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Chapitre 28

Le lendemain se leva dans un ciel sans nuages. Pendant la nuit, les fleurs du givre s’étaient épanouies sur toutes les vitres ; une couche de fine poussière givrée avait recouvert toutes les souillures de la ville. Marthe, levée de bonne heure, ordonna à son cocher d’atteler un traîneau léger, et à neuf heures et demie elle quitta la maison pendant que son mari, rentré depuis quelques heures à peine, après souper, faisait les plus doux rêves.

Elle n’avait pas peur d’être surprise ; elle ne se sentait pas coupable. En parcourant les rues au trot allongé de son cheval noir, elle regardait tranquillement autour d’elle, prête à saluer tout visage de connaissance.

Il faisait extrêmement froid ; une vapeur à demi congelée formait un petit nuage autour des naseaux de son cheval ; les trottoirs, récemment balayés et saupoudrés de sable fin, dessinaient deux lignes jaunes tout le long des rues ; le givre, éblouissant sous les rayons du soleil d’hiver, revêtait de paillettes les toits et les moindres aspérités. La fumée s’échappait des cheminées en gros flocons, noirs dessous, argentés dessus, et le vent la dissipait en nuages capricieux, déchirant çà et là un lambeau noirâtre qu’il changeait en flocons d’argent ou en volutes de nacre irisée.

Marthe regardait tout cela et jouissait de la vie avec intensité. Sa poitrine se soulevait régulièrement et respirait à l’aise, depuis que le fardeau qui l’avait suffoquée pendant vingt mois s’était détaché soudain sous la main d’une enfant. Elle trouvait le chemin long ; la Néva, qu’elle traversait, lui semblait être une étendue immense, infinie, un océan de glace au-delà duquel la vérité et l’honneur l’attendaient sur la rive.

Arrivée à la porte du Jardin Botanique, Marthe s’arrêta un moment. La masse entière du jardin étincelait au soleil comme un écrin gigantesque. Pas un arbre, pas une branche dont le givre ne dessinât sur le ciel bleu la silhouette en délicats linéaments. On eût dit un immense rocher de corail d’un blanc pur, poussé là par miracle.

Marthe s’engagea à pied sur le trottoir de planches qui conduit aux serres ; les arbres étendaient au-dessus de sa tête leur magnificence virginale. Par moments un oiseau, en s’envolant, secouait un peu de poussière glacée sur le chemin, mais le bruit de ses ailes s’étouffait aussitôt dans ce grand silence de la neige et de l’hiver. Ce royaume de la glace était à Marthe seule.

Elle entra une minute dans les bâtiments de l’administration, s’informa des démarches à faire pour se procurer des graines et des boutures précieuses, puis ressortit et se dirigea vers les serres.

Depuis qu’elle avait quitté son logis, elle n’avait pas éprouvé un moment de trouble. Elle aperçut Michel Avérief qui l’attendait dans le vestibule vitré, et le cœur lui manqua soudain.

Michel sortit et vint au devant de Marthe. Ils échangèrent un salut muet. Elle entra avec lui, et tout à coup une bagatelle insignifiante, un détail matériel lui fît monter le sang au visage : un employé à figure maussade, sans la regarder, lui présentait la plume dont les visiteurs se servent pour écrire leur nom sur le registre préparé à cet effet. Interdite, elle regarda Michel, qui prit la plume et écrivit un nom de fantaisie. Puis il offrit son bras à Marthe, honteuse et troublée, et l’entraîna dans la serre.

La première bouffée d’air qui leur vint au visage leur apportait tant de parfums, une si puissante odeur de sève, tant de chaleur humide et pénétrante, que Marthe faillit reculer et prendre le chemin de la maison. Elle n’avait pas prévu les choses matérielles quand elle avait choisi les serres pour y voir Avérief : elle s’était dit que l’endroit était désert puisque sa sœur avait pu y venir tous les jours pendant une quinzaine sans y rencontrer personne, et sa pensée n’avait pas été plus loin. Dès les premiers pas, la nécessité de se cacher lui apparut dans toute sa laideur, et, si elle eût pu regretter cette heure unique, elle eût senti le remords. Mais Michel ne lui en laissa pas le temps.

