‹ La Puce de Mme DesrochesChapitre 8 sur 9 · C. DES ROCHES.

C. DES ROCHES.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE DE MACEFER.

PUCE _qui as entamé D'un petit bec affamé Le teton de ma Charite, Pour y puiser la liqueur Nourrice du petit cœur Qui ton petit corps agite,_

_Du sang que tu y as pris Sont animez les espris Qui donnent vie à Madame; Du sang que tu as sucçé Ores dans ton corps mussé Tu t'es composée vne ame._

_Promethe vola le feu Qui anima peu à peu Le corps de l'homme de terre: Du sang que tu as osé Derober est composé L'esprit que ton corps enserre._

_Mais un vautour ravissant Va tous les jours punissant Le larcin du vieil Promethe: Tu veux par un tel forfait Que de ton corps il soit fait Une huitiesme Planete._

_Di moy, qui eust peu penser Qu'on voulut recompenser D'un loyer si honorable Le larcin qui, odieux Et aux hommes et aux Dieux, Leur a semblé punissable?_

_Entre le nombre infini Des hommes qui ont puni Une si cruelle offense, Un Lycurge s'est trouvé Qui ce vice a approuvé, Et l'a passé en souffrance._

_Qu'il n'appelle cette fois Le Dieu autheur de ses loix Fauteur de sa volerie, Qui hait encor, ce dit-on, Cet ingenieux larron Qui vola sa bergerie._

_Et bien, si tu veux user, Pour ton vol authoriser, De la regle Laconique, Puce, au moins contente toy De ce que la douce loy Ne punit ton fait inique._

_Et ne crois que dans les cieux D'un courage ambitieux Ores ton petit cors saute: Car le celeste pourpris Ne peut estre juste pris D'une si injuste faute._

_Tu peux bien, pour t'excuser De ce tien vol, accuser Ceste marastre nature Qui veut qu'un sang rougissant, Lequel tu vas ravissant, Soit ta seule nourriture._

_Nature, qui t'a donné Ton estre, a bien ordonné Que tu vivrais de rapine: Mais, pour punir ton peché, Ell' veut qu'un ongle fasché Creve ta foible poitrine._

_L'effort de ton petit saut Ne te peut guinder si haut Comme lon te fait accroire, Ni des beaux vers le monceau Qu'apprend ce docte troupeau Au temple de la Memoire._

_Que si tu veux emprunter Des aisles pour y monter, Je crains que la cire en fonde, Et que, cherchant un bon heur, En desastre et en malheur Icare tu ne seconde._

SONNET DU MESME.

_Archer ingenieux qui, par moyens rusez Avez en tant de lieux percé mon cœur fragile, Qui frappez seurement de la flesche subtile Aussi tost que de l'œil le but où vous visez,_

_Faites, je vous supply, et si bien m'instruisez, Que je puisse percer, par une adresse habile, Ce Rocher endurcy, ce rocher qui à mile Aprentis de voz ars a mille traits brisez._

_J'ay tant de fois voulu à ce Roc faire breche, Tant de fois decoché de mon arc une fleche, Et tant de fois j'ay veu ma fleche reboucher._

_Faudroit-il, je vous pri, pour luy donner entrée, Qu'elle eut la pointe humide en lieu d'estre acerée, Veu que la goute d'eau entame le Rocher?_

[Ornement]

LA PUCE DE RAOUL CAILLER.

POITEVIN.

BIEN _que plusieurs doctes espris T'ayent vanté en leurs escris, Loüans ta vie tant heureuse, On n'a point encor toutesfois Chanté comme tu meritois Ce qui te rend plus merveilleuse._

_Puce, je te veux donc chanter, Puce, je te veux donc vanter, Si je puis, selon ton merite; Puis te donray, t'ayant chanté, A celle qui a merité Une loüange non petite._

_Mais, Puce, pour te bien vanter, Mais, Puce, pour te bien chanter, Il faut entendre ta naissance: C'est la corde qu'il faut sonner Auparavant que d'entonner Tes mignardises on commence._

_Ceux là qui te veulent blasmer, Ceux qui te veulent diffamer, Reprochent que tu prens naissance D'un puant et sale sujet, Et que tel est souvent l'effect Que la cause qui le devance._

