‹ La Samaritaine, évangile en trois tableaux, en versChapitre 1 sur 8 · L'HOMME.

L'HOMME.

Pourquoi le mont Ébal a-t-il donc sur ses pentes Tous ces jolis murs clairs pleins de vignes grimpantes? Je tâche d'oublier. Je fais comme Noé. Les païens m'ont appris un beau mot: «Evohé!»

AZRIEL, qui est resté jusque-là silencieux et languissant.

Il a raison. La lutte est impossible.

PREMIER VIEILLARD.

Certe, Lutter est dur. Il est plus doux de vivre, inerte, Entre des bras fleuris et souples. Toi, mon fils, Qui savais t'indigner si grandement jadis! Suivre cette Photine; être aimé le sixième! Car elle eut cinq amants jusqu'à ce jour...

AZRIEL.

Je l'aime. --Et puis je ne sais plus où me prendre. Je crois Impossible la reconquête de nos droits! Qu'un homme passe, un vrai, je suis prêt à le suivre. En attendant,

(Montrant l'ivrogne.)

je fais comme lui: je m'enivre. Lui, c'est un vin léger qui le rend oublieux. Moi, c'est le vin plus fort des lèvres et des yeux!

PREMIER VIEILLARD.

On se rassemble, et c'est toujours la même chose: Nul ne propose rien!

UN MARCHAND.

Mais si!... Moi!... Je propose De flatter les Romains! Gagnons-les peu à peu. Après, contre les Juifs, on verra si l'on peut...

UN HOMME, sortant violemment de la foule.

Toi, tu crains le désordre où le commerce crève! L'ordre brutal te plaît. Tu l'aimes, le bon glaive! Et, tant qu'il gardera ton or de son tranchant, Tu tendras à son plat tes épaules, marchand!

LE MARCHAND.

Mais...

Page 1