‹ La petite Jeanne Le devoirChapitre 75 sur 138 · Chapitre 76 Maître Tixier veut qu’on donne un bon dîner à l’officier

Chapitre 76 Maître Tixier veut qu’on donne un bon dîner à l’officier

« Allons, Jeanne, et toi, Joséphine, il faut se distinguer, mes enfants ; nous allons bien régaler l’officier, afin qu’il se souvienne des dîners du Berry quand il sera retourné à son corps. »

Le surlendemain, les deux militaires arrivèrent à midi. Le dîner était prêt. Maître Tixier, assis dans son fauteuil de paille, avait la jambe étendue sur une petite chaise et appuyée sur un oreiller ; on donna le fauteuil de la maîtresse à l’officier, qui dit en se mettant à table :

« Eh bien ? maître Tixier, avez-vous fait vos réflexions ?

— Monsieur le capitaine, mangeons d’abord en repos, puis on parlera d’affaires. Simon, va-t-en au cellier, mon garçon ; tu chercheras derrière la cuve, dans le coin à gauche, il y a quelques bouteilles de vin vieux que je gardais pour une bonne occasion ; tu vas les apporter sans les remuer et Jeanne les dépotera.

— Mais pourquoi ces deux jolies filles ne se mettent-elles pas à table avec nous ? dit le capitaine en mangeant la soupe.

— Monsieur, dans notre pays, les femmes ne se mettent jamais à table avec les hommes, et le maître mange toujours tout seul ; je trouve la coutume bonne et je la conserve.

— Vous avez là une belle famille, ma foi ! je vous en fais mon compliment.

— Tout n’est pas là, monsieur : j’ai une fille mariée dans le voisinage ; mais cette grande brune n’est pas à moi : c’est notre servante, la femme du laboureur qui soigne les juments ; ce qui n’empêche pas que je l’aime autant que mes propres enfants. Elle a dressé mes filles mieux que si je les avais mises dans les pensions ; et, si je n’avais pas ma pauvre femme infirme, là, dans son lit, j’aurais le cœur léger et l’esprit tranquille avec Jeanne et son mari pour soigner ma maison. »

q

Page 1