CHAPITRE VIII
LES MOUVEMENTS SUBCONSCIENTS
J'ai explique longuement, dans la premiere partie de cet ouvrage, que les faits si curieux et si etonnants du spiritisme sont en germe dans une petite experience, bien simple a executer, celle de la repetition inconsciente d'un mouvement imprime a la main, et que cette petite experience de nature fort inoffensive peut nous renseigner sur les aptitudes d'une personne a l'automatisme des mouvements. Il n'est donc pas necessaire d'autre preambule, et je vais rapporter de suite les experiences que j'ai faites.
Ces experiences consistent dans la provocation des mouvements inconscients ou subconscients de repetition. Je les ai faites a trois reprises sur les memes sujets, en leur donnant chaque fois une forme differente.
1re Experience.--Cette premiere experience a ete la plus longue. Elle a pris deux apres-midi entieres, composees chacune de deux heures et demie de travail. Pendant ce temps, j'ai pu experimenter sur 25 enfants; chacun a ete examine isolement dans le cabinet du directeur.
Pour enregistrer les mouvements subconscients, je desirais avoir un appareil tres simple sur lequel le sujet poserait sa main, et mon but etait de communiquer a la main du sujet, par l'intermediaire de cet appareil, un mouvement tres simple, tres regulier, par exemple un mouvement d'oscillation, afin de rechercher si la main continuerait d'elle-meme ce mouvement quand je cesserais de le produire. Je me suis servi, en le modifiant tres peu, d'un petit balancier de Wundt qui se compose essentiellement d'une tige metallique horizontale fixee a la partie superieure d'une colonnette et pouvant tourner autour de son point fixe; cette tige est terminee a une de ses extremites par une lourde masse de metal, en forme de marteau (a) qui vient frapper, toutes les fois qu'elle s'abaisse, une enclume (b) situee en dessous et a l'autre extremite est fixe un ressort a boudin (c) qui relie la tige a la plateforme sur laquelle la colonnette est montee. La figure nous dispense d'une plus longue description de cet appareil.
[Illustration: Fig27.png--Balancier (modification tres legere d'un appareil de Wundt) servant a l'etude des mouvements subconscients.]
Le petit appareil que je viens de decrire est place sur une table, a cote d'un metronome; un grand ecran qui a la longueur de la table est fixe entre les deux instruments, et divise la table en deux compartiments, dont l'un, celui de gauche, contient le metronome, et l'autre, celui de droite, contient le balancier avec le marteau tourne vers la gauche; lorsqu'un eleve entre a son tour dans le cabinet du directeur, nous le faisons asseoir a la table; sa chaise est placee un peu a gauche de l'ecran, par consequent, il se trouve juste assis devant le metronome; mais en penchant la tete vers la droite, il peut voir le balancier. Notre premier soin est de presenter a l'eleve le balancier; nous lui disons que c'est un instrument qui ne peut faire aucun mal, et qui ressemble a une balance; ensuite, lorsque l'enfant a bien regarde l'instrument et s'est a peu pres rendu compte de sa forme generale--ce qui est necessaire pour eviter toute apprehension[65]--on lui indique comment va se faire l'experience; l'enfant doit tenir entre le pouce, l'index et le medius de sa main droite la masse en forme de marteau qui termine le balancier, et serrer fortement cette masse entre ses trois doigts; il doit, en outre, faire "la main morte", c'est-a-dire laisser aller sa main, et ceder au mouvement d'oscillation que j'imprime a l'instrument en mettant moi-meme le doigt sur l'autre extremite du levier. Je fais alors, devant l'enfant, la repetition du mouvement que je dois executer pendant l'experience; je souleve 5 ou 6 fois de suite un des bras de levier, celui qui se termine par un ressort a boudin; chaque fois, apres l'avoir souleve, je l'abaisse, et j'execute ce mouvement tres regulierement; il est facile de comprendre que lorsque le bras de levier de droite est souleve, l'autre bras de levier s'abaisse et le marteau qui le termine frappe l'enclume en faisant entendre un bruit sec; ce bruit sec se fait donc entendre a chaque oscillation double du levier. L'enfant, apres avoir vu et compris ce mouvement tres simple, est invite a saisir entre ses doigts le marteau, et je recommence sous ses yeux a manoeuvrer le balancier. Le plus souvent, je ressens une resistance: l'enfant ne se contente pas de serrer le marteau entre ses doigts, mais il s'oppose plus ou moins energiquement au mouvement de bascule du marteau. Je le lui fais remarquer: "Vous resistez a mon mouvement, dois-je lui dire, et il ne le faut pas; vous devez vous contenter de serrer le marteau, et laisser votre main monter et descendre, quand j'appuie sur l'autre extremite du levier." Il faut souvent de longues explications pour faire comprendre a l'enfant ce qu'on desire de lui; mais je suis arrive a me faire comprendre de tous. J'ai ensuite, quand j'ai obtenu ce que je voulais, le soin d'insister sur la prescription suivante: l'enfant ne doit ni s'opposer a mon mouvement, ni le faciliter; il doit se laisser aller, sans s'occuper de sa main; il doit rester completement passif. Je multiplie les commentaires de ce genre, afin d'etre certain que j'ai ete bien compris. Ces explications terminees, j'attire l'attention de l'enfant sur le metronome qui occupe la case de droite; je lui explique que cet instrument marque la mesure pour les musiciens, je mets la tige du metronome en mouvement, et je dis a l'enfant qu'il doit concentrer son attention sur le metronome, suivre des yeux le mouvement du metronome et compter a voix basse ses battements, car lorsque l'experience sera terminee, il devra me donner le compte exact des battements, et je pourrai voir alors s'il s'est trompe ou non. En realite, je ne compte jamais le nombre des battements, et mon controle est illusoire; il suffit, du reste, que l'enfant s'imagine que ce controle va avoir lieu pour qu'il fasse grande attention au metronome[66]. Les explications sont maintenant terminees et l'experience peut commencer. L'enfant saisit avec ses doigts de la main droite le marteau du balancier, et attend; le coude droit est appuye sur la table; je mets d'abord en mouvement le metronome, et l'enfant le regarde attentivement, et commence a compter a voix basse. Dans tous les cas, sauf une ou deux exceptions, le sujet garde les yeux fixes sur le metronome, et ne detourne pas la tete pour regarder sa main droite; comme je lui ai explique le mouvement qui va etre imprime a sa main, comme d'autre part, il a deja l'experience de ce mouvement, il ne se produit rien de nouveau et d'insolite qui puisse attirer son attention sur sa main droite; en tout cas, quel que soit le motif, j'insiste pour affirmer que l'orientation du corps et de l'attitude de l'enfant a toujours ete tres correcte; une ou deux fois, il est arrive a un enfant de regarder sa main droite; mais ce mouvement tres rare a cesse des la premiere remarque que j'en ai faite.
[Note 65: Il est tres important, je crois, lorsqu'on apporte dans une ecole un appareil, de bien en expliquer l'usage et le fonctionnement aux maitres et aux eleves; ces derniers, surtout quand ce sont de jeunes Enfants, peuvent avoir peur de l'instrument, s'imaginer une foule de choses, et faire le soir a leurs parents des recits fantastiques sur les experiences auxquelles on les a soumis. Dans une ecole primaire elementaire, j'adaptai un jour un plethysmographe en caoutchouc a la main d'un enfant; l'instrument se compose simplement d'un cylindre de caoutchouc, entoure d'une peau de gant; il est donc entierement inoffensif; le soir de cette experience, l'enfant se trouva malade, et la mere vint se plaindre au Directeur de l'Ecole qu'on avait rendu son enfant malade avec de l'electricite.]
