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CHAPITRE VII

A la lueur des étoiles

Par certains exemples déjà donnés, nous avons vu que les astronomes de l’antiquité faisaient un usage courant des constellations. On s’est donc demandé quelle est la véritable origine de ces groupements conventionnels d’étoiles.

Déjà, le poète Aratus, l’an 280 avant notre ère, nous donne une description détaillée du ciel dans un poème intitulé: Les Phénomènes et les Signes, mais l’auteur en avait tiré la substance, d’un ouvrage composé par Eudoxe, un siècle avant lui.

Il faut donc remonter beaucoup plus avant et, ici, nous devons faire une distinction entre ce que l’on appelle le Zodiaque et les constellations éparses sur la voûte céleste. Ces dernières étaient, pour ainsi dire, toutes spéculatives; à part les constellations voisines du pôle et qui pouvaient servir aux voyageurs pour leur indiquer la direction du Nord, les autres ne pouvaient être d’aucune utilité.

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Il n’en était pas de même du Zodiaque, bande assez large dont le milieu est occupé par l’écliptique, ce grand cercle de la sphère sur lequel a lieu le mouvement annuel et apparent du Soleil; c’est là aussi que se meuvent les planètes; les mouvements de ces astres s’écartent peu du plan de notre orbite; il s’ensuit donc nécessairement que leurs projections apparentes sur la sphère céleste sont toujours au voisinage de l’écliptique.

La bande zodiacale a été divisée en douze constellations faisant le tour entier du ciel, et comme le Soleil les parcourt en une année, soit 360 degrés en 365 jours, il en résulte que notre astre central effectue à peu près 1 degré par jour dans le sens opposé au mouvement diurne de la sphère, soit 30 degrés en un mois ou à peu près. Mais il s’en faut de beaucoup que chaque constellation zodiacale ait une étendue exacte de 30 degrés; ce n’est donc que théoriquement que le Soleil entre chaque mois dans une constellation différente. A l’heure actuelle, les constellations du Zodiaque sont énoncées dans les deux vers latins suivants, faciles à retenir:

Sunt Aries, Taurus, Gemini, Cancer, Leo, Virgo, Libraque, Scorpius, Arcitenens, Caper, Amphora, Pisces;

ou, en français:

le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, ♈︎ ♉︎ ♊︎ ♋︎

le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion, ♌︎ ♍︎ ♎︎ ♏︎

le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau, les Poissons. ♐︎ ♑︎ ♒︎ ♓︎

Les signes conventionnels que nous donnons doivent être connus de nos lecteurs, car ils se trouvent dans tous les Almanachs.

Comme en vertu de la précession, l’intersection de l’équateur et de l’écliptique, marquant l’équinoxe de printemps, se déplace dans le ciel, on conçoit que la considération d’un Zodiaque ancien soit très précieuse pour un archéologue; de son examen, on en peut déduire, en effet, l’époque sous laquelle ce Zodiaque a été construit. On s’explique ainsi l’enthousiasme qu’excita la trouvaille, en 1798, des Zodiaques égyptiens de Dendérah et d’Esneh.

Ces Zodiaques placent en effet l’équinoxe de printemps loin de sa position actuelle et leur découverte parut tout d’abord confirmer les vues des astronomes Bailly et Dupuis, réclamant pour les Égyptiens une antique connaissance des constellations zodiacales.

Malheureusement, nous savons aujourd’hui que ces représentations ont été faites après coup, à l’époque romaine et ont été copiées sur les Zodiaques grecs.

Tout nous prouve au contraire que les anciens Égyptiens n’ont pas fait usage du Zodiaque; leurs 12 mois lunaires de 30 jours étaient bien divisés en trois parties de 10 jours chacune, mais ces décans n’étaient pas systématiquement rapportés à l’écliptique.

L’origine du Zodiaque est sans aucun doute chaldéenne. Des tablettes très anciennes en mentionnent plusieurs constellations, mais la série complète n’a pas encore été découverte. Quoi qu’il en soit, les documents les plus antiques nous révèlent que 3 000 ans avant l’ère chrétienne, les astronomes chaldéens avaient noté que le printemps commençait au moment où le Soleil occupait le Taureau, symbole de Mardouk qui signifie Soleil du printemps. Par contre, le Scorpion correspondait à l’équinoxe d’automne; puis venait l’hiver, avec ses signes aquatiques: le Verseau et les Poissons, ainsi qu’il convenait pour une saison pluvieuse.

