Chapitre 49 M. le curé découvre ce qu’il y a dans la boîte du colporteur
Le colporteur n’osa pas refuser sa clef à M. le curé ; mais en la lui donnant il se mit à ses genoux.
« Ah ! monsieur, dit le pauvre garçon, ne me perdez pas ; ayez pitié de moi, ne me faites pas mettre en prison.
— Et pourquoi vous ferais-je mettre en prison, mon ami ?
— C’est que ma boîte est pleine de vilaines images et de livres mauvais, et que l’on met en prison ceux qui en vendent. »
En disant cela il fut encore pris d’une faiblesse. Quand on l’eut fait revenir, M. le curé lui dit :
« Comment, mon enfant, avez-vous pu, à votre âge, vous décider à faire un tel commerce ?
— C’est qu’on m’avait dit qu’on y gagnait beaucoup d’argent, et je voulais acheter un petit fonds d’étoffes aussitôt que j’aurais seulement une centaine de francs.
— Eh bien, vous a-t-on dit la vérité ? Avez-vous gagné plus qu’en vendant de bons livres ?
— Mon Dieu non : je ne suis pas assez hardi pour faire ce métier-là ; j’ai toujours peur d’être pris, et je ne vends presque rien.
— Je suis sûr que c’est précisément pour cela que vous êtes sorti si vite dimanche, quand tous les gens de la maison revenaient des vêpres.
— Oui, monsieur, parce que j’avais vu le garde champêtre avec eux.
— Voyez un peu ! votre détestable commerce a failli vous coûter la vie. Mon garçon, il n’y a jamais d’avantage à faire le mal ; et vous en faisiez plus aux gens de la campagne en leur vendant de mauvais livres, que si vous leur eussiez volé leur argent : car leur argent était perdu comme si vous l’aviez pris, et vous leur laissiez des livres qui leur apprenaient à se mal conduire. »
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