Ils marchaient lentement, entre deux haies de camélias en fleurs. Les plus jeunes, étagés sur des gradins, formaient à droite une muraille de feuilles luisantes comme des boucliers, que parsemaient, depuis le sol jusqu’à six pieds de terre, d’innombrables fleurs roses, blanches, rouges, panachées, – les unes ouvertes dans l’orgueilleux épanouissement de leur richesse ; les autres à demi déroulées et indiquant encore la forme indécise du bouton récemment éclaté ; d’autres enfin, véritables boutons, jalousement cuirassés de leur gaines brunes, où une fente rouge presque invisible laissait à peine deviner les promesses de l’avenir.

À gauche, un véritable taillis d’arbres en pleine terre étalait des milliers de camélias roses, vus par transparence entre l’œil et la voûte vitrée. Une pluie de pétales et de fleurs tombées jonchait le sol.

Marthe s’arrêta frappée d’admiration.

— Je n’ai jamais vu tant de fleurs ! dit-elle à Michel.

Ce mot rompit le charme. Chacun d’eux avait redouté la première parole, et voici que les fleurs s’étaient chargées d’écarter le danger. Ils continuèrent à causer comme si un gouffre ne les eût pas séparés du temps heureux où ils pouvaient tout se dire sans embarras.

Le gardien, esclave machinal de sa consigne, les suivait d’un air nonchalant et ennuyé. Il se souciait bien de savoir si ces deux beaux jeunes gens étaient frère et sœur, ou des amoureux qui se cachaient ! Sa consigne était d’empêcher les indiscrets de commettre des dégâts ; il la remplissait et ne voyait pas plus loin. Cependant il gênait beaucoup Marthe, qui se retournait à tout moment pour voir s’il les suivait.

— Attendez un instant, dit Michel, qui comprenait sa pensée.

Il ouvrit une porte, et Marthe retint un léger cri de surprise.

Devant eux se dressait une haute coupole vitrée, où les bananiers, les dracenas et les grands dattiers déployaient à l’aise leur taille gigantesque. Les palmiers montaient, montaient vers la lumière, avides de soleil, et cherchant dans le ciel la patrie absente : deux fois déjà on avait dû exhausser au-dessus d’eux la coupole vitrée ; les rameaux vigoureux, irrésistibles dans leur élan continu, avaient deux fois brisé l’obstacle et forcé la civilisation à leur livrer passage. Bientôt il faudrait leur faire encore de la place, car les jeunes pousses se dirigeaient vers l’azur avec une persévérance indomptable. De beaux oiseaux des tropiques se cachaient dans les feuillages sombres et luisants. Les mousses et les fougères de toutes tailles remplissaient les vides. Les orangers en fleurs chargeaient l’air d’une odeur pénétrante.

Le gardien s’approcha d’un ressort caché sous les feuillages : un jet d’eau s’éleva, retombant en pluie fine dans son bassin, avec une musique douce et monotone. Après avoir accompli ce devoir, le gardien alla s’asseoir, en homme qui sait qu’il en a pour longtemps et qu’il peut se reposer.

— Nous sommes chez nous, maintenant, dit Michel à la princesse. Venez par ici.

Il s’engagea le premier dans un escalier de fonte ouvragée, caché dans les verdures. Elle le suivait, les yeux perdus dans la sombre masse de feuilles lustrées, diverses de formes, presque semblables de couleur. Elle leva les yeux sur lui, et ce regard les mit à l’unisson : les anciens jours venaient soudain de se renouer au présent, sans qu’on pût voir où la chaîne avait été ressoudée.

Ils arrivèrent au premier palier. Un balcon aérien s’étendait devant eux, traversant la serre d’un bout à l’autre. Ils s’y engagèrent à peu près jusqu’au tiers, et s’arrêtèrent appuyés contre la balustrade.

