‹ La petite Jeanne Le devoirChapitre 64 sur 138 · Chapitre 65 M. le curé veut que l’on pardonne toujours

Chapitre 65 M. le curé veut que l’on pardonne toujours

« Maître Tixier, dit M. le curé, il ne faut pas être sans pitié comme cela.

— Monsieur le curé, Marguerite m’a choqué en nous quittant sans raison : car ma femme était trop bonne pour elle, qui est une fainéante au fond ; et elle a mortifié Jeanne, que je regarde comme ma fille.

— Vous voyez qu’elle en a été bien punie, et la voilà à l’aumône comme Jeanne y a été ; seulement Jeanne n’était pas en âge de travailler, ce qui est bien différent.

— Moi, je n’offense personne, monsieur le curé, et je ne veux pas qu’on m’offense ; aussi, quand on me fait une injure, je ne l’oublie jamais.

— Et vous avez grand tort, car il faut toujours pardonner. Si Dieu nous retirait son soleil chaque fois que nous l’offensons, nous n’aurions guère d’épis mûrs pour la moisson.

— Il me semble pourtant que, quand on a la conscience bien nette, on peut sans pécher en vouloir à ceux de qui on a reçu quelque injure.

— C’est de l’orgueil, cela, maître Tixier. Personne ne peut dire qu’il ne péchera pas ni qu’il n’a pas offensé Dieu ; c’est pourquoi il faut toujours faire miséricorde à notre prochain. Le pardon profite à tout le monde : il soulage le cœur qui pardonne ; il ramène au bien celui qui a commis la faute.

— Qu’elle vienne donc à la Toussaint, monsieur le curé, puisque vous le voulez.

— Mais d’ici là, que voulez-vous qu’elle devienne, cette pauvre fille ? Père Tixier, il ne faut jamais faire le bien à demi.

— D’ailleurs, dit la maîtresse, je lui ferai broyer le chanvre pendant qu’il y a encore un peu de soleil, car ta bergère n’est plus bonne à rien depuis qu’elle a le mariage en tête.

— Qu’il en soit donc fait à votre volonté, monsieur le curé. Allons, va chercher tes effets, Marguerite ; et toi, Jeanne, je te charge de veiller sur elle ; si tu n’en es pas contente, tu la mettras à la porte. »

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