L'HOMME.
Tais-toi! Moi, je suis pour agir tout de suite! La révolte! Imitons Judas le Gaulonite! Ne payons plus l'impôt, et refusons tout net Les dîmes sur le sel, le cumin ou l'aneth!
LE PRÊTRE.
Oui, voler! violer! mettre à profit l'émeute!... Assez! On te connaît, et les chiens de ta meute! Je propose ceci, moi: rassembler l'argent Qu'il faut pour rebâtir le temple; c'est urgent! Les Juifs ne pourront pas empêcher cet outrage À leur gloire, et Caïphe en périra de rage! Nous serons bien vengés quand sur le Garizim Nous fêterons, mieux qu'eux, la fête des Purim! Rebâtissez le temple, amis; faites renaître Un culte somptueux,--et nommez un grand-prêtre, Et qu'on entende encor vers le ciel étoilé Retentir les clairons en argent martelé!
LE MARCHAND.
Sous la patte moelleuse, on sent passer la griffe! Qui sera ce grand-prêtre exaspérant Caïphe? Toi! Tu voudrais porter l'éphod de lin retors, La robe violette étincelante d'ors Où la grenade alterne avec une clochette, Et que ce soit le peuple, encor, qui te l'achète!
LE PRÊTRE.
Silence, vil marchand! Retourne à ton comptoir!
L'HOMME, qui a parlé avant le marchand.
Le prêtre est plein de fiel parce qu'on a su voir Dans son coeur.
LE PRÊTRE.
Dans le tien n'ai-je pas vu, sicaire?