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CHAPITRE IV

Les révélations astronomiques de la Grande Pyramide

L’évaluation précise de la distance de la Terre au Soleil constitue, à vrai dire, le problème capital de toute l’astronomie moderne. Son importance apparaîtra sous son vrai jour, si nous disons que de sa solution dépendent non seulement les vraies dimensions du système solaire, mais encore celle de l’Univers que nous connaissons.

La distance du Soleil à la Terre sert en effet à l’astronome d’unité de mesure, si bien qu’une erreur dans l’évaluation de cette grandeur se transmet dans toutes les directions, affectant aussi bien les distances qui nous séparent des planètes de notre propre système que celles des astres les plus voisins, ou celles des étoiles composant les plages étincelantes de la Voie lactée.

Il n’est pas jusqu’au calcul des masses qui ne soit affecté par cette évaluation: la quantité de matière contenue dans un corps céleste est déterminée effectivement à l’aide de la distance, d’après les immortelles lois de Newton, et comme la distance entre généralement dans les équations à la troisième puissance, la moindre erreur de l’unité linéaire vient troubler les résultats d’une quantité très forte.

Cette unité fondamentale mieux connue nous permettrait aussi une évaluation plus certaine et plus précise du moment de tel ou tel phénomène astronomique.

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Ces quelques considérations suffiront pour justifier l’opinion du grand astronome Airy qui soutenait que la distance du Soleil à la Terre est «le plus important problème astronomique[5]».

[5] AIRY, Monthly Notices, vol. XVII, p. 210.

Mais c’est aussi l’un des plus difficiles, car les quantités qui entrent dans les données sont si faibles, que leur détermination exacte exige toutes les ressources de la science moderne.

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Au fond, la solution du problème repose entièrement sur la détermination de la parallaxe du Soleil, c’est-à-dire sur l’évaluation du demi-diamètre angulaire de la Terre vue du Soleil.

[Illustration: PLANCHE II Passage d’Entrée de la Grande Pyramide (Dessin de l’abbé Moreux)]

Imaginez un triangle ayant pour base un rayon terrestre et pour sommet le centre du disque solaire: l’angle au sommet sera ce que les astronomes appellent la parallaxe du Soleil.

Au premier abord, la mesure de cet angle ne semble pas d’une difficulté insurmontable. On imagine aisément deux observateurs placés aux deux extrémités d’un rayon terrestre, cette dernière grandeur ayant été plusieurs fois déterminée très exactement. Si les deux observateurs visent le centre du Soleil en même temps, ils pourront, chacun séparément, déterminer la valeur des angles à la base de notre triangle. L’angle au sommet s’en déduira par là même--ainsi que la distance--et le problème sera réduit à une simple question de trigonométrie élémentaire.

Pratiquement, la somme des deux angles ainsi déterminés égale de bien près deux angles droits et on trouve que l’angle au sommet (parallaxe) est très faible et voisin de neuf secondes d’arc! Ce qui signifie que la base est très petite comparée à la hauteur du triangle.

Quand un géomètre sur la Terre veut mesurer la distance d’un point à un autre inaccessible, il choisit aussi une base mesurée soigneusement et il s’estime bien peu favorisé si cette base n’est que le dixième de la distance totale. Or l’astronome se trouve dans une position autrement critique et difficile, car sa base d’opérations est comprise entre le 1/11 000 et le 1/12 000 de la distance à mesurer.

[Illustration: L’angle qui, du Soleil, sous-tend le diamètre terrestre, est la double parallaxe du Soleil. La parallaxe solaire vaut donc la moitié de cet angle, soit 8″,806.]

Notre astronome est en tout point comparable à un arpenteur qui chercherait la distance d’un point éloigné de 16 000 mètres avec une base d’opération de 1 m. 50 environ.

Pour donner une idée de l’erreur introduite dans les mesures, disons que le moindre écart, ne fût-ce que de un dixième de seconde, fausse la distance de un centième en plus ou en moins; or un dixième de seconde est l’arc sous-tendu par un cheveu vu à 240 mètres!

En supposant la parallaxe égale à 8″,80, ce qui est très près de la vérité, on trouve pour la distance du Soleil: 149 741 000 kilomètres; et cependant une variation de 1/20 de seconde donnera une différence de un millier de kilomètres.

On voit qu’il importerait d’obtenir le centième de seconde, mais la méthode directe est loin d’offrir un si beau résultat.

Aussi le problème a-t-il de tout temps été abordé indirectement.

C’est l’histoire de ces méthodes indirectes de détermination, la plupart très élégantes, que nous allons retracer brièvement.

