‹ La petite Jeanne Le devoirChapitre 63 sur 138 · Chapitre 64 M. le curé engage la mère Tixier à reprendre Marguerite

Chapitre 64 M. le curé engage la mère Tixier à reprendre Marguerite

M. le curé entra et alla s’asseoir comme d’ordinaire au chevet de la mère Tixier.
« N’est-ce pas là Marguerite, votre ancienne bergère ?
— Oui, monsieur le curé.

— Elle a donc quitté le pays ? Je ne l’ai plus vue à l’église.

— Non, monsieur, elle était à la Périnnerie, de l’autre côté du bourg.

— Elle a donc été malade ?

— Oui, monsieur, dit Marguerite, et je n’ai plus de place ; je demandais à la maîtresse de me reprendre et elle ne le veut pas ; priez-la donc pour moi, monsieur le curé, je vous en prie !

— Ce n’est pas à l’entrée de l’hiver qu’on se charge de bouches inutiles, dit la maîtresse.

— Votre bergère se marie pour la Toussaint : si le maître veut me reprendre, il me donnera ce qu’il voudra, et je ferai tout comme la petite Jeanne me dira.

— Marguerite, continua la mère Tixier, je t’ai dit que le maître ne voudrait pas te reprendre.

— Maîtresse, si vous le lui demandiez bien !

— Tiens, le voilà qui vient, va le lui demander toi-même.

— Je n’oserai jamais ; ma Jeanne, vas-y donc ; il ne te refusera pas, toi ! »

Jeanne sortit pour aller au-devant de maître Tixier ; quand elle rentra avec lui, il lui disait :

« Je te dis, petite Jeanne, que tu perds ta peine ; elle a voulu sortir de la maison, elle n’y rentrera pas.

— Voyez donc comme elle est changée, cette pauvre fille, dit M. le curé ; elle a été bien malade, et la voilà dans un grand embarras.

— Allons, ne vous faites donc pas si méchant, lui dit sa femme ; votre bergère doit se marier à la Toussaint, et Marguerite promet d’être bien courageuse.

— Je te dis encore une fois qu’elle ne rentrera pas ici.

— Il faudra donc qu’elle aille chercher sa vie de porte en porte, dit Jeanne ; vous ne savez pas, notre maître, ce que c’est que de tendre la main ! C’est si dur, si humiliant, que je crois qu’il vaudrait mieux être mort. J’ai tant vu pleurer ma pauvre mère quand il fallait faire une tournée, que je n’ai pas oublié la peine que ça nous faisait ; et j’étais pourtant bien petite dans ce temps-là. Que de fois nous avons passé la journée sans manger, quand il faisait mauvais temps, pour ne pas demander du pain à nos voisins ! »

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