_Mais ce n'est parler contre toy, C'est reprendre l'ordre et la loy Et le reglement de ce monde: Tout ce qui prend commencement S'engendre par corrompement, En l'air, en la terre et en l'onde._

_Si tousjours demeuroient entiers Du monde les corps semanciers, Tout cherroit en un piteux estre: Mais de leur putrefaction Ressort la generation De toutes choses qu'on fait naistre._

_Dieu veut que d'un corps le tombeau D'un autre corps soit le berceau. Telle est ça bas sa pourvoyance: Ces loix à nature il donna, Quand de ses doits il ordonna Les Cieux et leur nombreus dance._

_Aussi tout ce grand univers, Ce beau bastiment tant divers, Est sorti du goufreux desordre Du chaos en soy mutiné, Et dedans le rien d'un rien né, Sans pois, sans mesure et sans ordre._

_Le petit monde, qui comprend Toutes les parties du grand, De qui prend-il son origine? D'un excrement surabondant Petit à petit s'amassant, Semblable à l'escume marine._

_Il ne te faut doncques blâmer, Il ne faut pas te diffamer, Ores que tu sois engendrée De quelques sales excremens: Petis sont les commencemens De l'œuvre bien elabourée._

_Mais plustost loüer je te veux, Et l'on devroit estre envieux De ta naissance si soudaine, Veu que les autres animaux, Presageant leurs futurs travaux, Naissent avecques si grand peine._

_De peur que par un mouvement En un si long retardement Leur matiere soit difformée, Dans le ventre d'un vaisseau neuf Ou dans la coquille d'un œuf Elle a besoin d'estre enfermée._

_Toy, te hastant de veoir le jour, Tu ne veux faire long sejour Dedans ta bourbeuse matiere: Aussi t'est aisément acquis, Puce, tout ce qui est requis A te faire veoir la lumiere._

_Sans plus, du Soleil la chaleur Et de la terre la moiteur Sont requises à ta naissance, Aussi la nature se plaist A ramener sans autre apprest En effect soudain ta puissance._

_Pour ton espece conserver, Tu n'as la peine de couver Mille petits œufs sous ton ventre: Et si n'es sujette à la loy Des autres bestes, car en toy La semence du masle n'entre._

_Comme sans l'aide de Cypris Ton premier estre tu as pris, Tu te peux bien passer encore (Sans faire hommage à cet enfant Qui des hommes va triomfant) De celle qu'en Paphe on adore._

_Heureuse puis que le flambeau Qui brule mesme dedans l'eau N'attrape ta petite masse; Puis que le froid, qui sans repos_ _Nous va penetrant jusqu'aux os, Ta chair tendrelette ne glace._

_Il est bien vray qu'un autre yver, Qu'une grande froideur de l'air, Esteint la chaleur qui t'avie; Mais ce n'est à toy seulement Que la froideur d'un element Si penetrant ravit la vie._

_Le chaud de nature est amy, Mais le froid est son ennemy, Contraire à toute bonne chose, Aux herbes ostant la vigueur, Aux bois ravissant leur honneur, Et reserrant la fleur esclose._

_O Puce, qu'heureuse tu es De naistre ainsi comme tu nais! Mais encor es tu plus heureuse De vivre ainsi comme tu vis, Sucçant le sang dont tu nourris Ta petite ame vigoureuse._

_T'accrochant sur un marbre blanc, Tu en fais decouler le sang Dont tes levres sont enyvrées, Ou bien tu baises quand tu veux La bouche, le nez et les yeux Des pucelettes empourprées._

_Tu mors et remors le beau sein, Les blanches mains et le tetin De la pucelle qui s'amuse A filer, coudre ou s'attifer; Et quand sa main te veut gripper Soudain tu descouvres sa ruse._

_Ja desja preste à t'escacher, Elle te roule sur sa chair, Mais si bien tu sçais te deffendre, Que d'un tremoussement divers Dans sa chemise tu te perds, Où tu n'es pas facile à prendre._

SONET DU MESME A MAD. DES ROCHES.