[Note 66: Le controle des battements du metronome se trouve realise Maintenant dans un nouveau modele de metronome que je viens de faire Construire pour des experiences de mesure sur l'attention volontaire.]
Les mouvements que j'imprime au balancier sont synchrones a ceux du metronome, celui-ci bat la seconde; a chaque battement du metronome, je fais coincider un mouvement simple du balancier, de sorte que le balancier fait entendre son bruit sec de marteau frappant l'enclume a chaque battement pair du metronome. L'avantage de ce dispositif m'a paru double: en demandant a l'eleve de compter les battements du metronome, j'obtiens une fixation assez reguliere de l'attention; en outre, en rythmant les mouvements du balancier sur ceux du metronome, je facilite les mouvements inconscients du sujet, car je suppose que ces mouvements subconscients doivent etre aides par le rythme sur lequel le sujet fixe son attention.
Pour provoquer les mouvements subconscients, je fais d'abord des mouvements d'oscillation du balancier, en suivant les battements du metronome; ensuite, j'abandonne le balancier a lui-meme, en faisant les derniers mouvements avec un peu moins de force, afin de ne pas eveiller l'attention du sujet par un trop grand contraste entre mes mouvements et mon immobilite; j'attends un moment pour voir si le sujet repetera le mouvement, alors que ma main est retiree; mais, par precaution, je ne retire pas ma main tres loin de l'instrument, car je ne veux pas donner l'eveil au sujet, et lui laisser croire que ma main abandonne l'instrument: il pourrait en resulter une suggestion pour lui, et cette suggestion pourrait etre provoquee non seulement par la vue de ma main s'eloignant, mais encore par le bruit que ferait ma manche pendant que j'execute ce mouvement. Je crois donc preferable de laisser ma main presque en contact avec l'extremite de droite du balancier, mais je cesse de manoeuvrer cette extremite.
Deja pendant ces mouvements preliminaires, que j'appellerai des mouvements d'amorcage, on a quelquefois la perception tres nette que l'enfant collabore au mouvement, et qu'il le facilite; mais on peut eprouver soi-meme des illusions; et pour couper court a tous les doutes, il est necessaire de cesser completement de mouvoir le balancier[67].
[Note 67: Je dois prevoir une objection: on pourrait supposer que lorsque ma main abandonne le balancier apres l'avoir mis en mouvement, les mouvements subsequents peuvent tenir en partie a l'inertie de l'instrument, et non a l'automatisme du sujet; cette interpretation ne serait pas exacte; car les oscillations de l'instrument qui sont dues a son inertie ne peuvent pas se confondre avec celles que j'imprime ou que la main du sujet continue. Si on souleve une des extremites du balancier, quand personne autre ne le tient, et qu'on l'abandonne brusquement, on provoque une dizaine d'oscillations d'inertie qui sont tres rapides (10 oscillations doubles en 4 secondes pour l'instrument dont je me sers), or, comme les oscillations communiquees par moi et repetees par le sujet durent chacune deux secondes, on voit que les oscillations d'inertie sont 5 fois plus rapides et ne peuvent donner lieu a aucune confusion.]
J'ai regle avec autant de soin que possible le nombre des mouvements d'amorcage; je fais d'ordinaire 10 mouvements doubles; j'attends ensuite deux a trois secondes pour voir si les mouvements de repetition se produisent; s'ils se produisent, je les laisse se manifester jusqu'a ce qu'ils s'arretent spontanement; s'ils ne se produisent pas, je fais un nouvel amorcage de 10 mouvements doubles, et ainsi de suite. En general, je fais 6 series d'amorcages; si le sujet ne parait pas dispose a continuer de lui-meme les mouvements, si ces 6 series ne donnent point de resultat appreciable, je suspends cette premiere partie de l'experience, et je la considere comme ayant donne un resultat negatif.
Il est bien entendu qu'un examen aussi court, qui dure de cinq a dix minutes, est insuffisant pour determiner avec precision les aptitudes automatiques d'un sujet donne; nous nous contentons de comparer chaque sujet aux autres, et nous admettons que du moment qu'un sujet A n'a pas pu etre entraine a l'automatisme pendant notre epreuve, il est moins automate qu'un sujet B, qui pendant le meme laps de temps a montre des mouvements tres nets de repetition inconsciente; encore faut-il ajouter que c'est la une presomption, bien plus qu'un fait demontre; car il n'est pas absolument certain que le degre d'automatisme soit constamment en relation avec le degre d'amorcage necessaire pour provoquer cet automatisme.
Le classement des sujets, d'apres les resultats qu'ils ont donnes, me parait se faire tres naturellement en 3 groupes: le premier groupe est celui des resultats entierement negatifs; il comprend 6 eleves. Nous rangeons parmi eux tous les eleves dont la main n'a presente aucun mouvement appreciable de repetition, aucune ebauche de mouvement, si petite soit-elle; il est bien entendu que nous nous contentons de notre observation visuelle pour attester ce fait negatif, cette absence de mouvement; or, l'observation ne permet pas de nier la production de mouvements tres petits, a peine sensibles; il faudrait pour avoir le droit de nier ces mouvements, les soumettre a un enregistrement avec des appareils capables d'amplifier les mouvements, ou tout au moins de les inscrire. Nous devons nous contenter, pour le moment, d'affirmer, chez nos 6 sujets l'absence de mouvements appreciables a la vue.
Le second groupe se distingue a peine du premier; j'y place des eleves qui font a eux tout seuls a peine une oscillation ou une demi-oscillation du balancier, et ceux qui vont jusqu'a faire 2 ou 3 oscillations completes, une fois par hasard. Ainsi Feli. est un bon exemple de ce groupe; quand on lui a fait faire 15 a 20 mouvements, sa main abandonnee a elle-meme fait une seule oscillation; si on a laisse l'instrument au moment ou le marteau etait en haut, sa main fait un mouvement d'abaissement du marteau, puis elle s'immobilise; si on a termine par un abaissement du marteau, sa main fait un soulevement du marteau, et elle s'immobilise en l'air.
Chez Lac., le mouvement induit se prolonge un peu plus; il en a esquisse une fois 2, une autre fois il en a meme fait 4. Chez d'autres, on observe une preference pour un seul genre de mouvements; ainsi, ils ne savent que soulever le marteau, ou bien ils ne savent que l'abaisser; on peut alors les amener a faire une serie isolee de mouvements subconscients; il suffit par exemple de soulever le marteau pour qu'ils l'abaissent, et ils continueront ainsi a l'abaisser 7 ou 8 fois de suite. C'est la preuve qu'ils ont des aptitudes automatiques, mais celles-ci sont encore mal developpees.
