Chapitre 77 Étienne Durand demande Joséphine à son père
« Maître Tixier, dit l’officier, vous devez remercier Dieu de vous avoir donné d’aussi bons domestiques, car on n’en rencontre pas souvent de semblables. Savez-vous qu’on fait très bonne chère chez vous ? je n’ai jamais rien mangé de meilleur que cette étuvée et cette fricassée noire.
— Oh ! c’est que la petite Jeanne est une fine cuisinière. »
Quand on servit une belle dinde rôtie à point, l’officier s’écria :
« Comment ! ce n’est donc pas fini ?
— Et ce pâté, et les écrevisses, et la galette, et puis les friandises ! C’est que Jeanne veut que rien n’y manque.
— C’est vraiment beaucoup trop ! Que faites-vous donc, maître Tixier, quand vous mariez vos filles, si vous donnez un repas comme celui-ci à deux personnes ?
— Je n’en fais pas davantage, monsieur l’officier ; seulement, au lieu d’un pâté il y en a quarante ; au lieu d’une dinde j’en mets quinze, et ainsi de tout ; puis l’on défonce deux pièces de vin pour qu’il soit plus tôt tiré.
— Hé ! hé ! comme vous y allez dans votre pays ! Et quand marierez-vous cette jolie blonde qui me donne une assiette ?
— Si maître Tixier veut m’écouter, dit Étienne Durand, le maréchal des logis chef, et que Joséphine n’ait pas oublié son ancien ami Tiennaud, qui s’amusait à la faire sauter quand elle était petite, ça ne tardera pas. Si tu veux m’attendre, Joséphine, tu ne t’en repentiras pas ; tu seras bien heureuse avec moi.
— Ça n’est pas de refus, Étienne, dit le père Tixier : vous êtes de braves gens et ça me va ; mais il me faut un gendre qui demeure avec moi, je t’en avertis.
— Justement, il y a trop de monde chez nous pour que j’y trouve place. Voyons, Joséphine, est-ce que je te fais peur, que tu détournes la tête ? »
Joséphine rougit et ne répondit rien ; mais Jeanne dit :
« Étienne, revenez après avoir fini votre temps de service, et ne vous occupez pas du reste. »
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