‹ La Panhypocrisiade, ou le spectacle infernal du seizième siècleChapitre 19 sur 80 · L'HONNEUR, ET LA POLITIQUE. - L'HONNEUR. - L'HONNEUR.

L'HONNEUR, ET LA POLITIQUE. - L'HONNEUR. - L'HONNEUR.

LA POLITIQUE.

Qui de mon cabinet ose heurter le seuil? Ah! c'est toi, vieil Honneur.

Je te demande accueil; Et veux à l'empereur, parlant sous tes auspices, Donner quelques avis généreux et propices.

LA POLITIQUE.

C'est prétendre beaucoup: les avis généreux Jamais pour qui les suit n'ont des effets heureux. Ma prudence a pour lui de plus sûres maximes Que tes élans de cœur et tes vœux magnanimes.

O Politique! ô toi, dont l'esprit assuré Marche dans l'univers d'un pas si mesuré, Est-ce à toi de tomber dans cette erreur fatale? Ah! sois mon alliée et non pas ma rivale. Tu sais que des humains notre seule union Fit long-temps admirer la noble ambition: La gloire est l'heureux fruit de notre hymen illustre; L'antique droit des gens en reçut tout son lustre: Sans moi, la vile intrigue abaisse ta grandeur, Sans toi, mon feu s'exhale en impuissante ardeur. Marchons par-tout ensemble ainsi qu'aux premiers âges, Beaux temps, où nous guidions ces chefs, ces rois si sages, Qui, dignes fondateurs, qui, rivaux des Cyrus, Virent par l'équité leurs empires accrus! Sont-ils donc arrivés par des routes obliques Jusqu'au plus haut sommet des grandeurs héroïques?

LA POLITIQUE.

Laisse tout ce phébus à l'art des romanciers! Les poëtes, charmés des demi-dieux guerriers, Leur prêtent comme toi des traits imaginaires: Moi, j'ai touché le tuf, et vu net aux affaires. Ces héros, qui du monde ont conquis le tribut, Sans choisir leur sentier allaient droit à leur but. De tous leurs ennemis ravir les héritages, De leur soumission retirer des ôtages, Fouler le plus puissant une fois abattu, Ce fut là leur étude et leur noble vertu.