Avant l’ère chrétienne, Aristarque de Samos avait imaginé une méthode si ingénieuse et si jolie, qu’elle était digne de réussir. Mais les observations, fondées sur l’examen des phases de la Lune, ne comportaient pas une grande précision, surtout à cette époque. Aristarque avait, en effet, conclu que le Soleil est environ 19 fois plus éloigné que la Lune.

Le nombre qu’il admettait--8 millions de kilomètres--fut jugé exact par Ptolémée, Copernic et aussi Tycho Brahé. Képler porta cette distance à 58 millions. Il était loin de la vérité! Mais on doit à ce savant la découverte des lois qui portent encore son nom et qui devaient nous donner des méthodes indirectes pour aborder avec fruit le fameux problème de la distance du Soleil.

Grâce à Képler, on parvint en effet à donner le plan exact du système solaire; l’échelle manquait pour apprécier les grandeurs, mais désormais il suffisait de connaître l’intervalle séparant la Terre d’une planète quelconque pour fixer toutes les autres dimensions, donc la distance du Soleil.

Pour la première fois la méthode fut employée par Cassini à Paris de concert avec Richer opérant à Cayenne. Mars servit de point de repère et le résultat fut de placer le Soleil à 138 millions de kilomètres (1672). Flamsteed à la même époque et par un procédé identique arriva à 130 millions.

Ces chiffres assez concordants ne réunirent cependant pas tous les suffrages. L’Abbé Picard réduisait ces distances à 66 millions de kilomètres, tandis que La Hire les portait à 219 millions, si bien que l’incertitude continuait à être comprise entre d’énormes limites.

C’est alors que Halley, en 1676, entrevit l’utilité des planètes Mercure et Vénus pour la solution tant désirée. Ces planètes inférieures passent en effet de temps en temps, mais à d’assez rares intervalles, entre le Soleil et la Terre; elles se projettent alors comme un point noir sur le disque solaire et leur position se prête à des mesures astronomiques. Un premier passage de Mercure en 1677, donna un résultat si proche de la vraie valeur que Halley fonda de belles espérances sur une méthode plus ingénieuse que précise, l’indiquant pour les prochains passages de Vénus en 1761 et en 1769, avec prière à la postérité de se souvenir que l’idée venait d’un Anglais: toujours pratiques nos bons voisins!

Entre temps [1752] Lacaille fixait la distance du Soleil à 132 millions de kilomètres. Il semblait qu’on approchât du but. Hélas! il n’en était rien!

L’année 1761 approchait: on allait pouvoir reprendre la méthode de Halley. De fait, rien ne fut négligé pour la réussite de la campagne. Poussés par cet héroïque dévouement dont les hommes de science avaient tant de fois donné l’exemple, les astronomes s’étaient répandus sur toute la Terre. L’un d’eux, entre autres, Le Gentil de la Galaissière, parti pour l’Inde au mois de mars 1760 et empêché par la guerre que nous soutenions avec les Anglais, ne put débarquer et eut le courage d’attendre pendant huit années, à Pondichéry, le passage de 1769, perdant ainsi sa position officielle à l’Académie des sciences, où, faute de nouvelles sur son compte, on avait fini par le remplacer; risquant aussi son patrimoine qu’il avait déposé entre des mains infidèles, trouvant, paraît-il, sa femme remariée et pour comble de malheur, manquant le but de son voyage. Lors du passage de Vénus en 1761, il n’avait pu en effet que contrôler le phénomène du pont de son navire, sans pouvoir l’observer, et en 1769 un ciel chargé de nuages avait rendu impossible toute observation.

Cependant d’autres astronomes avaient été plus heureux, mais lorsque la réduction de tous les travaux fut terminée, il fallut s’avouer que la question n’avait pas avancé: le procédé comportait des sources d’erreurs considérables et l’on trouva pour la distance cherchée, toutes les valeurs comprises entre 170 et 140 millions de kilomètres.

Ce fut en vain qu’on prôna des méthodes nouvelles; même après le passage de Vénus en 1874, il fallut s’avouer que la grande unité astronomique n’avait rien gagné en certitude par l’effort combiné des astronomes. Tout ce que l’on pouvait affirmer c’est que la distance du Soleil était voisine de 148 600 000 kilomètres, avec un écart possible de plus de 2 millions et demi de kilomètres.

Il fallait en revenir à la détermination de la distance d’une planète extérieure à la Terre et c’est alors qu’en 1898, on résolut d’employer à cet effet un des astéroïdes circulant dans le voisinage de Mars. En 1900, dix-huit observatoires prirent part à la nouvelle campagne, on multiplia les clichés photographiques et pour la première fois enfin, on put fixer avec une très grande approximation cette fameuse distance du Soleil à la Terre pour laquelle les savants avaient dépensé tant d’efforts antérieurs.