Une autre tablette plus récente nous apprend qu’au temps d’Assurbanipal (vers 650 avant J.-C.) le Zodiaque était sûrement complet; le document cunéiforme est divisé en 12 secteurs égaux, un pour chaque mois dont le commencement, ainsi que celui de chaque décade, est fixé par le lever héliaque d’une étoile propre.

[Illustration: PARTIE DU ZODIAQUE DE DENDÉRAH L’ensemble forme un véritable monument de pierre qu’on peut voir dans une de nos salles du Musée du Louvre.]

Un siècle après, la pratique du Zodiaque est courante. Une tablette datant de la septième année de Cambyse (522 avant J. C.) porte les noms des 12 signes qui furent désormais employés jusqu’à notre ère, et ces douze signes sont divisés en trois parties valant chacune 10 degrés. Le premier signe y est désigné par la syllabe Ku et comprenait le Bélier ou Dil-gan.

Ainsi, non seulement nous sommes certains que l’origine du Zodiaque est chaldéenne, mais nous avons l’explication d’un fait assez étrange au premier abord: la division du cercle en 360 degrés, division calquée sur la valeur approximative du déplacement du Soleil parmi les constellations zodiacales. Peut-être est-ce là l’origine du système duodécimal associé de bonne heure au système décimal qui prévalut dans la suite pour les usages pratiques.

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Si de patients archéologues n’étaient parvenus à déchiffrer les textes de tablettes chaldéennes datant de 5 000 ans, nous en serions encore à nous demander d’où vient cette curieuse manière de diviser les arcs et les heures en degrés, minutes et secondes séxagésimales. Sans doute, on avait bien pensé que ces subdivisions étaient conventionnelles, mais une convention réside toujours sur un fait initial qui seul peut servir d’explication.

Et cette constatation prouve encore ceci: c’est que des traditions même scientifiques peuvent se transmettre à travers 50 siècles sans subir d’altération, alors que le mécanisme des méthodes, au contraire, s’efface très vite de la mémoire des hommes.

Cette considération est d’une importance capitale pour l’Histoire et l’on ne saurait trop la mettre en relief, ne serait-ce que pour répondre à toute une école de contemporains qui méprisent les traditions et sont portés à ne voir en elles que les fluctuations de croyances populaires s’altérant au cours des âges. Professer cette dernière opinion, c’est à mon avis, méconnaître les lois les plus essentielles de la psychologie et se mettre en désaccord avec toute l’histoire de la science.

Je n’insiste pas, car les considérations suivantes vont être de nature à corroborer singulièrement mes affirmations.

Parmi les constellations modernes qui sont au nombre de 80 à 100 suivant les notations, 48 d’entre elles figurent sur le plus ancien catalogue connu: celui d’Hipparque dressé l’an 150 avant notre ère.

Mais Hipparque n’avait fait que fixer les positions des étoiles; les noms avaient été empruntés à une nomenclature déjà connue de son temps et qui semble s’être transmise de génération en génération. A cette époque, la sphère d’Eudoxe était célèbre et elle datait déjà de deux siècles et demi. Nul doute d’ailleurs que les Grecs n’aient emprunté la plupart de leurs constellations aux peuples orientaux et surtout, peut-être, aux Égyptiens. En tout cas, Homère, dans l’Iliade et l’Odyssée, mentionne Sirius la brillante étoile du Grand Chien, Orion, les Hyades et les Pléïades; enfin l’Ourse que garde déjà le Bouvier.

Les Hébreux qui vécurent si longtemps chez les Égyptiens, connaissaient nos constellations.

En parlant de la puissance de Dieu, Job s’écrie:

«Il commande au Soleil... Il met un sceau sur les étoiles. Seul, il étend les cieux, Il marche sur les hauteurs de la mer. Il a créé la Grande Ourse, Orion, les Pléïades Et les régions du ciel austral»

(JOB, IX, 79)

Plus loin c’est le Créateur lui-même qui répond à Job (XXXVIII, 4, 31).

«Où étais-tu quand je posais les fondements de la Terre? Qui en a déterminé les dimensions? Sur quoi ses bases reposent-elles, Ou qui en a posé la pierre angulaire, Quand les astres du matin chantaient en chœur...? Est-ce toi qui serres les liens des Pléïades, Ou pourrais-tu relâcher les chaînes d’Orion? Est-ce toi qui fais lever les constellations en leur temps, Qui conduis l’Ourse avec ses petits? Connais-tu les lois du Ciel?»

Dans Amos (Chap. V, 8), le prophète donne de nouveaux avertissements à Israël:

«Cherchez Jéhovah et vous vivrez... Il a fait les Pléïades et Orion...»

