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Chapitre 125 On retrouve Pierre, le frère de Claude, qui s’était perdu

Un jour que Jeanne filait, assise dans sa galerie, elle vit passer Marguerite, qui courait comme une folle.
« Où vas-tu si vite ? lui dit-elle.
— Je cherche Pierre, le frère de mon homme, qui est perdu. »

Jeanne ne fit pas grande attention à ce que Marguerite lui disait, parce qu’elle la connaissait pour une tête éventée.

Deux jours après, Marguerite vint lui dire d’un air effaré qu’on venait seulement de trouver Pierre.

« Viens donc le voir tout de suite chez nous, ma Jeanne ; il est comme mort.

— Où l’a-t-on donc trouvé ?

— Dans la grande luzerne d’Étienne Durand. »

Jeanne suivit Marguerite et emmena Louis avec elle. Elle trouva Pierre étendu sur un lit, sans mouvement ; elle lui frotta les tempes avec du vinaigre et lui en fit respirer ; puis elle défit sa cravate, et lui lava le visage et les mains avec de l’eau fraîche. Il ouvrit les yeux ; son pouls était si faible, qu’on le sentait à peine. Jeanne lui demanda s’il souffrait.

« J’ai faim, dit-il bien bas.

— Le malheureux ! s’écria Claude, il meurt de faim ! »

Jeanne lui fit boire un peu de vin pour lui donner des forces, et dit qu’il ne fallait pas beaucoup le faire manger, parce que c’était dangereux, et qu’on allait lui faire de la soupe au lait.

« Mais je n’ai pas de lait, moi, dit Marguerite.

— Va en chercher au Grand-Bail, ils ne t’en refuseront pas.

— Mais pourquoi Pierre s’en est-il allé comme ça ? dit-elle à Claude.

— Je vas vous dire, Jeanne : il a un grand mal à la jambe depuis plus de quatre ans. Il l’a caché à notre défunte mère pendant bien longtemps. Elle le voyait dépérir sans pouvoir en deviner la cause. Enfin, un jour il quitta sa place de charretier aux Ormeaux et s’en vint chez nous. À force d’être tourmenté, il a fini par faire voir son mal. Notre mère l’a fait rester au lit et l’a guéri. Il s’est encore placé au moulin du bourg ; son mal est revenu aux deux jambes, et il ne s’en est pas vanté. Mais cette année, un peu avant la Saint-Jean, en chargeant sa voiture, il a laissé tomber un poinçon vide sur sa jambe, et il y a fait un grand trou ; depuis ce temps-là, il est chez nous sans travailler.

— Mais on ne le voyait jamais.

— C’est qu’il se cachait, le pauvre garçon, comme s’il eût fait un mauvais coup.

— Pourquoi donc n’en avoir pas parlé à M. le curé ?

— Dame ! il ne le voulait pas.

— Êtes-vous simple aussi, vous, Claude, de l’avoir écouté !

— Ce n’est pas tout, Jeanne ; il a voulu se détruire déjà deux fois, parce qu’il s’imaginait nous être à charge. Je l’en ai empêché, heureusement, à temps ; mais je vois bien que, cette fois, il voulait se laisser mourir de faim.

— Savez-vous, Claude, que c’eût été une grande honte pour votre famille d’avoir un homme qui se serait tué ! Sans compter que c’est un grand péché que de se donner la mort. »

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