‹ La petite Jeanne Le devoirChapitre 40 sur 138 · Chapitre 41 Jeanne reproche à Solange sa négligence

Chapitre 41 Jeanne reproche à Solange sa négligence

Un matin, en se levant, Jeanne dit à Solange, qui couchait avec elle :
« Tes cheveux sont bien mêlés : tu ne les peignes donc jamais ? je ne te vois pas non plus laver ni tes bras ni ton cou.

— À quoi ça sert-il, puisqu’on ne les voit pas ?

— D’abord, ça sert à être propre, ce qui est déjà un grand avantage. Tu te tourmentes au lit, tu dors mal, parce que la tête te démange ; tu n’es, ma foi, pas aussi raisonnable que les oisons que tu mènes tous les matins à l’abreuvoir. Tu n’as donc pas vu comme ils se baignent, comme ils relèvent leurs plumes pour que l’eau touche à leur peau ; ils plongent leur tête et s’en servent après comme d’une vergette pour se nettoyer et se lisser. Il n’y a pas jusqu’à la chatte, que tu aimes tant, qui ne fasse sa toilette. Et tes mains ! tu t’imagines qu’elles sont propres parce que tu les a trempées dans l’eau ; mais des filles comme nous, qui touchent à tout, ont besoin de frotter ferme pour nettoyer leurs mains ; l’eau toute seule n’y fait rien ; il faut les dégraisser dans le son que l’on fait bouillir pour la volaille ; ou bien, si tu écrases une des pommes de terre que l’on met cuire pour les porcs et que tu t’en frottes bien les mains, tu verras comme elles deviendront nettes et douces.

— Est-ce que je songe à tout cela, moi !

— Je t’y ferai songer, sois tranquille, ainsi qu’à changer de chemise tous les soirs. Crois-tu qu’il soit bien sain de garder sa chemise pour coucher, quand on a eu bien chaud toute la journée ? Et le matin, si tu te lèves toute en moiteur, es-tu bien à ton aise quand ta chemise sèche sur ton corps ! Et la prière du matin, tu ne la fais pas souvent ! Pourquoi ne vas-tu jamais voir M. le curé ?

— Je n’oserais jamais y aller toute seule.

— Viens-y avec moi ; j’y vais toujours en sortant de vêpres ou de la messe ; tu verras comme on a le cœur content et l’esprit tranquille en sortant de chez lui ! »

Depuis ce temps-là, Jeanne ne manquait pas de faire rester Solange pour la prière du matin ; elle parvint enfin à la rendre propre à force de lui répéter ses bons conseils.

Solange devint plus endurante à mesure qu’elle était plus contente d’elle-même : elle profitait des avis de Jeanne, et elle commença à se montrer bienveillante, à aimer tout le monde de la maison.

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