAL DE CHEFS-D’ŒUVRE

I hope, it is no crime, To laugh at all things. For I wish to know What, after all, are all things but a show? LORD BYRON. ]

[Illustration]

[Illustration] LE CID

Va, je ne te hais point! P. CORNEILLE.

Le palais de Gormaz, comte et gobernador, est en deuil: pour jamais dort couché sous la pierre l’hidalgo dont le sang a rougi la rapière de Rodrigue appelé le Cid Campeador.

Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre, Chimène, en voiles noirs, s’accoude au mirador et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière regardent, sans rien voir, mourir le soleil d’or...

Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle: sur la plazza, Rodrigue est debout devant elle! Impassible et hautain drapé dans sa capa,

le héros meurtrier à pas lents se promène: «Dieu!» soupire à part soi la plaintive Chimène «qu’il est joli garçon, l’assassin de papa!»

[Illustration]

[Illustration] PHÈDRE

Dans un fauteuil doré, Phèdre, tremblante et blême, Dit des vers où d’abord personne n’entend rien.

LE DUC DE NEVERS.

Dans un fauteuil en bois de cèdre (à moins qu’il ne soit d’acajou), en chemise, Madame Phèdre fait des mines de sapajou.

Tandis que sa nourrice Œnone qui, jadis, eut de si bon lait, se compose un maintien de nonne et marmotte son chapelet,

elle fait venir Hippolyte, fils de l’amazone et de son époux, un jeune homme d’élite, et lui dit: «Mon très cher garçon,

«dès longtemps, d’humeur vagabonde, «monsieur votre père est parti: «on dit qu’il est dans l’autre monde, «il faut en prendre son parti!

«Sans doute, un marron sur la trogne «lui fit passer le goût du pain; «_requiescat!_ il fut ivrogne, «coureur et poseur de lapin;

«oublier cet époux volage «ne sera pas un gros péché! «Donnez-moi votre pucelage «et vous n’en serez pas fâché!

«Vois-tu ma nourrice fidèle «qu’on prendrait pour vieux tableau? «elle nous tiendra la chandelle «et nous fera bouillir de l’eau!

«Viens, mon chéri, viens faire ensemble «dans mon lit nos petits dodos! «Hein! petit cochon, que t’en semble, «du jeu de la bête à deux dos?»

A cette tirade insolite, ouvrant de grands yeux étonnés, comme un bon jeune homme, Hippolyte répondit, les doigts dans le nez:

«--Or ça! belle-maman, j’espère que vous blaguez, en ce moment! «Moi, je veux honorer mon père «afin de vivre longuement:

«A la cour brillante et sonore «il est vrai que j’ai peu vécu: «Mais je doute qu’un fils honore «son père en le faisant cocu!

«Vos discours, femelle trop mûre, «dégoûteraient la Putiphar! «prenez un gramme de bromure «avec un peu de nénuphar!...»

Sur quoi, faisant la révérence, les bras en anse de panier, il laisse la dame plus rance que du beurre de l’an dernier.

«--Eh! va donc, puceau, phénomène! «Va donc, châtré, va donc, salop, «Va donc, lopaille à Théramène! «Eh! va donc t’amuser, Charlot!...»

Comme elle bave de la sorte, harengère soûle, voilà qu’un esclave frappe à sa porte: «Madame, votre époux est là!

«Theseus, c’est Theseus! il arrive! «C’est lui-même: il monte à grands pas!» Venait-il de Quimper, de Brive, d’Honolulu? je ne sais pas,

mais il entre, embrasse sa femme la rembrasse en mari galant; aussitôt la carogne infâme pleurniche, puis d’un ton dolent:

«--Monsieur, votre fils Hippolyte, «avec tous ses grands airs bigots, «et ses mines de carmélite, «est bien le roi des saligots!

«Plus de vingt fois, sous la chemise, «le salop m’a pincé le cul «et, passant la blague permise, «volontiers vous eût fait cocu!

«Il ardait comme trente Suisses «et (rendez grâce à ma vertu!) «si je n’avais serré les cuisses, «votre honneur était bien foutu!...»

Phèdre sait conter une fable (tout un chacun le reconnaît); son discours parut vraisemblable si bien que le pauvre benêt

de Theseus promit à Neptune un cierge (mais chicocandard!) un gros cierge au moins d’une thune pour exterminer ce pendard!

