‹ La Panhypocrisiade, ou le spectacle infernal du seizième siècleChapitre 3 sur 80 · L'ESPACE.

L'ESPACE.

Fils de l'éternité, le temps produit chaque âge; Fils de l'immensité, l'espace la partage; L'immobile infini qu'on ne peut concevoir, En son sein tous les deux nous laisse nous mouvoir; On ne saisit qu'en nous les lieux et la durée; Et par notre puissance, avec art mesurée, L'esprit, qui tient de nous ses doctes éléments, De nos rapports unis tire ses jugements. Ce fut par nos leçons que l'humaine industrie Te soumit aux calculs de sa géométrie. Sans l'espace, le temps serait inaperçu; Sans le temps, de l'espace on n'eût jamais rien su.

LA TERRE.

Je ne te comprends pas.

LE TEMPS.

Trop ignorante masse! Sentirais-tu dans l'air toujours changer ta place, Si tu n'apercevais de moments en moments Des astres d'alentour les divers changements? Le terme de leur cours, leur vîtesse inégale, Ne t'instruisent-ils pas par leur double intervalle? C'est ainsi qu'un chasseur, en décochant deux traits, Les juge lents ou prompts d'autant que loin ou près Vers le but de leur vol un même instant les porte: Et tout ce qui se meut s'estime de la sorte.