_Si d'un vers mal-coulant j'ose ennuyer vos yeux Et vous faire present de chose si petite, Je prie que vostre œil contre moy ne s'irrite, Et supplie vos doits de m'estre gracieux._

_Madame, un jour viendra que ma main sçaura mieux Coucher sur le papier la loüange non dite, Que vostre noble esprit sur tout autre merite, Quand m'auront esclairé vos Soleils gracieux._

_Ou si j'ay merité vous sentir rigoureuse, Embrazez ce papier d'une œillade flammeuse, Vos yeux seront vangeurs du tort qu'on leur a fait._

_Mais ce n'est au papier que vous vous devez prendre: Punissez moy d'avoir osé tant entreprendre, Pardonnant au papier qui ne vous a forfait._

[Ornement]

[Ornement]

SUR L'APOTHEOSE DE LA PUCE.

SONET.

DU _meurtrier d'Orion la venimeuse panse Et les bras estendus, plus qu'en leur part des cieux, Avoient empoisonné tous ces terrestres lieux, Si qu'on n'oyoit que mort, que sang, que violence._

_On void aneantis par la juste balance De ce signe nuisant les effets odieux, Et le ciel l'a vomi dans le lac stygieux, Espoir pour l'avenir de meilleure influence._

_Pour remplir l'ornement du Baudrier estoilé, La Puce, humble animant, au lieu vuide a volé, Et, fait astre nouvel, aux mois tardifs rayonne._

_Par l'heureuse faveur des suffrages exquis De la docte Pleiade ell' a ce rang acquis Et par la douce voix de la belle Erigone._

DE LA GUERINIÈRE.

[Ornement]

[Ornement]

LA PUCE DE LOMMEAUD,

SAUMUROIS.

QUE _vous estes bien abusez, Poëtes qui vous amusez A descrire cette puçette Qui travaille cette Rochette Que, sous un petit animal Qui jour et nuit luy fait du mal, Remplis de fureurs poetiques, Vous honorez de vos cantiques! Devriez-vous, ô bons esprits, Graver en vos divins escris La Puce qui sans fin mordille Cette belle pucelle fille? Ell' se musse dans ses cheveux, Frisez, retors de mille neus; De ses cheveux elle sautelle Sur son sein vermeil qui pommelle, Puis ell' s'ecoule bondissant Sur un petit rond fleurissant, Rond vermeillet comme une rose, Où la puce souvent repose. Cessez donques de loüanger Cette Puce qui veut manger D'une charneure si doüillette. Que d'entre vous quelque Poete S'efforce, sans nous le celer, Cette dame depuceler, (Cette dame toute divine Ornée de rare doctrine) Si d'elle il a quelque pitié, Ou luy porte quelque amitié._

[Ornement]

[Ornement]

VERS DE PIERRE SOULFOUR,

PRESIDENT.

(Traduit du latin.)

AUX _Grands Jours n'y a rien d'égal, Et rien de petit ne s'y treuve: La Puce, un petit animal, Logée au Ciel, nous en fait preuve._

A LA PUCE.

_Puce, tu t'es bien abusée De te prendre à un tel morceau: Où penses-tu estre posée, Volant sur ce tertre jumeau?_

_Tu ressemble à ce taon champestre Qui droit dessus la peau vola, Pour y cuider son bec repaistre, Du taureau que Myron tailla._

_L'airain pur, et non la chair vive, Luy repoussa son petit soc: O Puce! la blancheur naïve Que tu picotes, c'est un roc,_

_Un roc de marbre que la Muse A basti loin de Cytheron, D'autre artifice et plus grand' ruse Que n'est le Taureau de Myron._

TRADUCTION DU LATIN.

_Ce que la mouche fit au Taureau de Myron, Toy, petit animal, tu l'as fait au giron, Ou quelque peu plus haut, au sein d'une Deesse. Tous deux estes trompez d'une mesme simplesse:_

_L'un s'est pris à l'airain, l'autre s'abuse au roc. Mais toy, plus avisé, poussant ton petit soc Sur l'yvoire poli de sa chaste mamelle, En touchant l'immortel tu te rens immortelle._

APOLLON EN PUCE.