Pauvre Hippolyte! Un marin monstre le trouvant dodu, le mangea puis le digéra, ce qui _monstre_ (mais on le savait bien déjà!)

qu’on peut suivre, ô bon pédagogue, avec soin le commandement quatrième du décalogue sans vivre pour ça longuement!

[Illustration]

[Illustration] IPHIGÉNIE

Quoi! le sang d’une fille innocente était nécessaire au départ d’une flotte et au succès d’une guerre.

Joseph DE MAISTRE. (_Sur les Sacrifices_, II.)

Les vents sont morts: partout le calme et la torpeur et les vaisseaux des Grecs dorment sur leur carène qui cinglaient vers l’Asie au pourchas de la reine Hélène que ravit Pâris, l’hôte trompeur.

Ivre d’une fureur qu’Ulysse en vain réfrène, Agamemnon, le roi des rois, l’homme sans peur, déplore en maudissant la mer toujours sereine qu’on n’ait pas inventé les bateaux à vapeur.

Mais sa fille, à ses pieds, la douce Iphigénie, fermant ses yeux dolents de douceur infinie s’endort comme les flots dans le soir étouffant...

Lors, ayant dégaîné son grand sabre, le maître des peuples et des rois jugule son enfant et braille: «Ça fera baisser le baromètre!»

[Illustration]

[Illustration] ANDROMAQUE

..... il n’ira jamais plus loin qu’_Andromaque_. Mᵐᵉ DE SÉVIGNÉ.

Ayant mis sa culotte neuve, ses gants blancs et son frac aussi, Pyrrhus vient chez madame veuve Andromaque et lui dit ceci:

«Madame, je suis ce qu’on nomme, «en tous lieux, un parti charmant: «poli, rangé, doux, économe, «sobre, assez bien physiquement;

«bachelier, très homme du monde, «en mes propos, toujours décent; «ma fortune? solide et ronde: «toute immeubles et trois pour cent; «On vante mes façons amènes; «très propre, jamais un faux-col «ne me fait plus de trois semaines; «pas joueur, et quant à l’alcool,

«je n’aime que la camomille! «chacun sait (dans le monde entier) «que je suis de bonne famille «et de plus roi, de mon métier,

«prince de toutes les Épires, «ville, champs, banlieue et faubourg: «eh! eh! mon sort n’est pas des pires «(excusez ce vieux calembour!)

«Dans ces conditions, Madame, «j’ose demander votre main: «vous me l’accordez? Oui? Bédame! «sans attendre jusqu’à demain

«et sans chercher plus de mystère, «voulez-vous accepter mon bras «et nous trotter chez mon notaire «pour signer nos petits contrats?

«Nous serons un couple modèle; «mais ne me faites pas cocu, «ou mordieu! petite infidèle, «nous saurons vous botter le cul!»

Alors, roulant des yeux d’hyène, comme prise d’un vertigo, --«Jour de Dieu!» rugit la Troyenne, «Oser me parler _conjungo_,

«à moi, la veuve inconsolable «d’Hector, ce héros des héros, «près de qui (ce n’est une fable!) «tous les héros sont des zéros;

«et qu’un jour les marchands de cartes «nommeront valet de carreau! «Eh mais! je crois que tu t’écartes «du respect! T’épouser, maraud!

«L’ami, pour couver cette idée, «C’est-il pas que vous êtes bu? «Vous ne m’avez pas regardée? «Merdre!» dirait le père Ubu!»

--«Ah!» reprend Pyrrhus en colère, «oui-da! la belle, c’est ainsi! «Vous m’envoyez faire lanlaire, «carogne, eh bien! oyez ceci:

«Vous avez un môme, un bel ange, «que jusqu’ici j’ai supporté, «bien qu’il piaille, gâte son lange «et pisse avec fétidité;

«eh bien! vous, madame sa mère, «--écoutez bien encore un coup!-- «suivez-moi chez monsieur le maire, «ou, demain, je lui tords le cou!.....»

Mais ici, ma foi, ça s’embrouille (justement, c’était le plus beau!) attendez..... la dame a la trouille..... et va..... consulter un tombeau.....

Hermione..... Pylade..... Oreste..... fureurs..... et zut! achetez sous l’Odéon, pour savoir le reste, un Racine à trente-cinq sous!.....

[Illustration]

[Illustration] BÉRÉNICE

Berenicen cui etiam nuptias pollicitus ferebatur statim ab eo dimisit invitus invitam.

SUÉTONE (Titus, II).