Notre troisieme groupe contient les eleves qui presentent un developpement complet de l'automatisme; ces eleves sont au nombre de 14; par consequent ce groupe est le plus important, il est meme plus important que les 2 premiers groupes reunis. Ici, une remarque preliminaire est necessaire. Les resultats de cette experience sont distribues tout autrement que ceux des experiences de suggestion portant sur les sensations et sur les jugements. Rappelons-nous ce qu'a produit l'influence de l'idee directrice; nous avons pu donner a nos eleves des coefficients de suggestibilite variant de 100 a 600; ici, nous n'avons point cette serie bien ordonnee de resultats; on pourrait presque dire, en exagerant un peu la verite, que pour l'automatisme des mouvements, c'est tout ou rien; si on cherche a evaluer l'automatisme moteur par le nombre de mouvements induits, on aura, comme nombre moyen pour les eleves du 1er groupe, le nombre 0; pour les eleves du 2e groupe, la moyenne oscillera entre 0,5 et 1; enfin, en ce qui concerne le 3e groupe, la moyenne sera par exemple de 20 ou 30. Il y a donc un abime entre les resultats du second groupe et ceux du troisieme. Ce fait depend probablement de ce que le nombre de mouvements automatiques ne peut pas donner une mesure exacte de l'automatisme. Lorsqu'un sujet commence a faire une serie de mouvements de repetition, il y a des chances pour que cette serie se prolonge tres longtemps, si quelque hasard ne vient l'interrompre, et il y a beaucoup de cas ou nous avons du nous-meme mettre fin a l'experience, pour qu'elle ne se prolongeat pas outre mesure; il etait d'un interet mediocre de constater si un sujet qui en etait par exemple a son 40e mouvement de repetition irait ou non a son 100e mouvement.
Nous pouvons presenter cette particularite sous une autre forme; comparons l'experience dont nous parlons en ce moment avec celle de l'idee directrice; toutes deux ont ce trait commun de faire echapper un certain automatisme au controle du sens critique; dans un cas, c'est un automatisme de perceptions et de jugement, dans l'autre cas, c'est un automatisme de mouvements. Il resulte des observations que nous avons faites que l'automatisme des perceptions et des jugements se produit, plus ou moins, chez tous les sujets, et a des degres variables d'un sujet a l'autre: l'automatisme moteur, au contraire, tel qu'il nous est revele par l'experience actuelle, parait ne pas exister du tout chez plusieurs des sujets; et il parait, en outre, quand il se realise, prendre de telles proportions qu'il efface presque les differences individuelles. Voila ce qui ressort de la comparaison des deux genres d'experiences; il faudra rechercher maintenant si des differences aussi nettes, aussi saisissantes, proviennent de la nature meme de l'automatisme, ou si elles tiennent aux conditions des experiences.
Les mouvements automatiques que nous reussissons a produire presentent un certain nombre de caracteres interessants; le premier est leur inconstance. Il n'est pas rare qu'un sujet qui, a un premier amorcage, ne montre aucun automatisme, en montre un extremement developpe apres le second amorcage, et que cet automatisme disparaisse ensuite pour ne jamais revenir. Quelquefois, a la reprise des battements du metronome, un sujet fait spontanement des mouvements automatiques, sans qu'on l'amorce de nouveau, alors qu'au precedent amorcage il n'avait manifeste aucun mouvement de repetition. Ces irregularites peuvent sembler deconcertantes, mais il n'est pas impossible d'en trouver l'explication, nous reviendrons sur ce point dans un instant.
Toutes les fois que nous constatons chez un enfant que des mouvements tres nets de repetition se produisent, nous l'interrogeons apres avoir arrete sa main; nous croyons utile de savoir, par son temoignage, comment il se rend compte des mouvements de sa main. Cette interrogation est d'autant plus utile qu'on pourrait soupconner que si un enfant a repete indefiniment un certain mouvement que j'ai imprime a sa main ou a son bras, c'est parce qu'il a mal compris l'experience et qu'il a cru a tort qu'il devait repeter volontairement ce mouvement. Il faut donc s'entendre avec lui et dissiper toute equivoque. Je dirai d'abord que mes sujets ont tous, sans exception, la connaissance de leurs mouvements; ils savent que leur main vient de se mouvoir. Les conditions d'experience, jointes a leur personnalite psychique, n'ont point permis la production d'une anesthesie de la main ou du bras: j'entends par la une anesthesie profonde, comparable a celle d'une hysterique. Apres avoir constate qu'ils ont eu conscience de leurs mouvements, je leur demande si, en executant ces mouvements, ils ont resiste a l'impulsion que j'ai donnee au balancier, ou bien s'ils l'ont aidee, ou bien encore s'ils sont restes completement inactifs, n'aidant pas et ne resistant pas. Cette demande provoque des reponses tres variables; l'enfant est souvent en etat de doute et semble un peu repondre au hasard, apres avoir epie l'experimentateur pour deviner sa pensee; cet enfant-la ne sait rien au juste. D'autres pensent avoir un peu resiste; d'autres enfin, et ce sont les plus nombreux, reconnaissent qu'ils ont aide le mouvement de l'experimentateur.
Je vais maintenant passer en revue quelques-uns de nos sujets.
DEW.--Apres un amorcage de 20 mouvements, sa main commence a repeter les mouvements sur le balancier, pendant qu'il suit les battements du metronome; les deux mouvements sont bien rythmes. Quand le sujet a fait 30 mouvements de repetition, nous l'arretons, et nous l'interrogeons; nous le prions de nous dire s'il a, comme c'etait convenu, laisse sa main aller, ou s'il nous a aide a faire le mouvement: il reste indecis; nous le prions alors de recommencer en prenant soin de ne pas aider notre mouvement. A la suite de cette remarque, les mouvements subconscients sont bien diminues; on n'en compte plus que 3, apres chacune de nos tentatives d'amorcage. Le sujet a donc pu reprendre le controle de ses mouvements.
MONNE.--Apres un court amorcage, il fait tout seul 30 a 40 mouvements de repetition; mais ces mouvements s'arretent tout seuls; le sujet sans qu'on l'y ait aide, est arrive a supprimer les mouvements inconscients, et de nouveaux amorcages ne provoquent plus rien. Cet exemple, ajoute au precedent, nous montre que l'automatisme des mouvements est un phenomene fugitif, qui peut se supprimer brusquement.
Nous avons cherche a fixer davantage l'attention de Monne, en le priant de lire attentivement une page d'un livre de physique amusante; pendant cette lecture, le mouvement a ete supprime.
DELANS.--Cet eleve presente un automatisme moteur plus developpe et plus stable que celui de Monne. Apres un court amorcage, le mouvement de repetition commence, tres net et tres energique; il se continue indefiniment; le sujet suit avec la main les battements du metronome, en montrant beaucoup de regularite. Nous le prions, au bout de quelque temps, de lire une page de physique amusante; il continue ses mouvements pendant la lecture, mais le mouvement devient moins regulier, il cesse d'etre synchrone avec les battements du metronome.
SAGA.--Encore un bel exemple d'automatisme tres net et tres stable; les mouvements se produisent apres un court amorcage, et se continuent soit que le sujet ecoute le metronome, soit qu'il s'absorbe dans la lecture; au bout de quelque temps, nous arretons sa main. Nous demandons a Saga, s'il pense avoir aide notre mouvement sur le balancier ou s'il pense avoir resiste au mouvement. Sa reponse nous est qu'il a aide: nous le prions alors de recommencer en laissant completement aller sa main; nous reprenons, et ses mouvements de repetition sont aussi nets que la premiere fois. C'est un sujet qui ne s'est pas controle.
BIEN.--Apres un amorcage de 10 mouvements, il fait spontanement 30 mouvements de suite; je l'arrete, je l'interroge, il reconnait avoir un peu aide mon mouvement; a la seconde reprise, comme il a ete averti, les mouvements de repetition disparaissent presque completement, on n'en compte plus que 2.
