Chapitre 119 M. le curé veut placer Sylvain en ville
Jeanne dit un jour à M. le curé :
« Vous avez pour mon Sylvain de trop grandes bontés, vous en faites un monsieur ; il serait bien temps qu’il s’occupât de cultiver nos terres ; il en sait plus long qu’il ne lui en faut ; qu’il apprenne donc à présent à manier la charrue.
— Jeanne, cet enfant est si doux et en même temps si délicat, que je ne puis m’habituer à penser qu’il passera sa vie à piocher la terre. N’y a-t-il pas mille autres manières de gagner son pain ? Il est très intelligent et beaucoup plus instruit que les autres enfants de son âge, car il a bien profité de tout ce que je lui ai appris. Je voudrais le placer chez un notaire de mes amis, à qui j’en ai déjà parlé.
— Croyez-vous, monsieur le curé, qu’il puisse être heureux en ville, où il n’aura personne pour l’aimer ?
— Laissez donc, Jeanne ! les gens chez qui je le placerai lui serviront de famille ; c’est une maison honnête, où il sera bien tenu et ils ne lui donneront que de bons exemples.
— Monsieur le curé, vous en savez plus long que moi là-dessus ; mais j’aurais mieux aimé qu’il restât paysan comme son père ; c’est encore l’état qui donne le plus de bonheur et où on est le moins exposé à mal faire. »
Jeanne s’occupa de mettre en ordre les effets de Sylvain ; elle fit refaire à sa taille les plus beaux habits de son père, et M. le curé le mena chez son ami le notaire.
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