‹ La Panhypocrisiade, ou le spectacle infernal du seizième siècleChapitre 34 sur 80 · L'HYPOCRISIE.

L'HYPOCRISIE.

Aussi n'est-ce pas toi que je veux abuser, Grand homme, que les arts ont su diviniser, Dont l'esprit, rayonnant d'une vive lumière, Pénètre au sein profond de la Nature entière, Notre imposture même a de secrets rapports: Nous colorons tous deux mille trompeurs dehors; Et des chastes martyrs les ressemblances peintes Frappent autant les cœurs que mes chastetés feintes. Les saints en tes portraits revivent pour toujours: Tu mens par tes pinceaux, et moi par mes discours. Ainsi, toujours chéris des princes et des prêtres, Nos services du monde ont secondé les maîtres.

MICHEL-ANGE.

Ne nous comparons pas: les pinceaux innocents De prestiges heureux n'abusent que les sens. Le paradis du Christ, et l'olympe des fables M'offrent des fictions que je rends vraisemblables; Et mon art avertit la contemplation De l'erreur qui la jette en son illusion: Mais toi, qui ne feins rien que pour tromper les ames, Tu venges sans pitié par le fer et les flammes, De tes fausses vertus les dehors figurés, Mensonges dangereux que tu nous rends sacrés. Que ne t'ai-je tracée, à l'exemple du Dante, De plomb doré vêtue, et gravement rampante! Par-là j'eusse fait voir aux petits comme aux grands, Qu'un vrai peintre à regret vend sa toile aux tyrans, Que souvent il gémit, quand l'aveugle fortune, Opposant à sa gloire une entrave importune, Le force à consacrer, par d'immenses travaux, Les rêves d'un apôtre et des siècles dévots, Et l'excite à chercher l'espace imaginaire D'un Enfer ténébreux, et d'un triste Calvaire.