_O Puce, vien donc mon esprit De ta vive fureur attaindre, Afin que par le mien escrit Ton loz en mon vers puisse empraindre._

_Puce Muse, ô Puce Apollon, Je te reclame, il n'y a ame Qui n'ait senti ton aiguillon Et ton puissant entousiasme._

_Apollon, jadis, en tirant L'oreille de ce grand Virgile, Luy donna le stil doux coulant Pour chanter Chromis et Mnasile._

_Ta vertu est certainement A celle de Phœbus pareille, Tu nous eschaufe également, Chacun a la Puce à l'oreille._

_O Puce des Puces l'honneur, Puce des pucelles compagne, Tu as mis en rut et fureur La France, l'Itale et l'Espagne._

_Moymesme qui suis de bien loin, Et qui cloche apres la grand' bande, Si suis-je attaint du mesme soin, Qui me violente et commande._

_Un Elephant et un Grifon Sont plus grands que toy de corsage, Mais si nous posons ton renom, Tu as bien sur eux l'avantage._

_Un Elephant, si grand soit-il, Ne peut musser sa grandeur vaine Au beau sein où toy, plus subtil, Puce, tu caches ton ebene._

_Un Elephant ne pourroit pas, Comme l'oyseau porte-tonnerre, Par l'air subtil guider ses pas, Sans se laisser tomber à terre._

_Mais toy tu fais encore mieux Que cest oyseau qui son œil darde Vers le plus clair flambeau des cieux, Car seulement il le regarde._

_Toy, tu as trop mieux regardé, Puis franchi d'un brave courage, De plein vol, et puis possedé Le plus bel astre de nostre âge._

_Volans droit, tu sçeus te percher Sur cette colline jumelle Où devant toy se vint nicher La Muse et la Grace avec elle._

_Icarus ainsi ne vola Avecques sa plume cirée; Mais en trebuchant il bailla Le nom à la mer Icarée._

_C'est pourquoy je ne pense pas Que comme une Puce commune Tu nous apparaisse icy bas, Ton vol ne despend de fortune._

_Tu es quelque Demon mussé Finement là, si dire j'ose; Tu es Apollon deguisé Dessous cette Metamorphose._

_Apollon a jadis hanté Son Helicon et son Parnasse, Et s'en est longtemps contenté, Fuyant le bruit du populace,_

_Car tousjours a hay les lieux Où ce sot peuple l'accompagne, Et suivi les rocs sourcilleux, Et les costaux et la montagne._

_Estant seul, un jour s'apperçeut Que la Muse avoit fait eschange De la roche où le cheval beut Avec une autre Roche estrange._

_Et que mesme elle avoit laissé La double roche Parnasine, Et son nouveau temple posé Dans une Roche Poitevine._

_Alors droit en Poitou tira Et, se formant en une Puce, Sur ce double yvoire vola Sur lequel à présent se musse._

_O Puce, n'est-ce pas cela? Je l'ay trouvé, c'est par ta grace. Ne puisses tu bouger de la: A un tel hoste telle place._

[Ornement]

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LA CONTRE-PUCE DE RAPIN.

PUCE _que tant de bons espris Pour sujet de leurs vers ont pris, Qui t'ont trouvée si habile Que, la Muse les échaufant, Ils t'ont fait un grand Elefant, Par leur invention gentille,_

_Tu as eu cet heur aux Grans jours, Aussi c'est volontiers tousjours Le temps que tu te fais conoistre, Quand le Soleil plus haut monté, Des moites chaleurs de l'esté Dans la poussiere te fait naistre._

_Mais s'il se falloit amuser A la verité deguiser D'une flateuse couverture, J'aymerois mieux chanter le poux, Qui s'engendre et se paist de noux Plus amy de nostre nature._

_Je dirois la punaise aussi, Et le morpion racoursi, Qui s'attache à nostre substance; Mais je ne sceu jamais traiter Un sujet où il faut vanter Le mal contre la conscience._

_Ceux qui t'elevent jusqu'aux cieux Toutesfois ne t'ayment pas mieux Que moy qui te blasme et despite; Et quand visiter les voudras, Ils te chasseront de leurs dras, Pour belle qu'ils t'ont descrite._

