L'AUMÔNIER. - L'AUMÔNIER.
Quel luxe de plumage en son obscurité! De la création riche diversité!....
LE SOLDAT.
Une taupe en ces trous?.. tiens, meurs en ton coin sombre.
LE CAPITAINE.
La taupe dans son nid, le hibou dans son ombre, Ont subi le destin de tant d'hommes peureux Souvent frappés de mort dans leur lit ténébreux.
Les dangers sont par-tout: il n'est d'autre science Que de mettre en Dieu seul toute sa confiance.
LE CHÊNE.
Quelle force m'ébranle?....
LA MORT.
Ah! tu gémis en vain.
LE CHÊNE.
Je chancelle....
LA MORT.
Il est temps de céder à ma main: Du sol qui t'a nourri j'arrache ta racine, Tombe, et remplis le ciel du bruit de ta ruine! Adieu! j'entends de Mars le bronze au loin tonner, Et sur des bords sanglants ma fureur va planer.
L'arbre alors se renverse, et tout le voisinage Perd à jamais sa vue et son antique ombrage.
LA PANHYPOCRISIADE.
CHANT TROISIÈME.
SOMMAIRE DU TROISIÈME CHANT.
Description des camps retranchés de _François-Premier_ sous Pavie, et de ceux de _Bourbon_, _Lannoi_ et _Pesquaire_. Discours des chefs qui haranguent leurs soldats avant la bataille. _Les Vents._ Dialogue du chevalier _la Trimouille_ et de la _Mort_. Combat. Dialogue de la _Peur_, de la _Honte_, et du duc _d'Alençon_. Mort de l'amiral _Bonnivet_ et de _la Trimouille_. Entretien de _François-Premier_ vaincu; discours et mort de son cheval. Invocation du roi au soleil, témoin de sa défaite. Discours d'_Hélion_, dieu du soleil. Applaudissements des démons, spectateurs de ces différentes scènes.
LA PANHYPOCRISIADE.
CHANT TROISIÈME.
LE théâtre changé soudain offre aux regards Les plaines où Pavie élève ses remparts: Des escadrons par-tout, rangés sous leurs bannières, Bordent les champs lointains d'éclatantes barrières; Les piques, hérissant les épais bataillons, Forment des murs d'acier, lancent mille rayons. Sur leurs foudres ici par des chevaux traînées, Chantent, le verre en main, de fumants Salmonées: Là, des soldats vont boire en des brocs de liqueurs Le mépris des dangers dont s'enivrent leurs cœurs; Là, se hâte l'adieu d'ardentes vivandières, Veuves deux fois le jour, et Ménades grossières. Non loin, à triples rangs marchent des corps nombreux; Les fifres, le tambour, guident leurs pieds poudreux; Et le clairon aigu, les sonores tymbales, Répondent aux canons, tonnant par intervalles. D'un côté c'est Bourbon, qui, plein du feu de Mars, Conduit de Charles-Quint les flottants étendards; Lannoy partage ici l'armée avec Pesquaire: De l'autre, impatient des hasards de la guerre, François-Premier commande à ses preux chevaliers: Sa vive Salamandre et l'or de ses colliers, Sa plume, d'un beau front décorant la jeunesse, Ses cheveux demi-ras, sa longue barbe épaisse, La candeur de ses traits, la hauteur de son port, Sur tous les autres chefs le signalent d'abord: Il leur parle de lui moins que de la patrie. Henri-d'Albret est là, de qui l'ame aguerrie Dispute à Charles-Quint le sceptre Navarois: Son sang, d'où sortira le plus aimé des rois, D'une ardeur martiale enflamme son visage. Après lui vient Saint-Pol, son émule en courage, Favori de Valois, dans sa cour sans rival; A son port, à son luxe, on le croit son égal. Plus loin, avec lenteur s'avance la Trimouille; Il courbe un front pensif que l'âge enfin dépouille: Treize lustres passés le virent chez trois rois Blanchir sous le fardeau d'un belliqueux harnois; Vieux, son vieux corselet atteste un long service. A ses côtés paraît le noble la Palisse, Sage ami de Bayard, plus froid, non moins vaillant; Sous un maintien tranquille il cache un cœur bouillant. Bonnivet, ton coursier hennit devant ta troupe; L'image de Clérice alors montée en croupe Te presse; et l'on distingue et Lambesc, et Brion, Parmi vingt chefs brillants et d'armure et de nom.
L'Imprévoyance accourt, et d'un aile étourdie Plane autour d'eux, levant une tête hardie, Prête à les aveugler d'un magique bandeau Dont le prisme éblouit, et change tout en beau. Les Vents poussent des cris d'orgueil et de colère; Et de ses premiers feux l'astre du jour éclaire Ces atômes guerriers, se disputant un coin Sur le globe terrestre où lui seul brille au loin.
