‹ La petite Jeanne Le devoirChapitre 119 sur 138 · Chapitre 120 Jeanne s’aperçoit que le petit Louis sera un enfant simple

Chapitre 120 Jeanne s’aperçoit que le petit Louis sera un enfant simple

Louis avait trois ans ; sa santé s’était raffermie et il était devenu très fort ; il parlait peu, et ce qu’il disait ne ressemblait pas aux propos des autres enfants ; ses yeux étaient grands, mais tout singuliers. Il courait après tout ce qui brillait pour s’en saisir. Il s’était brûlé plus d’une fois à la chandelle, et plus d’une fois aussi il avait retiré du feu le bois enflammé pour jouer avec ; enfin, un jour il s’était jeté dans le ruisseau pour prendre le soleil qu’il voyait dans l’eau. Sa mère, ou bien sa sœur, ne le quittaient plus, de peur d’accident. Jeanne dit à la marraine de l’enfant :

« Je ne peux plus m’abuser, madame, mon pauvre Louis sera simple toute sa vie, si même il ne devient pas idiot tout à fait.

— Tu n’en sais rien encore, Jeanne ; il pourra devenir un homme comme les autres ; pense donc qu’il est bien jeune !

— Madame, je ne peux pas m’y tromper, parce que ce n’est pas la première fois que je vois des simples ; il sera toute sa vie l’enfant du bon Dieu ; je ne pourrai pas le quitter un instant.

— Ma pauvre Jeanne, c’est une grande épreuve que le ciel t’envoie.

— J’en ai du chagrin, madame, mais je n’en murmure pas ; les enfants simples ont une âme comme les autres, et ils n’offensent jamais le bon Dieu. Puis il m’aime tant, le pauvre innocent !

— Eh bien ! Jeanne, si tu ne peux plus travailler à cause de Louis, donne-moi Nannette, j’en aurai soin comme si elle était ma fille ; elle ne te coûtera plus rien à nourrir : au contraire, elle pourra t’aider avec ce qu’elle gagnera chez moi.

— Merci, ma chère dame ; j’aurai bien de la peine à m’en séparer, car elle aime mon Louis quasi plus que moi ; mais nous sommes trop de deux femmes dans la maison, et je serai bien heureuse de la savoir avec vous. »

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