L'ESPACE.
Oui, des corps circulant dans ma capacité, La pesanteur s'égale à leur vélocité; C'est par nos seuls avis que l'homme qui te sonde Sait que ta lune agit sur les reflux de l'onde, Et connaît que ton pôle en sa nutation Borne à vingt-cinq mille ans sa révolution: C'est peu que de prévoir les phases des planètes, Il suit dans notre sein les retours des comètes, Trace la parabole où leurs feux sont perdus, Et prédit aux mortels qu'ils ne les verront plus.
LA TERRE.
Ce petit être-là reçut un haut génie!
LE TEMPS.
Non, le temps éternel, l'étendue infinie, Où le temps mesurable et l'espace apparent Emportent l'univers et passent en courant, Sont pour l'homme des mots qu'il ne saurait entendre; Son esprit jusque-là ne put jamais s'étendre; Et n'attachant à tout qu'un sens matériel, Derrière un ciel franchi n'imagine qu'un ciel. Il faut que des moments, des lieux et des figures, Pour être comparés, lui prêtent leurs mesures; Et le temps fixe et vrai, le vide illimité, Se cache autant à lui que la divinité. Que de choses pourtant, véritables mystères, Que sa science ignore, et nomme des chimères! Dieu même, à sa faiblesse invisible en tout point, Parce qu'il est voilé, lui semble n'être point.