Or, le merveilleux poème de Job à été écrit vers le Xe siècle avant notre ère. Toutefois, et c’est la preuve que les Hébreux n’ont pas emprunté toute leur science aux Égyptiens, les noms des constellations en Égypte ne répondent pas à celles des peuples d’Israël. L’identification des constellations mentionnées dans la Bible ne peut être faite qu’avec celles des Chaldéens et ce sont ces dernières qui ont prévalu plus tard chez les Grecs, comme chez nous.

Les tablettes chaldéennes postérieures au poème de Job mentionnent le Taureau et les Hyades (Gudanna); le Lion, connu sous le nom d’Ur-a dont fait partie notre Régulus et qui s’appelait déjà Lugal ou Sarru c’est-à-dire le Roi, etc.

En remontant plus avant, vers le XIIe siècle, nous retrouvons notre constellation du Capricorne.

Tout s’explique lorsqu’on sait qu’Abraham, le père du peuple d’Israël, était originaire de Ur, en Chaldée. Ainsi, nos constellations ont sûrement une origine chaldéenne, peut-être babylonienne. Voilà ce que nous dit l’Histoire, mais l’Astronomie peut aller plus loin et nous renseigner sur l’état civil, lieu et date de naissance des astérismes célestes.

Nous avons vu que contrairement aux Égyptiens, les astronomes chaldéens rapportaient les positions des étoiles à l’écliptique, trajectoire apparente du Soleil dans le ciel; de là était dérivé leur Zodiaque. Or, à une époque reculée, on disposait déjà de 30 étoiles fondamentales situées dans cette zone. Cela résulte des magnifiques travaux du P. Epping sur la question et nous reporte vers l’an 3 000 avant notre ère.

Bien que plusieurs des étoiles ou des constellations n’aient pas encore été identifiées sur les tablettes antiques, il y a tout lieu de croire que ce sont aussi leurs noms qui ont servi, comme les autres, à construire les globes et les sphères employés plus tard par les Grecs. Cette hypothèse très plausible est en fait l’expression de la réalité.

Prenons en effet un globe céleste et reportons sur la sphère les 48 constellations indiquées par Eudoxe, nous allons faire immédiatement une constatation de la plus haute importance. Toute une partie de notre globe se trouve dépourvue d’indications. Rien d’étonnant puisque ce vide correspond précisément au pôle austral visible seulement sous certaines latitudes.

Les astronomes ayant construit des globes de cette sorte tenaient donc leurs documents de peuples ayant habité une contrée située dans l’hémisphère boréal et le calcul indique que la latitude des premiers observateurs devait être comprise entre le 40e et le 46e parallèle Nord. C’est là une remarque d’une importance capitale, car elle montre que nos constellations ne sauraient provenir de l’Inde ou de l’Égypte, pas même de Babylone dont la latitude était de 32° 1/2.

[Illustration: PLANCHE VI Sommet de l’Obélisque de Nimroud (Xe siècle av. J.-C.) Les scènes représentent des ambassadeurs apportant des tributs à Salmanasar II dont parle la Bible. (Spécimen d’écriture cunéiforme. Musée du Louvre.) (Cliché Mansell)]

Si, d’autre part, on tient compte des déplacements du pôle, on arrive encore à la date de 3 000 ans avant l’ère chrétienne.

Reste à fixer la longitude des observateurs qui ont désigné les constellations anciennes.

La tâche ne paraît guère plus malaisée, car nous remarquerons immédiatement l’absence, parmi les noms des astérismes, de l’éléphant, du chameau, du tigre, du crocodile. Encore une fois, les constellations ne nous viennent donc, ni de l’Inde, ni de l’Égypte, et nous sommes amenés à conclure que ceux qui les ont inventées habitaient l’Asie mineure et l’Arménie.

Le Zodiaque va nous fournir d’autres indications précieuses. Sous Ptolémée, le Bélier était l’origine des Signes, mais il n’en était pas ainsi lorsque les constellations prirent naissance. L’équinoxe de printemps était proche d’Aldébaran, la belle étoile du Taureau; le solstice d’été tombait dans le Lion, près de Régulus; l’équinoxe d’automne voisinait avec Antarès, le beau soleil rouge du Scorpion; et le solstice d’hiver coïncidait avec le Verseau, non loin de Fomalhaut. En raison de leur importance relativement à la marche du Soleil, les quatre étoiles que nous venons de nommer, étaient connues sous l’appellation d’Étoiles royales. Or, tout ceci correspond encore à une époque comprise entre 3 000 et 4 000 ans avant l’ère chrétienne. Impossible d’assigner à nos constellations une plus lointaine, ni une plus proche origine. En ces temps reculés, le Dragon occupait le pôle céleste et ceci explique son importance dans les anciennes mythologies. D’autre part, le peuple qui a inventé les constellations était déjà avancé en civilisation: il avait domestiqué le mouton, la chèvre, le chien, le bœuf, le cheval; il devait chasser l’ours, le lion, le lièvre, etc., à l’aide de l’arc et de la flèche, puisque tous ces noms se trouvent symbolisés dans son ciel.

