L'ÉRIDAN, FRÉGOSE ET RINCON. - L'ÉRIDAN.
Passagers, de votre âme écartez les nuages; Suspendez vos soucis; admirez mes rivages; Prêtez l'oreille aux flots; voguez en paix: vos jours S'écoulent emportés aussi prompts que mon cours.
FRÉGOSE.
Rincon!
RINCON.
Frégose!
FRÉGOSE.
Eh bien! le sort nous favorise: Le prince de Bysance, et le chef de Venise, Nous verront sans péril, adroits ambassadeurs, Au nom de notre cour saluer leurs grandeurs. Charles-Quint ne pourra, malgré sa vigilance, Soustraire à Soliman les lettres de la France; Et l'Orient, ligué par mon roi plus prudent, D'un perfide empereur défendra l'Occident.
RINCON.
Au puissant roi des lys veuille le ciel encore Me faire signaler un zèle qui m'honore; Et que je puisse enfin, sans trouble et sans rivaux, Riche d'heureux loisirs, fruits d'assidus travaux, Content, libre, achever d'arrondir plus à l'aise Mon embonpoint précoce à qui l'intrigue pèse, Et courtiser gaîment, en un château sans bruit, Quelques muses le jour, quelques nymphes la nuit! C'est pour cet avenir, espoir de ma vieillesse, Que je cours les hasards et dompte ma paresse.
FRÉGOSE.
Oh! je déclare, moi, que je veux à la cour Blanchir en m'illustrant jusqu'à mon dernier jour. Des intrigues d'état le zèle ardent me mine. Émule de Joinville, et rival de Comine, Confident de mes rois, je veux des temps passés Transmettre à nos neveux des portraits bien tracés; Et de tant de complots je toucherai la trame, A tant de grands ressorts j'appliquerai mon ame, Que, comblé de crédit, monté par tous les rangs, Je serai la lumière et l'oracle des grands.