_Encor dit-on que l'argument Où ils ont pris le fondement De te louer par artifice Meritoit mieux d'estre vangé, Et à ces Grans jours corrigé Par les voyes de la Justice._

_On conte que, de guet à pend Peu à peu glissant et rampant, Du bas où tu fais ta retraite Tu t'estois perchée en un lieu Duquel Prince ni demidieu N'aproche la main indiscrette._

_Entre deux tertres arrondis Tu acrochois tes pieds hardis Au fonds d'une campagne belle, Et apres mille petits sauts Et mille cauteleux assauts, Tu osois poindre une pucelle._

_Ainsi que dans un large estang, A plain gosier tu beus son sang, Et pour reste de ton audace, Comme les taons veneneux font, Tu fis encor d'un pourpre rond Marqueter et rougir la place._

_Pour une telle cruauté, Puce, tu avois merité Qu'entre deux presses cristallines On te fit le ventre crever, Qui s'estoit osé abreuver De belles liqueurs nectarines._

_L'assassinat qualifié, Par deux tesmoins verifié, Te convainquoit d'estre coulpable; Mais ceux qui te devoient punir Les premiers osent maintenir Que ton fait estoit excusable._

_He! sangsue du cors humain, Les deux premiers doits de la main Comme sergens te devoient prendre, De salive un peu preparez, Et les deux pouces acerez Par beau millieu te devoient fendre._

_Le Prince fort bien ordonna Qui un gros salaire donna Au page qui t'avoit surprise Dessus sa robe sautelant, Et secrettement te coulant Dans le colet de sa chemise._

_Mais il trompa l'espoir de ceux Qui prirent le poux paresseux, S'atendans à plus grosse somme: Car, comme il respondit, tu viens De la sale ordure des chiens, Et le poux ne vient que de l'homme._

_On conte que quand Jupiter Se voulut un jour despiter Contre ses fermiers de la terre, Au lieu où son foudre arriva Mille vermines on trouva Future domestique guerre._

_Les taons, les guespes, les cheussons, Qui ont des plus picquans fissons, Et les Aragnes y nasquirent, Les punaises, les morpions, Les souris et les scorpions Aupres de toy, Puce, en sortirent._

_Mais entre tous ces animaux Qui sont nos plus familiers maux, Puce, tu nous fais plus de peine: Les autres sont pris aisément, Et tu as un fretillement Qui empesche qu'on ne te prenne._

_L'ennemy plus lourd et pesant, Encores qu'il soit malfaisant, Et toutesfois est moins à craindre: A toute heure on le peut domter; Mais on doit celuy redouter Qui est plus difficile à joindre._

_Tu nous fais éblouir les yeux Te remuant en divers lieux, Tant tu és agile et rusee: La main qui te pense écacher Te tournoyant dessus la chair Bien souvent se trouve abusée._

_La Pucelle, qui ne sçait pas Les lieux où tu prens tes repas, S'y trompe une serée entiere: La vieille ne fait que jouër, T'attendant à l'abreuvoër Où elle dresse sa panthiere._

_Quantefois j'ay veu, au matin, De ma maistresse le tetin Picoté de tes noires traces! Et si là j'en voyois l'effet, Dieu sçait si tu n'avois point fait Encores pis en d'autres places._

_Ceux qui t'ont fait par fiction Estre la fille d'Orion Ont bien trouvé ton origine: Car Orion est un pisseur, Et tu nais de l'orde espesseur Qui se detrampe avec l'urine._

_Puis ce qu'on faint que Pan t'ayma Quand Jupiter te transforma En cette petitesse noire, Si Pan n'estoit qu'un vieil bouquin, Salle et ord, puant et faquin, Celà n'est pas fascheux à croire._

_Quant à moy, je ne te crains rien, Car Dieu mercy j'ay le moyen D'eviter ta salle morsure: Je me sçay tenir nettement Au linge et en l'accoustrement, C'est la recepte la plus seure._

_La chambre souvent balloyer, Le haut et le bas nettoyer, S'esloigner de tous lieux infames, Est le moyen de s'exempter De toy, qui ne veut adjouter Ne coucher point avec les femmes._

_Et quand cela je n'aurois point, Encores sçay-je un autre point Pour brider ta gueule alterée: Dés le soir je m'enyvreray, Et toute la nuit dormiray Sans sentir ta pointe acerée._

[Ornement]

[Ornement]

QUATRAINS DE CATHERINE DES ROCHES

AUX POETES CHANTE-PUCES.