Un tel peuple paraît avoir surtout séjourné vers la mer Caspienne, dans la contrée voisine du cours supérieur de l’Euphrate et du Tigre.

La Géologie nous apprend que l’homme vivait depuis longtemps sur la Terre avant les civilisations chaldéennes et égyptiennes, mais la Préhistoire est une science trop peu avancée pour que nous puissions lui demander des précisions. Les premiers âges de l’humanité n’auraient-ils pas été séparés des périodes historiques par un grand cataclysme, comme il s’en est sûrement produit au cours même de l’époque quaternaire? D’aucuns le pensent, non sans raison, et invoquent un véritable déluge qui aurait englouti une partie de l’humanité. Sur toutes ces questions, la science reste à peu près muette et les traditions seules peuvent être invoquées.

Quoi qu’il en soit, il paraît bien maintenant que les plus anciennes notions astronomiques transmises par l’Histoire, nous viennent de la haute Asie mineure; de là ces notions, avec l’exode des peuples, seraient passées en Assyrie et en Chaldée, puis aux Mèdes, aux Perses, aux Hindous, aux Égyptiens et aux Grecs qui nous les ont léguées.

Enfin, dernière remarque intéressante, lorsque les premiers navigateurs abordèrent l’Amérique, qu’ils prirent pour les Indes, ils ne furent pas peu surpris de voir des peuples de races fort différentes et qui semblaient n’avoir eu aucune relation avec les hommes de l’Ancien continent, désigner les signes célestes par les mêmes dénominations et retrouver sous le ciel d’Amérique, la Mâchoire du Bœuf, les Petits de la Poule (Poussinière ou Pléiades) etc... Il a donc existé une émigration des Asiatiques à une époque relativement peu éloignée de l’ère chrétienne[18].

[18] Le passage de l’Asie à l’Amérique a dû se faire assez facilement par le chapelet des Iles Aléoutiennes et par le détroit de Behring. Des affaissements de l’écorce terrestre sont très vraisemblables en ces régions depuis la fin de la période tertiaire.

Ainsi, les sciences se prêtent un mutuel appui et peut-être le jour n’est-il pas éloigné où le préhistorien découvrant, gravés sur la pierre, des constellations et des zodiaques contemporains des hommes primitifs, demandera à l’astronome de fixer les dates exactes de ces représentations: ce serait, en tout cas, la meilleure manière de résoudre un problème qui menace de s’éterniser.

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Pour montrer toute la précision des procédés astronomiques dans ce genre de solutions, je donnerai encore un exemple tiré de la Grande Pyramide.

Lorsque Sir John Herschel étudia pour la première fois le monument, non seulement il fut frappé par l’orientation du passage d’entrée dans le plan du méridien, mais il ne tarda pas à s’apercevoir que l’axe de la galerie vise un point placé au-dessous du pôle céleste, de manière à se prêter merveilleusement à l’observation du passage inférieur au méridien d’une étoile circumpolaire, située à une distance déterminée du pôle. A une certaine époque, qu’il considérait en 1838 comme étant la date la plus probable de la construction de l’édifice, Herschel trouva par le calcul qu’une étoile remarquable, Alpha du Dragon était située précisément à la distance angulaire indiquée par l’axe du passage d’entrée.

De plus, dans les années où Alpha du Dragon était vu au méridien au-dessous du pôle, à une hauteur angulaire de 26°16′, précisément égale à l’angle que sous-tend l’axe du passage, une autre constellation brillante, celle des Pléïades, passait en même temps au méridien, mais au-dessus du pôle céleste et ce méridien--ce qui n’avait eu lieu ou n’aura lieu pour aucune des dix-mille années antérieures et postérieures--coïncidait alors avec le cercle horaire passant par le point équinoxial, origine à la fois du jour sidéral, du commencement de l’année astronomique et enfin de tout calcul d’ascension droite sur la sphère céleste.