A l’heure actuelle, on admet pour cette distance le nombre rond de 149 400 000 kilomètres avec une incertitude de l’ordre de 70 000 kilomètres seulement, soit dix fois le rayon du globe terrestre.

Eh bien, en multipliant la hauteur de la Grande Pyramide par un million, on trouve la distance du Soleil à la Terre en kilomètres, soit 148 208 000 kilomètres. Cette mesure n’est évidemment qu’approchée, mais le chiffre obtenu constitue une approximation bien supérieure à celle que présentait la valeur officielle de cette distance avant 1860 et qui était d’un peu plus de 154 millions de kilomètres.

Ainsi, alors que, pendant des siècles, les nations civilisées dépensaient des sommes fabuleuses, que des savants n’hésitaient pas à risquer leur vie dans des expéditions lointaines pour résoudre «le plus important problème astronomique», n’est-il pas extraordinaire de penser que cette solution était symbolisée et monumentalisée pour ainsi dire dans la Grande Pyramide depuis des milliers d’années; qu’il eût suffi à nos astronomes modernes de savoir lire les symboles cachés dans ces dimensions et que les constructeurs de ce grand édifice étaient arrivés à une approximation dont nous aurions été fiers à bon droit à la fin du XIXe siècle!

Les astronomes égyptiens ne paraissent pas avoir borné là leurs calculs. Si nous multiplions, en effet, le pouce pyramidal par 100 milliards, nous obtenons la longueur du parcours de la Terre sur son orbite en un jour de 24 heures et cela avec une approximation plus grande que ne pourraient le permettre nos unités actuelles, le yard ou le mètre français.

Enfin, dernière constatation à laquelle je suis arrivé en reprenant récemment tous les calculs, si l’on exprime en coudées pyramidales cet arc décrit par notre planète en un jour de 24 heures solaires moyennes, on trouve un nombre qui est un multiple de 3,1416 ou mieux de 2π, expression qui joue un rôle si important en mathématiques.

Qu’on ne dise pas encore une fois que tout cela est dû au hasard; que les Égyptiens étaient ignorants des conquêtes de l’Astronomie, les faits seraient là pour indiquer le contraire.

C’est ainsi que le passage d’entrée de la Grande Pyramide regardait l’étoile polaire de l’époque dont on pouvait suivre les digressions à n’importe quelle heure de la journée. Les travaux de Sir John Herschel et de Piazzi-Smith ne laissent aucun doute à cet égard: les constatations de ces deux astronomes sont un peu trop techniques pour que je les rapporte ici, mais elles sont presque aussi troublantes que les coïncidences énoncées au cours de ces pages.

Quoi qu’il soit, ces révélations sont d’autant plus mystérieuses que jusqu’ici les historiens sont unanimes dans l’affirmation des faits suivants:

Les anciens Égyptiens n’ont fait aucune allusion au rapport de la circonférence au diamètre, ni au nombre π; on ne voit nulle part qu’ils aient fait un usage exclusif, comme multiplication ou comme division des nombres 2, 3, 5, 7 essentiellement pyramidaux; rien ne nous laisse supposer qu’ils connaissaient les rapports de la latitude avec la hauteur du pôle, ni qu’ils aient eu une idée nette de la réfraction due aux couches d’air; ils ignoraient sans doute la grosseur de la Terre; ils n’employaient pas habituellement la coudée sacrée et ils étaient loin de penser peut-être que cette coudée représente une fraction exacte du rayon polaire de notre globe; à plus forte raison n’avaient-ils pu évaluer en coudées pyramidales le chemin parcouru par la Terre dans sa révolution autour du Soleil; ils n’avaient pas arpenté le sphéroïde terrestre ni mesuré la distance de la Terre au Soleil; le poids de la Terre et de sa température moyenne étaient en dehors de leur pensée; leurs mesures de capacité et de poids n’avaient pas été déduites des données pyramidales; ils ne font jamais mention de la Polaire ni des années de la précession, etc., etc.

Or, que toutes ces conquêtes de la science moderne soient dans la Grande Pyramide, à l’état de grandeurs naturelles, mesurées et toujours mesurables, ayant seulement besoin, pour se montrer au grand jour, de la signification métrique qu’elles portent avec elles, c’est évidemment inexplicable d’après nos données sur la civilisation antique, mais c’est un fait qu’on n’essayerait vainement de révoquer en doute et qui plonge les savants actuels dans la plus grande stupéfaction.

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