Au-dessus de leurs têtes planait une seconde galerie aérienne, si délicate, si frêle, qu’elle semblait inabordable. Les grandes feuilles découpées des cocotiers la couvraient d’une pluie de verdure. Tout en haut, le clair vitrage laissait voir le soleil d’or et le ciel bleu. Sous leurs pieds, une mer de feuillage : des points sombres indiquaient les souches des gros buissons hérissés du zamia, les tiges noueuses des ficus serpentaient sous leurs longues feuilles vernies, les troncs des palmiers s’élevaient comme des colonnettes recouvertes d’écailles imbriquées ; les feuilles des bananiers se roulaient en larges volutes luisantes, déchirées jusqu’à la nervure par le trop complet épanouissement de la plante. Les aloès et les cactus dressaient impérieusement leurs hautes aiguilles. Çà et là une tige fleurie, la sombre rougeur d’une grappe de fruits à demi mûre, l’or pâle d’une orange, l’écarlate insolent d’une fleur de cactus, annonçaient que la puissance de l’homme avait vaincu la nature, et que, si près du pôle, l’hiver n’existait plus dans ce monde enchanté.

— C’est ici le printemps, dit Michel à demi-voix.

— Le printemps éternel… murmura Marthe prise d’une insurmontable mélancolie.

Elle fit un effort sur elle-même et se tourna vers Michel, une main toujours appuyée sur la balustrade.

— J’ai voulu vous voir, commença-t-elle, pour vous dire les torts que j’ai eus envers vous, et pour vous expliquer comment j’ai été trompée.

Michel la regardait avec ce regard honnête et clair qui avait en lui un charme si pénétrant. Elle continua sans se troubler, désormais, car elle accomplissait un devoir.

— Je voulais vous voir chez nous à mon jour anniversaire ; il me semblait que votre présence me porterait bonheur : je n’étais jamais heureuse lorsque, après vous avoir attendu, je ne vous voyais pas venir… et ce jour-là, plus que tout autre..

Sa voix faiblit légèrement ; elle s’arrêta un peu, puis reprit :

— Vous m’avez envoyé un bouquet ?

— Oui.

— Je ne l’ai pas reçu. Il a été intercepté, c’est clair. Qu’écriviez-vous à mon père dans cette lettre datée de Menton, que nous n’avons jamais reçue ?

— Je lui disais qu’aussitôt revenu, j’aurais à lui adresser une supplique au succès de laquelle j’attachais le bonheur de ma vie.

Marthe baissa les yeux et réfléchit.

— Ce bouquet et cette lettre ont été supprimés par la même personne.

— Vous soupçonnez ?…

— Pauline Hopfer. J’en suis sûre ! Le jour de votre départ, elle m’a annoncé…

Marthe ne pouvait plus continuer, tant l’absurdité évidente de sa conduite lui sautait aux yeux. Quelle crédulité que la sienne cependant ! Et comme Pauline avait su s’en servir !

— Achevez, je vous en conjure, nous sommes ici pour parler franchement, dit Michel non moins ému qu’elle.

— Elle m’a annoncé que vous emmeniez un enfant, dont vous alliez rejoindre la mère. Voilà ! fît Marthe, qui avait retrouvé son courage.

— Et vous l’avez cru ? s’écria Michel indigné.

— Je l’ai cru, répéta Marthe en baissant la tête.

— Mais c’était invraisemblable !

— Oui, mais…

— Eh bien ?

— J’étais jalouse, et j’ai tout cru… acheva-t-elle si bas qu’il la devina plutôt qu’il ne l’entendit.

Un grand silence régna dans la serre. Le jet d’eau seul murmurait sa plainte argentine et semblait pleurer l’irréparable. Une feuille sèche se détacha d’une haute cime et tomba lentement de branche en branche jusqu’au sol. Marthe releva la tête, les yeux pleins de larmes.

— Me pardonnez-vous ? dit-elle. Je suis punie !

