‹ La Panhypocrisiade, ou le spectacle infernal du seizième siècleChapitre 50 sur 80 · L'ENFANT.

L'ENFANT.

Les cris qui s'éloignaient se rapprochent de nous... O mon Dieu! ces méchants nous égorgeront tous.

CANDOR.

Mon fils, dans les périls s'exerce le courage: Tu seras homme, un jour ... soutiens donc cet orage; Et, sans frémir ainsi, tâche de rassurer Ta mère qui s'effraie, et que tu fais pleurer.

LE VIEILLARD.

Ah! de ce tendre enfant ne retiens point les larmes... Faible contre un tel choc, frappé de tant d'alarmes, Si jeune, je le plains d'approcher du trépas... Moi, qui vers le tombeau n'ai plus qu'à faire un pas, Si ma tête blanchie est soudain abattue, Ce coup m'importe peu ... qu'on entre, et qu'on me tue.

CANDOR.

Mon père, à votre gendre épargnez ce discours. Mes jours paîront plutôt le dernier de vos jours Que de souffrir, vivant, qu'un barbare assassine L'aïeul de mon cher fils, le père de Pulcrine.

PULCRINE.

Hélas! que produirait ton impuissant effort?

CANDOR.

J'ai des armes, je t'aime, et je suis jeune et fort.

PULCRINE.

Ces armes, en tes mains pures du sang des hommes, Nous préserveraient mal du danger où nous sommes. Elles ne t'ont servi qu'à chasser dans les bois Les lièvres fugitifs et les cerfs aux abois. Pour vaincre il faut du meurtre un dur apprentissage. Ta force, ta jeunesse est un faux avantage Contre d'affreux soldats, à l'homicide instruits, Enivrés par la rage, et par la mort conduits. Tu passais mollement tes heureuses journées, Par les jeux, la musique, et l'amour enchaînées, A cultiver les lois, les muses et les arts: Tu n'as point de la guerre éprouvé les hasards.

CANDOR.

Combattre est-il l'effet d'une rare industrie? C'est l'art qu'aux animaux inspire leur furie: J'en fis trop peu de cas pour m'enrégimenter... Mais contre des brigands s'il faut ici lutter, Tu verras, sur le seuil de notre doux asyle, Se changer en lion un citoyen tranquille; Et je ne céderai ma maison au vainqueur Que si, vaincu du nombre, on me perce le cœur. Cher enfant! tendre épouse! et toi, vertueux père! Quels intérêts pour moi plus sacrés sur la terre Auraient droit de m'armer, hélas! tant que mes yeux Demeureront ouverts à la clarté des cieux? C'est à vous, doux objets, mon unique richesse, Que j'attachai mes soins, mon amour, ma tendresse; Et ta pudeur sincère, unie à mille appas, Est le premier des biens que défendrait mon bras. O ma Pulcrine! ô toi, mes délices, ma vie!... Qu'entends-je?...

PULCRINE.

Vers la porte une troupe s'écrie...

LE VIEILLARD.

Quels coups heurtent le seuil!...