‹ La Quenouille de BarberineChapitre 7 sur 9 · Scène IV.

Scène IV.

Un camp.

Entrent ULRIC et quelques chevaliers.

ULRIC, à part, regardant le miroir.

C’est bien elle, je ne puis détacher mes yeux de cette glace. Oui, voilà Barberine ; je distingue ses traits, son visage ; ah ! je frissonne ; cette image a-t-elle bien toute sa blancheur, symbole de la fidélité ? n’y a-t-il point quelque teinte jaunâtre ? que Dieu me préserve !

UN DES CHEVALIERS.

Personne ne s’est autant montré que vous, seigneur comte, dans cette dernière bataille ; la faveur dont le roi vous honore doit remplir votre cœur ; un avancement si rapide, si glorieux ! votre fortune est dans vos mains.

ULRIC, à part.

La figure devient jaune. (Haut.) Excusez-moi, seigneurs, si mon esprit préoccupé…

UN AUTRE CHEVALIER.

Àpropos, votre fameux pari avec le seigneur de Rosemberg n’est pas encore terminé ? nous l’avons appris en Turquie ; tout le monde en jasait.

ULRIC, à part.

Cependant je ne sens pas cette odeur désagréable dont parlait Polacco, et qui est le dernier signe de l’infidélité. (Haut.) Dites-moi, messieurs, ne sentez-vous pas quelque odeur singulière ?

PREMIER CHEVALIER.

Non ; quelle espèce d’odeur ?

ULRIC.

Je ne sais trop ; comme du charbon éteint.

DEUXIÈME CHEVALIER.

Je ne m’en aperçois pas. Votre pari, cher comte, vous attirera une nouvelle gloire, en même temps qu’il donnera une leçon sévère à un jeune étourdi. Personne ici n’en doute.

ULRIC.

Ni moi, seigneur, comme vous pensez ; je n’en ai pas douté un instant depuis le départ de Rosemberg. C’est un fou, un écervelé.

PREMIER CHEVALIER.

L’enjeu n’est pas de peu d’importance.

ULRIC, regardant le miroir.

Assurément ce n’est pas là du blanc.

LE DEUXIÈME CHEVALIER.

Il n’y va pas moins, nous a-t-on dit, que de votre fortune entière. C’est une noble gageure, et qui fait autant d’honneur à votre comtesse qu’à vous-même.

PREMIER CHEVALIER.

Vous paraissez considérer ce miroir avec attention.

ULRIC.

Juste Dieu ! je n’en puis plus.

DEUXIÈME CHEVALIER.

Qu’avez-vous, seigneur ? qu’y a-t-il ? vous êtes pâle comme la mort.

ULRIC

Ce n’est rien ; une légère douleur ; j’y suis sujet depuis mon enfance.

PREMIER CHEVALIER

En vérité, cela est effrayant ; votre visage a changé tout à coup.

ULRIC

Àcheval ! le clairon sonne. Allons, seigneurs, séparons-nous.

(Ils sortent.)

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