Ainsi, par le seul choix de cet angle de 26°18′, voici que trois grands phénomènes astronomiques dans le temps et dans l’espace--le passage d’Alpha du Dragon au méridien, sous ce même angle au-dessous du pôle, celui de la célèbre constellation des Pléiades au-dessus et au même moment et dans le méridien équinoxial--deviennent simultanés: pouvait-on, pensait Sir John Herschel, imaginer une combinaison plus propre à fixer à jamais une date mémorable en rapport intime avec la Grande Pyramide? Et puisque ce triple phénomène s’est produit l’an 2170 avant l’ère chrétienne ne devons-nous pas en conclure que cette année est l’année de fondation de la Grande Pyramide?

Cette coïncidence mystérieuse fournit en outre une méthode chronologique incomparable de simplicité et de grandeur, s’étendant au passé comme à l’avenir et dont l’élément principal est fourni par l’accroissement annuel de la distance du groupe des Pléiades au point équinoxial, accroissement égal, en ascension droite, à 3,5 secondes. En réalité, les Pléïades soumises à la loi de la précession des équinoxes, qui leur fait décrire leur mouvement cyclique en des milliers d’années, deviennent comme l’horloge de la Grande Pyramide et cette horloge a commencé son cours, c’est-à-dire que ses aiguilles marquaient 0h 0m 0s lorsque Alpha du Dragon passait pour la première fois au méridien, à la distance du pôle marqué par le passage d’entrée de la Pyramide ou, comme le voulait déjà Sir John Herschel, lorsque le monument fut bâti.

Voici donc comment les constructeurs ont signé leur œuvre: n’avais-je pas raison d’affirmer que la Pyramide est un édifice métrique et scientifique de premier ordre?

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Oui, mais Herschel, Piazzi-Smith et quelques autres avaient compté sans les archéologues. Ceux-ci s’emparèrent de l’Égypte, des textes qu’elle contenait, et, de discussions en interprétations, décidèrent que la Grande Pyramide, bâtie par Khéops ou sous son règne, datait de 4 000 ans au moins avant l’ère chrétienne.

Tout le monde s’inclina devant des hommes assez instruits pour en imposer au public et nous faire admettre qu’on pouvait scientifiquement, déterminer l’âge d’un monument égyptien à quelques siècles près, ce monument ne portât-il aucune inscription!

Au surplus, les astronomes se désintéressèrent de la question et le jugement paraissait rendu sans appel.

Or, et c’est là le piquant de l’histoire, on vient tout récemment de s’apercevoir qu’il fallait en rabattre sur l’antiquité des plus vieilles dynasties contemporaines des Pyramides.

Écoutez plutôt le Dr Contenau, l’un des maîtres incontestés en matière d’Assyriologie: «Si les découvertes épigraphiques et monumentales des cinquante dernières années ont fait justice de l’antiquité fabuleuse que les anciens attribuaient aux monarchies d’Assur et de Babylone nous restons cependant en présence, en Mésopotamie, de monuments qu’on peut dater de 3 000 ans avant notre ère. L’Égypte a vu, elle aussi, réduire sa chronologie; on situe Ménès, premier roi des dynasties historiques, vers 3200 ou 3400»[19]. Or, Khéops appartient à la IVe Dynastie et on admettait qu’il s’était écoulé environ une douzaine de siècles entre Ménès et Khéops.

[19] Dr CONTENAU, op. j. cit. Avant-propos (éd. de 1922).

Ménès étant rajeuni, Khéops doit l’être dans la même proportion, et... nous retombons pour la construction de la Grande Pyramide exactement à l’époque révélée par les déductions astronomiques.

Cette période coïncide à peu près avec celle qu’on assigne à la vocation d’Abraham, c’est-à-dire quelques siècles seulement avant l’entrée d’Israël en Égypte[20].

[20] Cf. FLINDERS PETRIE, Egypt and Israel, p. 38. L’auteur admet pour l’entrée d’Israël en Égypte, la date de 1650 av. J.-C.

Si, à l’époque des Pyramides, des traditions étaient déjà passées de la Mésopotamie en Égypte, il est évident que la descendance d’Abraham n’y était pour rien. Comme, d’autre part, les constellations ont pris naissance à l’Est de l’Égypte, il faut bien qu’aux temps les plus reculés, il y ait eu communication de traditions nées loin du Delta du Nil.

Quelles étaient ces traditions; quelles traces ont-elles laissées dans tout l’Orient? C’est ce que nous allons chercher au chapitre suivant.

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