POU.--Apres un amorcage extremement court, il execute 50 mouvements de repetition: ce mouvement se prolonge pendant la lecture. Sur interrogation, il reconnait qu'il a un peu aide mon mouvement; a la reprise, son automatisme persiste. Curieux de savoir s'il arriverait a se reprendre, je l'avertis de nouveau qu'il doit avoir soin de ne pas m'aider; alors a la seconde reprise, son automatisme cesse.
MARTIN.--L'automatisme apparait tout au debut, mais il diminue rapidement; il commence par diminuer d'intensite; le mouvement devient plus leger, plus incomplet, et il cesse; pendant la lecture, on arrive encore a l'amorcer, mais il dure peu. Plus l'experience se prolonge, plus l'automatisme diminue; c'est comme si le sujet reprenait de lui-meme le controle de ses mouvements.
MIEN.--Exemple analogue. Les premiers mouvements de repetition apparaissent tres rapidement, et sont tres vigoureux; puis ils disparaissent d'eux-memes; on ne peut pas, en l'amorcant, lui faire produire plus de 4 a 6 mouvements; la lecture ne change pas les resultats.
OBRE.--Automatisme tres brillant, qui se manifeste apres un court apprentissage, et persiste indefiniment, pendant l'audition du metronome et pendant la lecture; interroge, le sujet ne se rend compte de rien, il croit meme m'avoir un peu resiste.
MERI.--Excellent automate; apprentissage rapide; malgre les avertissements, ne peut pas se reprendre.
HUB.--Il a eu besoin d'un tres long amorcage (40 mouvements) pour faire des mouvements de repetition; mais une fois amorce, il continue indefiniment.
DIE.--Tres beaux mouvements induits, qui continuent indefiniment; malgre mon avertissement, le sujet ne peut pas se reprendre, bien qu'il soit d'avis qu'il m'a aide.
GOUJE.--Encore un excellent automate. Un court amorcage provoque les mouvements qui se continuent ensuite indefiniment. Il reconnait m'avoir un peu aide. Malgre mon avertissement, les mouvements sont aussi nets a la reprise qu'avant.
On voit, par les descriptions precedentes que le controle du sujet sur l'automatisme des mouvements est assez variable: certains, comme Mien., Martin., arrivent spontanement, sans aucun secours etranger, a corriger et a supprimer leur automatisme; d'autres, comme Dew., Bien., Pou., ne produisent l'arret de leur main que lorsqu'on les a interroges sur la maniere d'executer les mouvements, et qu'ils ont reconnu qu'ils aidaient un peu; d'autres enfin, malgre cet avertissement, continuent a la nouvelle reprise a faire des mouvements aussi nets que la premiere fois, lorsqu'ils n'etaient pas avertis.
Nous classons nos sujets de la maniere suivante, au point de vue du developpement de l'automatisme:
1 deg. Pet.....) 13 deg. Bienv...) Ex aequo. 2 deg. Poire...) 14 deg. Mien....) Automatisme corrige 3 deg. Vasse...) Ex aequo. 15 deg. Martin..) spontanement. 4 deg. Demi....) Point 5 deg. Uhl.....) d'automatisme. 16 deg. Dew.....) Ex aequo. Aut., 6 deg. Motte...) 17 deg. Monne...) corrige apres 18 deg. Pou.....) avertissement. 7 deg. Gesb....) 8 deg. Bout....) Ex aequo. 19 deg. Delans..) 9 deg. Blasch..) Ebauche 20 deg. Obre....) Ex aequo. 10 deg. Feli....) d'automatisme. 21 deg. Van.....) Automatisme 11 deg. Lac.....) 22 deg. Meri....) persistant malgre 12 deg. And.....) 23 deg. Gouje...) l'avertissement. 24 deg. Hub.....) 25 deg. Die.....)
Quelques remarques maintenant sur ce classement de nos sujets. Je suis tres frappe de voir que les plus jeunes enfants sont presque tous reunis dans le dernier groupe, celui des plus automates, et ce groupe ne compte qu'un seul enfant de la 1re classe. A premiere vue, ce classement differe grandement de celui qu'a donne l'experience sur l'idee directrice; car Poire., l'enfant le plus suggestible pour le jugement, est ici le moins automate, et au contraire Delans, si peu suggestible dans le domaine du jugement, est ici parmi les meilleurs automates. Ce fait nous laisse soupconner que ces deux genres de suggestibilite ne doivent pas etre paralleles comme developpement.
Je dois dire en terminant comment j'interprete cette experience sur les mouvements subconscients de repetition. Je suppose que les enfants qui ont montre le plus d'automatisme sont ceux qui ont fait avec le moins d'exactitude la distinction entre les mouvements passifs de leur main et les mouvements actifs; quand je faisais moi-meme mouvoir le balancier, leur main avait un mouvement passif; lorsqu'ils ont continue seuls le mouvement, ils ont fait un mouvement actif, et s'ils ne se sont pas rendu compte qu'a ce moment-la je cessais d'agir sur le balancier, c'est qu'ils n'ont pas percu que le mouvement de leur main changeait de nature et devenait actif, apres avoir ete passif. Certes, ces deux genres de mouvements doivent presenter des differences caracteristiques, qui se revelent surtout dans les experiences ou le sujet fait un effort d'attention volontaire pour distinguer ces deux mouvements; mais, dans nos experiences sur les eleves, la perception de leur difference ne se fait pas ou se fait d'une maniere incomplete. Pourquoi? Nous n'en savons rien au juste; ces questions de mecanisme sont toujours compliquees; on pourrait supposer que les sensations particulieres qui font la difference des deux mouvements sont plus faibles et plus confuses chez les sujets automates; une autre supposition que je crois plus vraisemblable, est que le sujet automate pour les mouvements n'a point l'habitude de fixer fortement son attention sur ses sensations musculaires. Mais laissons la question en suspens. Toujours est-il que lorsqu'on interroge le sujet sur la maniere dont il s'est comporte et sur la nature des mouvements qu'il vient d'executer, on l'oblige a se rendre compte de ses mouvements; on le determine a fixer son attention sur ces mouvements, et par consequent on trouble les conditions mentales de la precedente experience; le sujet, ainsi aide par l'experimentateur, surveille de plus pres sa main, il doit mieux percevoir les caracteres differentiels du mouvement actif et du mouvement passif, il se laisse moins aller, il veut savoir; bref, ces dispositions differentes contrarient le developpement du mouvement automatique, car un mouvement est d'autant moins automatique, en general, qu'on le surveille avec plus d'attention. C'est ainsi que nous expliquons comment il se fait que la repetition de l'experience, l'exercice, produisent sur nos sujets un effet diametralement oppose a celui que fournissent les recherches d'hypnotisme; plus nous experimentons sur nos enfants d'ecole, moins ils deviennent suggestibles. Nous en avons deja fait la remarque a propos des experiences sur les lignes, et Sidis avait fait une remarque analogue sur des eleves de laboratoire. C'est donc un fait sinon general, du moins frequent, et il est contraire a tout ce qu'on observe dans l'hypnotisme: le sujet hypnotise devient d'autant plus suggestible, on le sait, qu'il a ete suggestionne plus souvent, et c'est ce qui constitue le danger moral de la suggestion hypnotique, qui, au bout de quelque temps, livre le corps et l'ame d'un individu a la volonte d'un autre individu. Il est fort heureux pour nos recherches qu'elles ne presentent point ce caractere si dangereux; en realite, on pourrait dire d'elles qu'elles guerissent de la suggestion, elles rendent nos sujets refractaires, elles leur apprennent a se rendre compte des erreurs qu'ils commettent et les habituent a se controler. Ce sont des experiences qui meritent d'etre qualifiees de pedagogiques, puisqu'elles procurent aux sujets un profit intellectuel.
