‹ La petite Jeanne Le devoirChapitre 120 sur 138 · Chapitre 121 Nannette a un grand chagrin de quitter sa mère

Chapitre 121 Nannette a un grand chagrin de quitter sa mère

A peine Mme Isaure fut-elle partie, que Nannette, qui pleurait dans l’autre chambre, parce qu’elle avait tout entendu, se mit à éclater :
« Ma chère mère, il faut donc nous séparer ! je ne le pourrai jamais ; j’en mourrai, bien sûr.

— Ma pauvre fille, tu n’en mourras pas. Quand j’ai perdu ton père, je ne suis pas morte, parce que j’ai pensé à vous, mes enfants ; et tu penseras à moi pour te donner du courage.

— Mais, c’est si dur d’aller chez les autres !

— Il est sûr qu’il vaut mieux rester avec ses parents, quand on le peut, que d’aller dans la meilleure des conditions. C’est le malheur qui nous force à nous quitter, ma Nannette ; mais ce ne sera pas pour toujours. Nous sommes trop de bouches ici, et puis je ne peux rien acheter pour ta toilette ; au lieu que tout ce que tu vas gagner sera pour toi, ma fille.

— Et pour vous aussi, ma chère maman. Mais je ne pourrai jamais vivre sans vous voir.

— Si, ma fille ; tu auras beaucoup d’ouvrage et tu penseras moins à nous. Mme Isaure est bien bonne ; ce ne sera pas une maîtresse ordinaire pour toi : c’est elle qui m’a donné le premier argent que j’ai touché, qui m’a appris tout ce que je sais ; elle m’a toujours protégée ; tu seras même mieux auprès d’elle qu’auprès de moi, et tu l’aimeras bien vite, je t’en réponds. »

Mais Nannette ne se consolait point ; sa mère lui dit :

« Mon enfant, va voir M. le curé ; il a de bonnes paroles pour toutes les peines, et tu prieras Dieu avec lui. »

M. le curé fit dîner Nannette à sa table, et la ramena le soir à sa mère.

« N’est-elle pas bien heureuse, dit Jeanne, dans notre malheur, de trouver une place tout près de nous et chez des gens que nous aimons tant ?

— Oui, Jeanne, et elle le comprend maintenant ; je vous promets qu’elle sera bien raisonnable.

— Nannette, nous irons demain chez Mme Dumont pour savoir quand on aura besoin de toi ; si tu as les yeux gonflés, elle croira que tu as oublié ce qu’elle a fait pour nous.

— Ma mère, je vais mener notre vache aux champs, ça me remettra un peu. »

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