— Je n’ai rien à vous pardonner, répondit Michel avec une douceur qui allait jusqu’au fond du cœur endolori de la jeune femme. Sa voix était une musique. – Nous sommes deux victimes : il faudra bien qu’un jour notre bourreau soit puni ! ajouta-t-il avec un éclair de colère dans les yeux. Si seulement ce n’était pas une femme…

— Un être semblable n’est plus une femme, dit Marthe : elle a déshonoré jusqu’à la faiblesse de son sexe.

Michel raconta à son tour ce qui l’avait empêché de faire sa demande plus tôt, sa rencontre avec Oghérof, le mariage de Sophie Liakhine…

— Mon père n’eût jamais voulu entendre parler de rien sans le consentement du vôtre, dit Marthe avec tristesse. C’était écrit !

Ils restèrent silencieux comme la première fois. Michel regardait la jeune femme, qui ne s’en apercevait pas : ses yeux fixés sur les feuillages voyaient flotter les rêves d’autrefois.

— Comment était-il, votre bouquet ? dit-elle doucement à Michel sans le regarder.

— Tout blanc avec des fleurs d’oranger. Il devait vous dire ce que j’étais forcé de taire encore.

Marthe soupira et continua de regarder la verdure.

— Et maintenant, dit Michel à voix basse, qu’ordonnez-vous de moi ?

Elle le regarda, les yeux fermes et vaillants malgré sa douleur.

— Vous quitterez Pétersbourg, afin que moi, qui suis forcée d’y vivre, je ne vous rencontre plus à tout moment. Je ne pourrais vous parler comme je l’ai fait depuis… – elle s’arrêta ; – et je ne peux plus vous parler autrement que je ne le fais maintenant. Vous voyez bien qu’il faut nous séparer !

– Pour toujours ?…

— Pour longtemps… Tant que vous ne serez pas marié…

Michel secoua la tête.

— Jamais ! dit-il d’une voix nette.

— Tant mieux, répondit-elle presque sans le vouloir. Tant que nous serons jeunes, alors…

— Vous l’exigez ?

— Je vous en supplie.

— J’obéirai, répondit le jeune homme, pâle d’angoisse, mais aussi courageux qu’elle : pourtant je ne puis quitter Pétersbourg du jour au lendemain. Il faut le temps de permuter. Jusque-là, qu’ordonnez-vous ?

— C’est moi qui m’en irai ; je peux partir pour quelque terre éloignée… Je ne reviendrai que l’hiver prochain. Où allez-vous, vous ?

— Au Caucase.

Marthe ne répondit pas. Sa main tremblait et faisait trembler la frêle balustrade.

— Si je ne reviens pas, continua Michel, vous vous souviendrez de moi, et vous saurez que, depuis le premier jour jusqu’au dernier, je…

— Non, non, dit Marthe éperdue, ne me dites pas ce que je ne dois pas entendre, je vous en conjure…

Il s’inclina et se tut.

Un bruit se fit entendre en bas, la porte de la serre venait de s’ouvrir : c’étaient des visiteurs.

— Nous sommes pris, murmura la princesse pleine d’angoisse, nous sommes perdus !…

Michel s’empressa de la rassurer.

— Il y a deux escaliers, dit-il ; si l’on monte, nous descendrons. Jusque-là, restons où nous sommes, c’est le plus sûr.

À moitié cachés par un grand arbre, ils restèrent haletants, attendant un son de voix qui les guidât. Les visiteurs, arrêtés un moment, reprirent leur marche et passèrent au-dessous d’eux, penchés l’un vers l’autre et se parlant tout bas. Un jeune rire perlé retentit.

— C’est ma sœur ! dit Marthe toute pâle.

— Montons-nous, Serge ? fit doucement la voix de Nastia avec une modulation pleine de caresse.

— Pas aujourd’hui, mon trésor, répondit le jeune homme ; grand-maman nous grondera si nous sommes en retard pour le déjeuner.