Mais comment peut-il se faire, demandera-t-on, qu'une tentative de suggestion qui, lorsqu'on fait de l'hypnotisme ou meme sans hypnotisme, produit une augmentation de la suggestibilite, puisse produire entre nos mains un effet justement oppose, une diminution de la suggestibilite? C'est encore une question sur laquelle je ne puis presenter que des opinions probables, mais je ne veux pas eviter de la traiter, car elle est extremement importante; c'est sans doute le noeud de toutes nos recherches. Pour mieux me faire comprendre, je vais faire la comparaison entre notre experience du balancier et l'exercice spirite des tables tournantes; ce sont la, ce me semble, des experiences tout a fait voisines, car l'art de faire tourner les tables consiste dans de petites poussees inconscientes que les doigts des sujets--surtout des sujets appeles mediums,--impriment a la table; or, on sait que les mediums s'entrainent et que l'entrainement produit chez eux une culture intensive de l'automatisme. Pourquoi donc ces mouvements inconscients que l'exercice developpe chez le medium, l'exercice les suspend-il chez nos ecoliers? Je pense que sous cette forme, la question fait d'elle-meme entrevoir la reponse probable. Que pense l'adepte du spiritisme lorsqu'il appuie les doigts sur un gueridon ou lorsqu'il prend en main une plume pour ecrire sous la dictee de l'esprit qu'il invoque? Avant de donner une seance, il doit se preparer de diverses manieres, par exemple par la meditation ou la concentration d'esprit sur differents problemes; de plus et c'est la le point le plus important, son attitude d'esprit n'est point sceptique; il ne cherche point a controler les mouvements de sa main, a se rendre compte de leur nature, a savoir s'il pousse ou ne pousse pas la table, parce qu'il est convaincu que sa main n'est qu'un organe au service d'une force superieure a la sienne. Certes, cette intention de ne pas se controler ne suffirait pas pour faire un medium; il faut encore une disposition forte a l'automatisme et d'autres qualites qui nous echappent, mais je crois et je veux surtout montrer que les theories auxquelles le spirite adhere ne le portent point a etudier de pres les sensations musculaires qui accompagnent les mouvements de sa main. Prenons maintenant un enfant d'ecole, qui a presente, des le premier amorcage, un bel exemple d'automatisme; la suite que l'experience aura pour lui me parait dependre en grande partie de l'explication qu'on lui donne; si nous lui disions--ce que nous n'avons jamais fait, d'ailleurs--que le balancier est un instrument merveilleux, qui se ment tout seul quand on y met la main, et qui par ses oscillations repond a nos interrogations, si nous l'avions convie, en un mot, a interroger le balancier comme on interroge les tables, et si nous l'avions convaincu du caractere sacre de cet exercice--alors, certainement, l'effet aurait ete tout different de celui que nous avons obtenu; l'enfant n'aurait point cherche a se controler, il aurait fixe son attention non pas sur sa main, mais sur les questions a poser et les reponses a recueillir, et son activite automatique se serait developpee au fur et a mesure sans obstacle, parce que toute activite se developpe par l'exercice; des associations d'idees nombreuses se seraient formees et auraient consolide cette activite.
Voila, ce me semble, comment on peut expliquer que dans certains cas l'automatisme grandit et dans d'autres il s'attenue et finit par disparaitre. Notre explication ne pourrait pas convenir a toutes les circonstances, car il y a des observations dans lesquelles l'automatisme s'est developpe chez des personnes n'ayant pas d'idees preconcues ou meme refractaires aux idees spirites: diverses experiences citees plus haut en sont des exemples, celles de Stein par exemple, ou celle de Patrick. Nous avons vu que Stein a cultive son propre automatisme en faisant de vigoureux efforts de distraction pour oublier sa main. L'experimentateur s'est donc mis artificiellement dans des conditions utiles pour la suppression du controle. D'autre part, on a vu des cas ou l'automatisme etait si puissant qu'aucun controle ne pouvait l'arreter et chez les hysteriques, dont la main est insensible et l'attention mobile, le controle est souvent bien difficile. Mais ces remarques, tout en corrigeant notre interpretation, nous paraissent en laisser subsister la plus grande partie, et nous conclurons en admettant que dans nos experiences sur le balancier, si l'automatisme ne se developpe pas, c'est parce que la maniere dont l'experience est presentee aux sujets oriente leur esprit vers le controle de leurs mouvements.
2e experience.--Deux jours apres avoir termine la recherche precedente, je concus l'idee d'en faire une autre du meme genre sur les memes enfants. Il me parait extremement important de repeter plusieurs fois une meme recherche sur une serie de sujets, en donnant toutefois aux epreuves un tour ou un dispositif exterieur qui leur imprime un caractere de nouveaute pour les experimentes. L'avantage principal de ces repetitions et variations d'une meme experience est de permettre la verification des resultats; en meme temps on se rend compte si les resultats sont bien probants et ont un certain caractere de constance ou bien s'ils sont variables, s'ils varient d'un jour a l'autre, sous l'influence de petites causes insaisissables; tous les tests nouveaux devraient etre, dans la mesure du possible, soumis a ce genre de controle.
Le premier controle auquel j'ai pense est le suivant: dans l'experience precedente, la main de l'enfant repetait un mouvement tres simple, en faisant osciller un balancier; etait-il exact de supposer que l'aptitude a repeter inconsciemment un mouvement aussi elementaire, etait un signe, une presomption d'une aptitude a repeter des mouvements plus compliques, par exemple les mouvements graphiques, qui sont des mouvements appris? Cette question m'a paru interessante a resoudre. Au moment ou j'ai fait cette seconde recherche, je n'avais pas encore etudie les resultats de la premiere, et mon esprit n'etait pas prevenu que tel sujet serait suggestible aux mouvements et que tel autre ne le serait pas. Pour enregistrer les mouvements graphiques, je mettais simplement une plume dans la main droite du sujet, je le priais de me confier sa main, et de me laisser faire; sa main etait cachee par un ecran; pour occuper son attention, je lui faisais compter les battements d'un metronome, comme dans l'epreuve precedente; l'arrangement materiel etait le meme, et j'ai trouve chez mes sujets une aussi grande docilite que la premiere fois. Ils etaient bien convaincus que le point important de l'experience consistait a compter exactement le nombre des battements.
Une petite difficulte s'est presentee tout de suite; beaucoup d'enfants tenaient mal leur main; en vain, je leur recommandais de prendre l'attitude necessaire pour ecrire, de tenir le porte-plume solidement presse entre les trois doigts, d'appuyer l'extremite de la plume sur le papier; malgre ces recommandations, plusieurs enfants tenaient le porte-plume mollement; il glissait; ou bien la main s'appuyait trop sur le bord cubital; ou encore, la main, les doigts, le poignet se raidissaient; exces de mollesse et exces de raideur avaient a peu pres le meme inconvenient pour moi; je n'arrivais pas a conduire la main d'une maniere satisfaisante, a lui imprimer un mouvement graphique. J'ai vu la combien il etait preferable d'employer un instrument, au lieu du contact direct, pour imprimer a la main un mouvement passif. Il m'a semble que dans certains cas, chez des enfants tres jeunes par exemple, si je n'ai pas reussi a provoquer la repetition de mouvements graphiques, c'est parce que je n'ai pas pu manier leur main comme il l'aurait fallu. Une autre cause d'erreur aussi serieuse, c'est qu'il est parfois delicat de faire la part entre les mouvements qu'on imprime soi-meme a la main du sujet et les mouvements que cette main execute spontanement; pour eviter la difficulte, il faudrait quitter la main du sujet; mais cette sensation de suppression de contact peut eveiller son attention et troubler l'experience.