Quel ange demandera à Titus pourquoi il n’a pas épousé Bérénice? Maurice MAETERLINCK.

Or donc, à la belle youtresse, Bérénice aux cheveux de nuit, reine en exil et sa maîtresse, Titus écrivit ce qui suit:

--«Madame, sans doute votre ire «va me traiter de galvaudeux; «néanmoins, il faut vous l’écrire: «Madame, c’est fini nous deux!

«comme chante la Périchole, «_je vous aime de tout mon cœur_; «mais--on vous l’a dit à l’école?-- «le devoir doit rester vainqueur!

«J’aime votre face poupine, «votre fessier au double mont, «vos..... hélas! vous êtes youpine «et j’ai peur de monsieur Drumont;

«vos yeux brillent comme une paire «d’escarboucles sous vos sourcils, «mais enfin monsieur votre père «n’en était pas moins circoncis!

«Les doctrines anti-sémites «ont fait dans le peuple romain «(Dieu tout-puissant, vous le permîtes!) «un épouvantable chemin!

«Parbleu! c’est de l’intolérance! «Je sais qu’au faubourg Saint-Germain, «un jour, les plus grands noms de France «des juifs rechercheront l’hymen:

«on pourra voir une Turenne «épouser Meyer; mais aussi, «notez bien cela, grande reine, «ce sera dans mille ans d’ici.

«Quant à moi, devancer la mode «me paraît d’assez mauvais goût; «mon peuple n’est pas très commode, «fichtre! il s’en faut du tout au tout!

«Si je concevais le caprice «à mon Sénat peu folichon «d’_exhiber_ une impératrice «qui ne mangeât pas de cochon,

«ouais! cette populace vile «me dégommerait sans façon, «et puis, moi, sans liste civile, «je resterais joli garçon!

«Tenez, il me vient une idée: «(il en vient, même aux potentats!) «ne croyez-vous pas qu’en Judée «vous seriez mieux qu’en mes Etats?

«Petite absence temporaire! «D’ailleurs, c’est si beau l’Orient! «Lisez plutôt l’_Itinéraire_ «par Monsieur de Chateaubriand!.....

«Allons, partez, et pas de bile! «installez-vous bien à Sion, «achetez une automobile, «prenez de la distraction!

«Jouez au golf, au polo, faites «de l’escrime et la charité, «pour les pauvres donnez des fêtes: «l’aumône est un sport bien porté!

«Amusez-vous, ma Bérénice, «patinez, montez à cheval, «pourquoi n’iriez-vous pas à Nice «passer le temps du carnaval?

«Suivez de la philosophie «les préceptes réconfortants; «vous avez ma photographie: «regardez-la de temps en temps!

«Dans mon cœur reste votre image!..... «Sous ce pli votre passeport, «auquel je joins un humble hommage, «franco d’emballage et de port!»

Alors, pour simuler des larmes, il répand quelques gouttes d’eau sur le vélin, scelle à ses armes, affranchit....., et court au bordeau

ribauder pour une pistole! Quand la pauvre fille eut reçu la très malplaisante épistole, où tant d’espoir était déçu,

elle fit la diablesse à quatre, gueula: «Partir! jamais! jamais!» tempêta, jura, voulut battre le facteur qui n’en pouvait mais,

cassa douze plats dans sa rage, nomma Titus voyou, lascar, mufle, et puis, ma foi! prit courage et l’express. Un beau sleeping-car

la conduisit en Palestine. Suétone, avec grand succès, mit l’histoire en prose latine et Jean Racine en vers français!

[Illustration]

[Illustration] HORACE

Corneille rime en subjonctif et c’est très bien! Henri MAZEL (_Propos de table_).

Sur la scène, à Julie, fillette assez jolie, Sabine avec un pleur dit: «Ah! Malheur!

Ah! guigne! ah! sort contraire! mon époux et mon frère vont se battre en duel, c’est bien cruel!

Horace et Curiace! ils ont mis leur cuirasse dès lors (comprenez-vous?) si mon époux

succombe, je suis veuve (la remarque est peu neuve mais juste, Dieu merci!) d’autre part, si

Curiace succombe s’il descend dans la tombe me voilà... mais pardon dites-moi donc

s’il vous plaît, comme on nomme la sœur d’un bon jeune homme par un arrêt du sort devenu mort?»

Survient le vieil Horace qui (poète de race) fait rimer _secourût_ Et «_qu’il mourût_»

(rime vraiment soëve! admirez, jeune élève, ce coup de subjonctif itératif!)