PESQUAIRE, SES SOLDATS, ET LES VENTS.
PESQUAIRE.
Amis de la fortune et de la renommée, Soldats! portons secours à Pavie affamée. L'ennemi, dans son camp faussement attaqué, S'épouvante déja de s'y voir provoqué: S'ils nous cèdent la route, allons sauver Pavie; S'ils arrêtent nos pas, arrachons-leur la vie. Croyez-en et Pesquaire, et Bourbon, et Lannoy; Méprisez les Français et leur superbe roi. L'Italie, aisément par leurs armes surprise, Fut de tout temps perdue aussitôt que conquise: Légers, impatients, non moins que hasardeux, Quand leur fougue est à bout, on ne craint plus rien d'eux. Les longs travaux d'un siége, épuisant leur armée, Ont ralenti leur force à demi consumée: Leur prince est loin d'avoir en ses rangs complétés Tous les soldats qu'il paie et qui lui sont comptés: Las, faibles, appauvris de garnisons lointaines, Trahis des alliés, désertant par centaines, Ces troupeaux de Gaulois vont fuir devant le char De l'heureux Charles-Quint, notre nouveau César. Vive notre empereur! mort à cette canaille!
LES SOLDATS.
Vive notre empereur! oui, livrons la bataille!
LES VENTS.
Quelles clameurs, mon frère! ah! je fuis plein d'horreur... --La mer ne hurle pas avec tant de fureur. --Vers le camp des Français tes ailes sont tendues, Va, porte-leur ces voix dans les airs répandues. --Mon frère, je venais sur les bords du Tésin Semer l'esprit des fleurs qui parfumaient mon sein, Agiter doucement les cloches matinales: Hélas! faut-il, percé du sifflement des balles, Souffler l'odeur du sang et la poudre à canon, Des mousquets tout le jour vomir l'horrible son, Et, rapides courriers de subites alarmes, Faire au loin retentir la tempête des armes? --Eh bien! renvoyons-nous tous les bruits des combats, Frappons dans les deux camps l'oreille des soldats, Et, chassant coup-sur-coup la grêle meurtrière, Volons chargés de cris, de flamme, et de poussière.
FRANÇOIS-PREMIER, LES CHEFS, LES SOLDATS DE SON ARMÉE, L'IMPRÉVOYANCE, LA MORT, LES VENTS, ET LES HEURES.
FRANÇOIS-PREMIER.
Dignes vengeurs des lys, voici l'heure et le jour De signaler pour eux votre honorable amour. On ose rallumer autour de nos enceintes Des foudres qu'à jamais nous devions croire éteintes; Entendez nos rivaux dans nos camps insultés Braver de Marignan les vainqueurs redoutés! C'est peu que ce combat soit nommé par l'histoire Le combat des Géants, titre immortel de gloire!... Ah! s'ils l'ont oublié, réprimons leur transport: Leur attaque a donné le signal de leur mort. Marchons! et vous saurez contre leur insolence Ce que peut votre zèle aidé par ma présence. Sied-il que votre roi, moins digne de son nom, Tarde encor à punir le transfuge Bourbon? Sied-il qu'un déserteur, qu'un ingrat, qu'un rebelle, Nous force à reculer vers quelque citadelle? Que servit notre essor, qui, s'ouvrant des chemins, Surprit au haut des monts l'aigle altier des Germains, S'il nous faut, reployant nos ailes inutiles, Sous les Alpes ramper, fuir en lâches reptiles? Non; ces monts éternels, gardant mon souvenir, Ne diront point ma honte aux âges à venir: Je ne repasserai sur leurs têtes blanchies Qu'en des routes encore avec honneur franchies..... Il semble que du ciel je les entends crier: «Vos ennemis sont là; courez les foudroyer, «Soldats! vos premiers coups, dont la France se vante, «Font devant vos drapeaux élancer l'épouvante: «Le bruit par-tout semé de tant d'exploits heureux «D'avance les terrasse, et gronde encor sur eux.» Ne balançons donc pas, et terminons la guerre. Frappons, foulons aux pieds Lannoy, Bourbon, Pesquaire. Mon rival apprendra que ses fiers généraux Sur le bord du Tésin ont trouvé nos héros; Et qu'à jamais rentré dans mes mains souveraines, Le duché de Milan est un de mes domaines.
UN CAPITAINE.
Gloire à notre Alexandre! et feu sur tout coquin Osant nommer César le pâle Charles-Quint!
SOLDATS.
Vive, vive le roi! mort à cette canaille!