‹ La petite Jeanne Le devoirChapitre 74 sur 138 · Chapitre 75 Il vient un officier en remonte marchander les juments de maître Tixier

Chapitre 75 Il vient un officier en remonte marchander les juments de maître Tixier

Un matin, maître Tixier, qui ne marchait pas encore, était assis dans son fauteuil auprès de la porte ; il vit venir à lui un grand officier de cuirassiers, suivi de son maréchal des logis.
« Tiens ! s’écrie-t-il en voyant le maréchal des logis, c’est Étienne Durand, de la Tréchauderie ! Comment se fait-il que tu sois dans le pays, mon garçon ?

— Parce que j’y suis venu avec mon capitaine, que voilà. Nous achetons des chevaux pour le régiment, et je me suis souvenu que votre écurie était toujours bien montée.

— Jeanne, va tirer du vin, et du meilleur ! Monsieur l’officier, vous allez boire un coup.

— Merci, mon brave homme, je suis très pressé. Faites donc sortir vos chevaux de l’écurie, s’il vous plaît. »

Jeanne appela son mari, qui amena les quatre juments devant la porte.

« Voilà de belles bêtes, dit le capitaine, je n’en ai pas vu de semblables dans tout le pays. »

Et il se mit à les examiner, à les faire trotter, galoper ; il rentra pour en faire compliment à maître Tixier et lui demanda combien il voulait les vendre.

« Ma foi, monsieur l’officier, je ne me soucie pas de m’en défaire ; ce sont de braves bêtes sans défauts, et je ne les remplacerai jamais ; et puis, sans vous offenser, ce serait trop cher pour vous : on ne donne pas des chevaux de ce prix-là aux soldats.

— Vous voulez donc les vendre bien cher ?

— On m’a offert douze cents francs de la grise et trois mille francs des trois autres ensemble.

— C’était bien payé ; mais ce n’est pas seulement pour mes hommes que j’achète des chevaux ; je suis quelquefois chargé par mes camarades de leur trouver quelque belle bête, et justement mon colonel m’a demandé un beau cheval de bataille ; ainsi, nous ferons affaire ensemble, si vous le voulez.

— Je vous dis, monsieur le capitaine, que je n’ai pas envie de vendre mes juments.

— Pourquoi donc, mon ami ? Avec la moitié du prix que je vous en donnerai, vous aurez deux poulains de trente mois qui feront parfaitement votre service et qui deviendront à leur tour de beaux chevaux entre les mains de votre homme, qui s’entend si bien à les soigner.

— Monsieur l’officier, il faut dîner avec nous ! nous traiterons cette affaire-là le verre à la main. Ce n’est que le dîner d’un paysan, mais le cœur y est.

— Pas pour aujourd’hui, mon ami ; j’ai un rendez-vous à la ville avec le maquignon ; mais je viendrai après-demain, et, si vous voulez que nous fassions marché, je me prie à dîner sans cérémonie.

— C’est dit, monsieur l’officier ; et toi, Étienne, tu n’y manqueras pas : il faut renouveler connaissance.

— Merci, père Tixier ; je viendrai, soyez-en sûr », dit-il en regardant Joséphine.

q

Page 1