Et puis voici Camille! (Seigneur, quelle famille!) qui se met en fureur, y a pas d’erreur!

Elle commence à braire, asticote son frère et le frère en douceur occit la sœur!

Que de sœurs! que de frères! peu d’œuvres littéraires Nous en font voir autant ce nonobstant!

la pièce est fort tragique bien qu’assez peu logique... d’ailleurs moi, je m’en fous! lecteur, et vous?

[Illustration]

[Illustration] A LA VÉNUS DE MILO

RIGHT Aux quinze-vingts le vieil Homère et toi, cascade, Hortense, ma fille.

J. VALLÈS.

Idéal manchot des constipés architectes sortis «_premiers_» de l’_École-des-vilains-Arts_, Paros mal retrouvé par les benêts hasards réduction colas pour mâcheurs de Pandectes;

plâtre durci sur la tronche pleine d’insectes des petits Italos; rossignol des bazars; nulle en bizarre et bon nanan des vieux busards chez Balandard, sur la pendule où tu t’objectes; Paganisme des quincailliers! Bronze en toc! zinc! sache que les adorateurs de Lao-Tzeng, ceux qu’un magot, poussah falot, séduit et botte,

o mijaurée, ont renversé ton piédestal et qu’ils ont mis dans un Panthéon de cristal ta sœur négresse aux longs tétons, la Hottentote!!!

[Illustration]

[Illustration: EN PASSANT SUR LE QUAI...]

[Illustration] EN PASSANT SUR LE QUAI...

C’est encore là ce que nous avons eu de meilleur.

Gustave FLAUBERT.

(_L’Éducation sentimentale_).

Le long des parapets tout argentés de brumes, Vraiment je ne sais plus pourquoi je remarquai Ce banal in-dix-huit parmi tant de volumes Endormis comme lui dans les boîtes du quai;

Lamentable bouquin! voyez: le dos se casse, Le soleil tord les plats que l’averse a mouillés; On a, sans aucun soin, gratté la dédicace Et le vent de la scène emporte des feuillets.

C’est un livre de vers: jadis par les allées Du Luxembourg vernal où chantaient les lilas Comme il vous pourchassait gaiement, strophes ailées, Ce poète chanteur alerte et jamais las!

Fou d’épithète rare, et de rythme et de rime, D’allitération, de consonnes d’appui, Il n’apercevait point (irrémissible crime!) Putanettes en fleurs, vos yeux fixés sur lui!

Et comme il se dressait en dompteur de chimère Et comme il agitait son crâne chevelu, Ce jour, cet heureux jour où l’éditeur Lemerre Lui dit: «Monsieur Ledrain, jeune homme, vous a lu;

«Vos vers le satisfont. Casquez, et je publie!» Oh! mots harmonieux! le murmure embaumé Des forêts où l’aveu d’une lèvre jolie Peut-être, en ce moment, ne l’eût point tant charmé!

Oh! tu n’espérais point, je le sais, bon jeune homme, Non! tu n’espérais point le foudroyant succès Qui du soir au matin fait l’auteur qu’on renomme De l’inconnu d’hier, mais au moins tu pensais

(D’ailleurs peu soucieux de vulgaires tapages) Qu’une femme, un poète, un couple d’amoureux, Peut-être... un chroniqueur feuilletteraient ces pages Et scanderaient ces vers que tu rimais pour eux.

Hélas! Monsieur Ledrain fut ton lecteur unique; Ton bouquin resta vierge au passage Choiseul... Nulle main n’entr’ouvrit cette jaune tunique Dont la brocheuse a fait son lange et son linceul!--

Est-il mort, aujourd’hui, l’auteur de ces poèmes? Aigri, désespéré, faiseur de mots méchants, A-t-il grossi le flot des sordides bohêmes? Non! laissez-moi penser qu’il regagna ses champs,

Sa maison de province où toute chose est douce, L’enclos où le glaïeul fleurit auprès du chou; Il végète comme eux sans heurt et sans secousse, Adipeux et béat, tel un poussah mandchou!

Critique au _Moniteur de la Sous-Préfecture_, Il préside là-bas de vagues JEUX FLORAUX, Déplore les excès de la littérature Et flétrit les auteurs de romans immoraux;

Le ruban violet orne sa boutonnière Et lui qui se posait naguère en Charles Moor, Il couche maintenant avec sa cuisinière S’avouant satisfait d’un ancillaire amour.