A tous nous avons fait ecrire des series d'e, ayant en general comme dimension 1cm,5 de hauteur; nous ecrivons chaque lettre en rythmant notre mouvement sur les battements du metronome.
Les eleves peuvent etre repartis en 4 groupes.
Dans le 1er groupe, les eleves n'ont repete aucun mouvement; ce sont les eleves Feli., Blasch., Uhl., Mott., Vase., Gesbe., Pet., Poire., Die.
Dans le 2e groupe, ils ont trace seulement une lettre ou une portion de lettre: eleves Bien., Van., Lac., Mousse., Mi.
Dans le 3e groupe, ils ont trace une courte serie de lettres. Eleves Sag., Bout., Pou., Dew.
Dans le 4e groupe, ils ont trace une serie indefinie de lettres. Obre., Delan., Gouje., Hub.
Dans le 1er groupe se rencontre un sujet tout jeune, Die., dont l'insucces tient peut-etre a ce que je n'ai pas pu me rendre maitre de sa main. Il en est de meme pour Van., qui est au 2e groupe; c'est l'attitude incoherente de sa main qui m'a empeche d'etudier son automatisme.
[Illustration: Fig28.png--Ecriture automatique de Sagaire (a lire de gauche a droite) ecriture guidee, avant la croix; l'ecriture automatique sans guide commence a partir de la croix, mais on reste en contact avec la main du sujet.]
Je donne une figure reproduisant les lignes tracees par Saga., les premieres lettres sont conduites par moi; a partir de la croix, je reste en contact avec sa main sans le guider, et il continue le mouvement en le deformant un peu; quand j'abandonne sa main, celle-ci s'arrete.
[Illustration: Fig29.png--Ecriture automatique de Hub. A partir de 1 se produit l'ecriture automatique spontanee; en 2, elle se poursuit quoiqu'on ait rompu le contact avec la main du sujet. Le mouvement reste regulier.]
Chez Hub., le phenomene prend plus de developpement (fig. 29), je conduis d'abord sa main, puis je reste en contact et cesse de la conduire; (en 1) le mouvement se continue regulierement. Enfin, je supprime le contact (en 2), mais cela ne trouble nullement le mouvement de l'ecriture.
[Illustration: Fig30.png--Ecriture automatique de Delans. sans guide et sans contact.]
Chez Delans., grand garcon de 14 ans, dont la resistance a la suggestion des lignes etait des plus remarquables, l'automatisme des mouvements de la main ne se manifeste qu'apres un assez long amorcage; ce sujet deforme completement le mouvement. Voici une serie de boucles qu'il a faites spontanement, je ne tenais plus sa main (fig. 30). Quand il a termine, je lui demande des renseignements sur les mouvements qu'il a executes; je lui demande notamment s'il a resiste a mon mouvement ou s'il a cede; il me repond aussitot: il y a des moments ou vous m'avez lache.--Demande. "Alors pourquoi avez-vous continue le mouvement, quand je vous ai lache?"--Reponse (apres un moment d'embarras.) "C'etait pour pouvoir mieux compter les bruits du metronome." Cette justification apres coup est a rapprocher de celles que d'autres eleves ont trouvees pour expliquer comment ils ont marque des lignes trop longues, dans l'experience sur l'idee directrice.
[Illustration: Fig31.png--Ecriture automatique d'Obre., en 1, ecriture Spontanee; en 2, suppression de contact.]
Nous terminons par l'observation d'Obre., qui est la plus complete de toutes; apres amorcage de 7 lettres seulement (fig. 31), il continue le mouvement spontanement; je cesse tres vite le contact, il continue a ecrire pendant une minute environ, il arrive au bout de son papier, je l'arrete et je l'interroge. Je lui demande s'il se rend compte des mouvements qu'il a executes. Il me repond: "Vous avez pris ma main, apres, vous l'avez lachee, et j'ai continue a ecrire. Je me suis embrouille pour compter (le metronome) je ne comptais pas juste; j'ai compte jusqu'a 100, et a partir de 50 je me suis embrouille, et meme a 29. J'ai senti que vous me lachiez et j'ai continue a ecrire."--Demande. Vous avez continue volontairement?--Reponse. Oui, j'ai vu qu'il fallait continuer a ecrire--Demande. Qu'avez-vous ecrit tout seul?--Reponse. Je ne sais pas au juste.--Demande. Sont-ce des mots ou bien des lettres qui n'ont pas de sens?--Reponse. Des lettres qui n'ont pas de sens.--Demande. Vous sentiez bien votre plume courir sur le papier?--Reponse. Oui, Monsieur, et je sentais aussi que je n'ecrivais pas droit.--Demande. Vous avais-je dit de continuer a ecrire tout seul?--Reponse. Non, monsieur, je ne savais pas, je croyais qu'il fallait encore ecrire." Je conviens alors avec lui que nous allons reprendre et qu'il devra ne faire lui-meme aucun mouvement; c'est moi seul qui me sers de sa main pour ecrire. A cette reprise (fig. 32) je lui fais encore tracer quelques boucles puis je reste en contact avec sa main; celle-ci repete automatiquement le mouvement, elle le repete 9 fois; alors je lache sa main completement, elle continue a faire trois boucles, puis s'arrete, et l'enfant se tourne vers moi en me disant que je l'ai lache; il faut remarquer qu'il a mis un certain temps a s'en apercevoir.
Cet interrogatoire, et ceux que nous avons fait subir a nos sujets dans l'experience precedente nous montrent que ces mouvements automatiques de repetition ne sont point franchement inconscients; le sujet sait que sa main execute des mouvements, il se rend bien compte de la materialite des mouvements. En outre, dans bien des cas, il apparait avec evidence que le sujet s'est apercu que les mouvements de sa main n'ont pas ete entierement passifs; il avoue qu'il a un peu aide l'experimentateur, et il pense meme l'avoir fait volontairement, quelques-uns vont meme plus loin, et trouvent une raison quelconque pour expliquer leur acte. Nous connaissons la valeur de ces explications apres coup, qui ne peuvent en imposer qu'a des observateurs peu instruits; en realite, c'est bel et bien de l'automatisme; seulement les phenomenes se produisent au seuil de la conscience, d'ou des illusions frequentes sur leur nature.
[Illustration: Fig32.png--Ecriture automatique d'Obre. En 1, ecriture spontanee; en 2, suppression de contact.]
J'ai remarque chez plusieurs sujets une vive rougeur qui se produisait au moment ou les phenomenes d'automatisme se manifestaient avec le plus d'intensite. Aucun d'eux n'a pu donner l'explication de cette rougeur.