LA _Puce sauteloit au sommet d'une Roche D'où premiere elle vid le soleil radieux: Puis, dressant vers le Ciel son vol audacieux, Plus son pouvoir l'elogne et son desir l'aproche._

_Lors elle recognoist le danger qui s'apreste, Pensant au vol d'Icare, au cours de Phaeton, L'un mal-heureux oyseau, l'autre mauvais charton, Se repent et reprend d'avoir haussé la teste._

_O le digne ornement de la parfaite bande,_ PASQUIER, _de qui le nom, l'oraison et les vers Volent par la rondeur de ce grand Univers, La Puce maintenant vostre secours demande._

_Haussez la, grand_ CHOPIN, _de qui la voix exquise A souvent contenté ce fils de Jupiter, Ce_ DU HARLAY _qu'on void les hauts Dieux imiter, Que tout le monde admire, estime, honore et prise;_

_Le Pillier, le miroir, l'oracle de la France, Qui soutient, represente et anime sans fin Peuples, Princes et loix, brise l'air Poitevin, Pour conduire la Puce avec plus d'asseurance;_

MANGOT, _le verd printemps à la vertu chenue, Le favory des Dieux, le Mercure facond, Qui est premier de tous et n'a point de second, La sousleve, et luy fait outrepasser la nue._

_Que diray-je, ô_ ESPRIT ORNÉ DE BEAUTÉ DINE, _De vos vers doux-coulans, sinon que les neuf Sœurs Ont versé dedans eux leurs mielleuses douceurs Pour attirer au Ciel la Puce Poitevine._

_Celuy qui la reprend d'estre injuste et cruelle L'honore en la blasmant; il ne fait voir sinon Qu'elle est Puce fameuse et digne de renom, Et la faisant mourir il la rend immortelle._

_Ell' a pour son flambeau l'agreable lumiere Des deux freres germains par les Muses élus, Plus divins mille fois que Castor et Pollus, Car ils ne changent point leur lampe journaliere._

_Cet excellent rameau de la noble racine Qui commandoit Verone a voulu prendre soin De la petite Puce: aussi elle a besoin, Pour monter dans les Cieux, d'une_ ESCALE _divine_.

_Ainsi qu'elle approchoit du throne de sa gloire, Amour la vint saisir. Ce petit affeté En vain en est jaloux: car il est arresté Que les vers de_ BINET _luy donnent la victoire_.

_Qui seroit negligent à si loüable peine Pour donner à la Puce un gentil ornement? Le sçavant_ LA COUDRAYE _l'habille proprement, Ores à la Françoise et or' à la Romaine._

_Courage, ma mignonne, il faut prendre la place Du meurtrier d'Orion, il faut prendre ce lieu Qui vous est préparé d'un homme, mais d'un Dieu Qui vous y fait guider par les mains de la Grace._

_L'oyseau favorisé de l'archer du tonnerre, OEilladant cette Puce avec un doux regard, Luy veut prester son dos pour luy servir de chart, Et de ses ailerons mignardement l'enserre._

_Elle est placée au Ciel, et le fourier Hygine N'a marqué son logis; mais cest oyseau sacré Qui fait entre les Dieux ce qui luy vient à gré A voulu qu'elle fut un favorable signe._

_Bien-heureux qui l'aura au point de sa naissance Pour son astre ascendant, et bien-heureux aussi De qui elle prendra un gracieux soucy, Faisant couler sur luy sa celeste influence._

_Mais qui luy a donné cette chesne dorée? Vrayment cest_ LE CLAIR OR, _qui par l'eclair luysant De ses beaux vers dorez luy a fait ce present, Et par l'honneur de luy la Puce est honorée._