Chaque nuit, dans les draps, couple en rut mais que hante Incoerciblement la terreur du fœtus, Avec précaution, le maître et la servante Échangent des baisers contrôlés par Malthus.

Il grisonne, pourtant ses ruses de satyre Avivent les langueurs de sa nymphe à l’oignon Mais, toujours galant homme, à temps, il se retire: Le jour, il est: «Monsieur» et la nuit: «Gros Mignon!»

Si tout est bien ainsi que je l’ai voulu croire, Ami, tombe à genoux et bénis le Seigneur, Ta pauvre ambition ne rêvait que la gloire; Plus clément, le Bon Dieu t’a donné le bonheur!

[Illustration]

[Illustration: BALLADE

_pour faire connaître mes occupations ordinaires_

Au docteur Georges Boileau.]

[Illustration] BALLADE

_pour faire connaître mes occupations ordinaires_

Pauvres gens que les gens! P. V.

Considerate lilia agri... J. C.

On voit des gens être épiciers, Avocats ou marchands de laine Et l’on en voit qui sont huissiers Ou bedeaux à la Magdelaine, Aucuns font de la porcelaine, Du cirage ou des feuilletons, D’autres vont pêcher la baleine: Moi, j’attrape les hannetons!

Quelques-uns, des écrivassiers, --Doux toqués! (la morgue en est pleine!)-- Cherchent, la nuit dans leurs puciers, Les rimes d’une cantilène:

«_Pauvres gens!_» comme dit Verlaine C’est bien votre air que nous chantons! va te brûler, belle phalène! Moi, j’attrape les hannetons!

En vain des philistins grossiers Me rabâchent à perdre haleine! «Il faut bien que vous embrassiez Une carrière!» Lon, lon, laine! Messieurs, soyez préfet de l’Aisne, Mettez aux pois les canetons Ou comprimez l’acétylène! Moi, j’attrape les hannetons!

ENVOI

Prince, la gente et la vilaine, Toutes sont mêmes Jannetons: Que Pâris garde son Hélène! Moi, j’attrape les hannetons!

[Illustration]

[Illustration: BALLADE

_en l’honneur des poètes falots_]

[Illustration] BALLADE

_en l’honneur des poètes falots_

Falot! falot.

JULES LAFORGUE.

Zut pour Homais! Pour l’abdomen De Prud’homme, l’affreux macaque, Pour le bedeau qui dit: «Amen!» Pour le Chinois, pour le Valacque! Plus que l’«_Ethique à Nicomaque_» J’aime la chanson des grelots: Doux Cassandre, Pierrot te claque! Vivent les Poètes falots!--

Corbière, au pays du dolmen Et du hareng qu’on met en caque, Sut cueillir plus d’un cyclamen; Cros est un alexipharmaque Propre à dissiper les comas que Portent les veules symbolos, Maldoror fut un brucolaque! Vivent les Poètes falots!

Lunologue (bizarre hymen!) Laforgue voulut pour momacque La lune (_dulce solamen_!) La nuit sur un divan de laque Il dénouait, élégiaque, Ta ceinture de fins halos Baalet, pâle Syriaque! Vivent les Poètes falots!

ENVOI

Maîtres, le courtier qui micmaque, Offrant titre ou valeur à lots Brait, parlant de vous, «C’est un braque!» Vivent les Poètes falots!

[Illustration]

[Illustration: _A la totalité de mes amis._

ÉPITRE

_pour régler l’ordre et la marche de mes funérailles_

Allons donner notre ordre à des pompes funèbres A l’égal de son nom, illustres et célèbres.

P. CORNEILLE.

(_Sertorius_, acte V, scène VIII)]

[Illustration] ÉPITRE FALOTE ET TESTAMENTAIRE

POUR RÉGLER L’ORDRE ET LA MARCHE DE MES FUNÉRAILLES

Allons donner notre ordre à des Pompes funèbres A l’égal de son nom, illustres et célèbres.

P. CORNEILLE (_Sertorius_, acte V, scène VIII).

Il ne me convient point, barons de Catalogne, lorsque je porterai mon âme à Lucifer, qu’on traite ma dépouille ainsi que la charogne d’un employé de banque ou de chemin de fer.

Que mon enterrement soit superbe et farouche, que les bourgeois glaireux bâillent d’étonnement et que Sadi Carnot, ouvrant sa large bouche, se dise: «Nom de Dieu! le bel enterrement!»