Ces deux experiences sur l'automatisme moteur presentent-elles des resultats concordants? On peut en juger. Nous rapprochons les deux listes:
EXPERIENCE DE L'ECRITURE EXPERIENCE DU BALANCIER
Feli......) Pet.......) Blasch....) Poire.....) Uhl.......) Vasse.....) Aucun Motte.....) Aucun Demi......) mouvement. Vasse.....) mouvement. Uhl.......) Gesbe ....) Motte.....) Pet.......) Poire.....) Gesb......) Die.......) Bout......) Blasch....) Ebauche Feli......) d'automatisme. Lac.......) And.......) EXPERIENCE DE L'ECRITURE EXPERIENCE DU BALANCIER
Bien......) Bien......) Van.......) Ebauche Mien......) Lac.......) d'automatisme. Martin....) Automatisme Monne.....) Dew.......) net. Mien......) Monne.....) Pou.......) Saga......) Bout......) Automatisme Delans....) Pou.......) net. Obre......) Dew.......) Van.......) Automatisme Meri......) complet. Obre......) Gouje.....) Delans....) Automatisme Hub.......) Gouje.....) complet. Die.......) Hub.......)
Je crois que la comparaison de ces deux recherches donne des resultats concordants. Si on met a part deux tout jeunes enfants, Die. et Van., au sujet desquels s'est produite la petite erreur que j'ai signalee plus haut (defaut dans l'attitude de la main pour ecrire), on constate qu'aucun nom de sujet ne subit un deplacement de plus d'un groupe en passant d'une experience a l'autre. Ainsi, les sujets du groupe 1 peuvent se rencontrer dans le groupe 2, mais il n'y en a aucun qui tombe dans le groupe 3 ou dans le groupe 4; d'ou je crois pouvoir tirer provisoirement la conclusion que le developpement de l'automatisme pour des mouvements simples est un signe probable d'automatisme pour des mouvements plus compliques.
Ces experiences nous montrent deux faits principaux:
1 deg. Il est possible d'etudier rapidement sur des eleves d'ecole l'automatisme des mouvements;
2 deg. Cet automatisme ne parait pas coincider avec l'automatisme du jugement.
CONCLUSION
Cet ouvrage est l'execution d'une toute petite partie d'un plan beaucoup plus general. Ce plan, auquel je travaille depuis bien des annees, et pour lequel j'amasse des materiaux dont la plupart n'ont pas encore ete publies, consiste a etablir la psychologie experimentale des fonctions superieures de l'esprit, en vue d'une differenciation des individus. J'ai deja publie avec Victor Henri quelques apercus sur cet ensemble de recherches, en donnant a ces apercus le nom sommaire de psychologie individuelle[68].
[Note 68: Voir Annee psychologique, II, p. 414.]
Je veux, dans cette conclusion, examiner quelle contribution mes etudes sur la suggestibilite apportent a la psychologie individuelle.
Deux questions se posaient a nous. La premiere peut se formuler ainsi: l'appreciation de la suggestibilite des individus est-elle possible, en dehors des pratiques de l'hypnotisation? En d'autres termes, peut-on savoir si une personne est suggestible, et a quel degre elle l'est, sans avoir besoin de l'endormir?
La seconde question, bien distincte de la premiere, consiste a se demander si ces epreuves de suggestibilite que nous avons imaginees, ou si d'autres epreuves qui restent a imaginer, sont significatives.
Traitons ces deux points separement.
La premiere question est celle que j'ai eue constamment presente a l'esprit; et si je suis parvenu a la resoudre, je pense avoir atteint le but que je me proposais. Ce but etait de demontrer qu'on peut faire de la suggestion sans hypnotisme, par des methodes absolument inoffensives, des methodes scolaires, vraiment pedagogiques. Cette demonstration, ne l'ai-je point faite? Pendant plusieurs mois, j'ai pu etudier la suggestibilite d'enfants et de jeunes gens dans nombre d'ecoles sans soulever la moindre crainte de la part des maitres les plus prudents; je crois meme que personne ne s'est avise de voir une relation quelconque entre mes experiences et l'hypnotisme. C'est un point qui me parait acquis.
Les methodes par lesquelles j'ai cherche a mettre en lumiere l'influence des idees directrices, c'est-a-dire de la routine, me paraissent dignes d'etre conservees, et ameliorees bien entendu; telles qu'elles sont, elles donnent des resultats precis, qui s'expriment au moins en partie par des chiffres, et nous avons vu quelle importance il faut attacher aux coefficients de suggestibilite; quelles reserves aussi il faut faire. Il est incontestable que nos epreuves permettent un classement des individus, par rapport au point sur lequel l'epreuve porte, et on arrive a determiner par exemple qu'une personne A est plus suggestible qu'une personne B, et moins suggestible qu'une personne C. N'est-ce point deja beaucoup de faire cette constatation, au moyen d'une epreuve ecrite qui est aussi inoffensive qu'un devoir de calcul ou d'orthographe? L'experience a meme pu etre poussee tres loin, et nous devoiler des degres extremement eleves de suggestibilite, et une absence complete de sens critique, par exemple chez ces eleves d'ecole primaire qui, pousses par la suggestion, donnent une longueur de 30 centimetres a une ligne qui en realite n'en a que 6. Nos tests de suggestibilite ne font pas seulement le classement des eleves; ils permettent de determiner, pour chacun des sujets, differents points importants, comme la promptitude a se corriger, l'aptitude a se rendre compte de ce qu'ils sentent; et par l'appel qui est fait a l'introspection, nous sommes parvenus a saisir quelques parties du mecanisme encore si obscur de la suggestion. Enfin, je rappelle--et ceci est extremement important--que nos experiences ne comportent aucun dressage, qu'elles n'augmentent pas, en se repetant, la docilite des sujets, et qu'on evite ainsi un des grands dangers moraux de l'hypnotisme. Bien au contraire, l'eleve apprend a exercer son sens critique, et a se faire une opinion personnelle.
Les recherches sur les mouvements inconscients, que j'ai faites dans les ecoles, n'ont point exige l'invention d'un procede nouveau; je me suis contente de repeter sur les ecoliers les operations tres simples que j'avais faites autrefois sur des malades et aussi sur des adultes; et je me suis convaincu que cette experience est pratique, facile et assez rapide.
Les recherches sur l'action personnelle sont d'un genre bien different, et sur ce point je crois qu'il y aura encore a faire beaucoup d'ameliorations experimentales. L'action personnelle est ce qui se rapproche le plus de l'hypnotisation; c'est en quelque sorte une forme adoucie et precisee de la suggestion hypnotique; l'erreur commise par le sujet, dans les experiences qui comportent une action personnelle, n'est point l'oeuvre du sujet, mais celle de l'experimentateur; c'est ce dernier qui, en realite, est responsable de l'erreur; c'est lui qui cherche a tromper l'eleve, et quand on a conduit quelques experiences de ce genre, on s'apercoit facilement qu'elles donnent a l'experimentateur une position un peu delicate. Il y a plus; dans certaines formes de l'action personnelle, nous exercons une action orale, et nous l'exercons en contredisant le sujet, en nous efforcant de le faire changer d'avis; il en resulte une lutte sourde entre deux personnalites, lutte qui n'est certes pas dans les habitudes de l'enseignement. Sans doute, ces deux inconvenients de l'action personnelle peuvent etre corriges apres coup par l'explication qu'on donne a l'eleve lorsque l'experience est terminee; il suffit alors de montrer qu'on a voulu faire une epreuve sur le sens critique de l'eleve pour enlever a la recherche son cachet de tromperie. Mais quoi qu'il en soit, je pense que les recherches sur l'action personnelle doivent toujours etre employees avec beaucoup de prudence, surtout dans les milieux scolaires, je pense aussi que le procede des questions ecrites, auquel j'ai eu recours en dernier lieu, doit etre prefere a tous les autres, parce qu'il a un double avantage; d'abord il a l'avantage d'etre plus precis qu'une parole verbale, toujours accompagnee d'une accentuation, parfois d'un geste, d'un regard qui en modifient la valeur dans des proportions inconnues; le second avantage est que la question ecrite, meme quand il est notoire qu'elle emane de l'experimentateur, engage moins sa responsabilite qu'une question orale, et ne presente pas, par consequent, tous les inconvenients que j'ai signales plus haut.