Ils s’éloignèrent, toujours enlacés, toujours parlant à demi-voix.

Michel ne disait rien. Marthe, inquiète, leva vers lui son visage baigné de pleurs.

— Ç’aurait pu être nous, répondit-il à cette question muette.

Et une grosse larme roula sur son gant sans qu’il songeât à l’essuyer.

Marthe pleura un instant de tout son cœur, la tête dans ses mains. Soudain le jet d’eau cessa de jaillir. Le gardien, qui avait fait un somme, trouvait probablement que ses visiteurs tardaient trop longtemps.

— Adieu, dit-elle enfin en essuyant de son mieux ses joues brûlantes.

— Adieu, répéta-t-il en la regardant comme s’il voulait emporter son visage vivant dans sa mémoire.

Il lui tendait les deux mains. Elle recula avec quelque frayeur.

— Non, non, dit-elle, pas même cela. Restons dans le bleu pur, et qu’aucune ombre terrestre ne s’y mêle. Dans le monde, – oui. Seuls ici, non. Marthe Milaguine vous aimera toujours : ne demandez rien à la princesse Oghérof.

À ce nom, Michel fronça le sourcil : l’image détestée de l’époux venait de troubler la sérénité douloureuse de l’adieu. Marthe le comprit.

— Le prince est et restera un étranger pour moi… dit-elle sans le regarder : mais je porte son nom, c’est assez pour que je ne veuille pas rougir devant lui. Si sa main vient à serrer la mienne, en ami, en camarade, il ne faut pas qu’il y trouve une autre étreinte…

— Rien, alors ?

— Rien ! répéta Marthe, les yeux brillants de fièvre, – rien en ce monde, et tout mon amour jusque par delà la vie !

Elle lui jeta ces mots en partant, comme un cri de triomphe. Il la suivit en silence. Qu’aurait-il répondu, puisqu’elle lui défendait le seul mot qu’il pût dire ?

Elle eût voulu sortir sur-le-champ, mais leur cicerone, à cheval sur le règlement, les obligea impitoyablement à suivre la filière et à traverser tout l’immense bâtiment. La princesse marchait vite en avant, sans se retourner, sans rien voir ; vainement les jacinthes et les tubéreuses l’appelaient de leurs parfums, vainement les orchidées étendaient à portée de la main leurs formes bizarres et tourmentées, elle passa sans rien regarder. Arrivée au bout, dans la serre des fougères et des mousses, elle se retourna vers Michel. Une verdure tendre et délicate les entourait de toutes parts : on eût dit la robe de printemps qu’avril met aux jeunes futaies.

— Toujours, alors ? dit-elle à Michel.

— Toujours ! Vous ne serez pas seule dans la vie. Si quelque danger vous menace, je serai là.

— Merci, dit-elle. Adieu…

Elle sortit et regagna son traîneau presque en courant.

Michel, brisé par la lutte de tant de sentiments divers, resta un instant comme accablé ; puis il redressa bientôt sa haute taille et se dirigea le long du quai. Il atteignit la grande Néva, et se mit en devoir de la traverser à pied. Arrivé au milieu, il regarda autour de lui. Devant, derrière, partout, il était environné de blocs de glace hérissés et confus, mal recouverts par la neige. Cette année-là, la prise de glace avait été soudaine ; les glaçons énormes, poussés par un vent violent, s’étaient heurtés les uns contre les autres, produisant, sur toute l’immense surface, des obstacles parfois difficiles à franchir. C’était l’hiver dans sa majestueuse horreur glacée…

— L’hiver, l’hiver éternel pour moi ! se dit Michel plein de désespoir.

Dans le ciel bleu, les dômes des églises reluisaient au soleil d’hiver. Juillet et décembre font également briller les clochers d’or, – image de la foi qui ne craint pas la neige, mais qui élève incessamment vers le ciel sa prière fervente.

— Je crois en elle, se dit le jeune homme à demi consolé, et elle m’aime… Au Caucase !

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