Je repete donc que nous possedons actuellement des tests capables de mesurer la suggestibilite individuelle, sans hypnotisation.
La seconde question que j'ai soulevee est celle de savoir si ces tests sont significatifs; il faut entendre par la si ces tests demontrent avec certitude la suggestibilite des individus. On peut se demander si tel sujet A qui, dans une de nos epreuves, a ete tres suggestible, le serait autant pour des epreuves differentes, ou pour les memes faites a d'autres occasions; ou si d'une maniere generale, dans sa vie reelle, ce sujet A n'est pas moins suggestible qu'un sujet B, qui cependant s'est montre bien plus refractaire a nos tests de suggestion. C'est une question tres importante, et tres difficile a resoudre; presque tout est encore a faire. Il faudra rechercher d'abord si les resultats de nos tests sont constants, ou si au contraire ils varient d'un jour a l'autre, et dans quelle mesure ils varient. Cette verification est d'autant plus difficile que le test de suggestion fait partie de toute une categorie d'experiences qui ne sont probantes que lorsque le sujet en ignore completement le but; et il est a craindre par consequent qu'en repetant une epreuve de suggestion, bien qu'on puisse donner chaque fois un motif different a l'epreuve--etude de la memoire, etude sur la justesse du coup d'oeil, etc.--il est a craindre que le sujet ne finisse par comprendre ce qu'on lui veut en realite, et cela changera completement les resultats. Ce probleme une fois resolu, il resterait encore a rechercher si la suggestibilite d'un sujet, quand elle est attestee par un de nos tests, peut etre controlee par des renseignements provenant d'une autre source. Entendons-nous sur ce point. En un sens, on peut dire que nos tests n'ont besoin d'aucune espece de controle; quand un de nos eleves succombe a un piege qui lui est tendu, c'est la un fait qui demeure acquis, quelles que soient les causes qui l'ont amene; il est donc certain, peut-on dire, qu'a tel moment, dans telles conditions, ce sujet a montre telle et telle suggestibilite. Mais, comme il n'existe point une seule et unique aptitude a la suggestion, mais qu'on est suggestible par toutes les voies possibles, et sur tous les points ou l'on percoit, ou l'on raisonne, ou l'on sent, et ou l'on veut, il y a lieu de se demander si la suggestibilite d'une personne, quand elle est verifiee pour le processus a, devient probable pour les processus b, c, d, et ainsi de suite.
On ne resoudra cette difficulte, ce me semble, qu'en employant differents moyens; il faudra, par exemple, rechercher si les personnes qui sont tres hypnotisables sont plus sensibles a nos tests que les personnes qui sont tres refractaires a l'hypnotisme; on verra aussi si, pendant les etats de somnambulisme qui produisent une augmentation notoire de la suggestibilite, les personnes deviennent plus sensibles a nos tests que pendant leur etat de veille; je pense aussi qu'il sera utile de faire des recherches analogues sur certains imbeciles et idiots, qui paraissent tres suggestibles. Il y a la tout un programme de recherches qui sont pleines de promesses. J'ai moi-meme commence a attaquer la difficulte, mais en prenant une autre voie. Repetant des epreuves tres differentes de suggestibilite sur les memes sujets, j'ai recherche si leur suggestibilite varie avec la nature des epreuves. Bien que cette etude ne soit qu'indiquee dans notre livre, et qu'elle meritat d'etre poussee plus loin, elle fournit deja d'utiles indications; l'aptitude aux mouvements subconscients, nous l'avons vu, parait independante des autres formes de suggestibilite; mais je repete que ces etudes sont a peine ebauchees.
Je n'ai pas traite davantage la question de savoir quel degre de suggestibilite il faut souhaiter et favoriser chez les enfants qu'on instruit. C'est une recherche qui ne releve pas de l'experimentation, mais bien plutot de la pedagogie, consideree comme art. Notre but, a nous experimentateurs, est d'organiser des methodes capables de mettre en lumiere cette suggestibilite dans des circonstances ou elle reste obscure; le pedagogue en se servant de ces methodes decidera dans chaque cas particulier le jugement qu'il doit porter et la conduite qu'il doit tenir.
Une tres forte suggestibilite est naturelle a l'enfant, elle fait partie de sa psychologie normale, au meme titre que le sentiment de la peur; et le developpement regulier des fonctions intellectuelles et morales diminue progressivement cette suggestibilite enfantine, sans qu'il soit le plus souvent necessaire d'aider l'oeuvre de la nature. Du reste, la suggestibilite est, pour l'enfant, qui ne sait rien encore et qui est incapable de raisonner, une forme de la confiance, et sans la confiance de l'eleve, sans l'autorite du maitre, il n'y a pas d'education possible. Le pedagogue doit surtout surveiller les ecarts, les anomalies de suggestibilite, de meme qu'il doit reprimer chez ses eleves l'esprit de contradiction et d'ergoterie, qui peut devenir un defaut intellectuel, aussi dangereux que la servilite. C'est sa tache; il ne me convient pas d'en parler; elle est en dehors de mon sujet; dans ce livre, je l'ai dit et je le repete, je me contente d'avoir expose, d'apres les experiences recentes, les methodes qui permettent d'evaluer la suggestibilite individuelle sans avoir recours a l'hypnotisme.
APPENDICE
EXPLICATION DES PLANCHES I ET II
La planche I contient les portraits de 4 eleves remarquables par leur suggestibilite: c'est d'abord Poire. (2), eleve de 1re classe, qui s'est comporte en automate pour toutes les experiences; And (4), eleve de 3e classe, jouissant de la meme suggestibilite; Bout. (1), eleve de 1re classe, tres suggestible pour les idees directrices, mais plus refractaire a l'action morale; enfin Hub. (3), eleve du cours elementaire, qui probablement doit a son jeune age son extreme suggestibilite.
La planche II contient les portraits de 4 eleves qui ont ete parmi les plus refractaires a la suggestion; Lac. (5), eleve de 2e classe, reflechi, circonspect, de caractere tres independant; Mien. (6), eleve plus jeune, peu suggestible; Blas. (8), qui a ete un leader dans les experiences de groupe, et enfin Van. (7), enfant tout jeune, assez suggestible pour les experiences sur les lignes et les poids, mais tres independant et tres vif dans les experiences de groupe.
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION
CHAPITRE I. Historique
CHAPITRE II. Les idees directrices
CHAPITRE III. Les idees directrices (suite)
CHAPITRE IV. Les idees directrices (fin)
CHAPITRE V. L'action morale
CHAPITRE VI. L'interrogatoire
CHAPITRE VII. L'imitation
CHAPITRE VIII. Les mouvements subconscients
CHAPITRE IX. Conclusion
APPENDICE
PLANCHE I [Illustration: Planche1.png contient les 4 illustrations suivantes.]
[Illustration: 1] [Illustration: 2] [Illustration: 3] [Illustration: 4]
PLANCHE II [Illustration: Planche2.png contient les 4 illustrations suivantes.]
[Illustration: 5] [Illustration: 6] [Illustration: 7] [Illustration: 8]